Archives de Tag: violent

Bellflower – Evan Glodell (2011)

Bellflower

Il ne suffit pas d’être tapageur ou provocateur pour s’élever au panthéon des œuvres underground culte. Il faut aussi que le sujet traité est un minimum de cohérence, que la patte artistique soit au service du scénario et que le projet ne soit pas une finalité en soi. Doté d’une esthétique assez repoussante pour certains, Bellflower surprend son monde en allant chercher du côté le plus crade et inutilisable du spectre des couleurs, rendant sa pellicule dégoulinante, sale et donc underground. Mais tout n’est pas dans l’apparence, surtout lorsqu’on cherche à mettre en scène des personnages à l’avenir incertain, sans morale et au nihilisme incroyablement porté aux nues.

Bellflower couple

Si le film ne fonctionne pas, c’est par ce trop plein de bonne volonté qui rendent l’expérience trop auteurisante, trop froide. Evan Glodell semble vouloir mettre en image tout ce qu’il aime dans le cinéma, utilisant des procédés qui n’ont pas toujours leur place et qui empêchent toute, si toutefois il y en a une. Car l’idée de romance dépeinte à travers les yeux de ce fan hardcore de Mad Max nécessiterait des heures de psychiatrie. Vulgaires adulescents en quête de sensations fortes, leur passage à l’âge adulte doit être à marquer d’une pierre blanche, aussi restent-ils perpétuellement abreuvés d’alcool, en quête du déclic qui va les faire vriller.

Bellflower voiture

Et tous ces flash-back et flash-forwards incompréhensibles, cherchant à donner un aspect faussement intello au film, ne font que souligner la limite d’un tel exercice de style. Bellflower aurait du se contenter d’être un court métrage et aurait ainsi gagner en intensité et en sincérité.

5,5/10

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La chair et le sang – Paul Verhoeven (1985)

L'aventure poussée dans ses retranchements les plus violents.

L’aventure poussée dans ses retranchements les plus violents.

Avant toute chose, j’aimerais éclaircir certains points, comme celui où La chair et le sang serait l’oeuvre ultime sur le Moyen Âge. Etant donné que l’aspect aventure prend le dessus sur l’aspect politique, guerrier ou social de l’oeuvre, je suis en total désaccord avec cette vérité établie. La seule guerre qui nous est montrée sert juste d’introduction aux personnages dans leur intégralité (excepté la princesse) et est bâclée, non pas sur le plan artistique (l’atmosphère est bien là) mais sur le plan scénaristique. Leur assaut, facilité par des adversaires à côté de la plaque qui ne cherchent pas à se défendre, montre bien qu’il ne s’agit que d’un prélude permettant d’attiser la flamme de la rancune et d’installer un baromètre de violence qui ne fera qu’augmenter par la suite.

Les combats sont plutôt mal chorégraphiés mais heureusement, ça n'est pas le plus important.

Les combats sont plutôt mal chorégraphiés mais heureusement, ça n’est pas le plus important.

Car il est clair que le film de Verhoeven explose tout ce qui a été fait de similaire ou d’approchant. On est bien loin de l’ambiance à la Robin des bois, où tout le monde sait se tenir, y compris les félons de la société. Ici, il n’y en a pas un pour relever l’autre. S’ils peuvent se trahir, ils le font sans aucuns scrupules, leur agissements répréhensibles se multipliant au fur et à mesure que l’on avance dans le film. Le génie du cinéaste, c’est de parvenir à nous faire aimer ses personnages de dépravés qui pillent et violent à tour de bras. Et c’est justement en cela que La chair et le sang se distingue de ses semblables: il n’y a aucune limite à la bassesse de l’être humain.

Verhoeven a parfaitement compris que le sexe et le pouvoir sont intimement liés.

Verhoeven a parfaitement compris que le sexe et le pouvoir sont intimement liés.

Se permettant des scènes d’une cruauté inouïe, on a du mal à imaginer que le film puisse être visionné dans une version amputée des moindres morceaux choquants. Car ce sont ceux là même qui fournissent une bonne moitié de la pellicule et qui esquisse l’identité de l’oeuvre. Une aventure sanglante où la pitié a depuis longtemps déserté le champ de bataille. Aucun avenir ne semble propice à l’épanouissement de notre troupe de bestials mercenaires, vivant l’instant présent avec ce qu’il faut de luxure et de manque de raffinement. La présence de la princesse permet d’ajouter un élément perturbateur nécessaire à la dramatisation de l’action, leur quotidien bouleversé par le charme et la politesse de cette dernière.

Certains plans arrivent à mêler amour et mort de manière subtile.

Certains plans arrivent à mêler l’amour et la mort de manière subtile.

Bien loin de ce à quoi on pourrait s’attendre mais pourtant très proche des thèmes abordés de manière récurrente dans le cinéma du réalisateur  le film n’est en fait qu’une histoire d’amour, l’arrivée de Rutger Hauer dans l’équation brisant le cercle intime pour en faire un triangle amoureux des plus délectables. En véritable tragédienne grecque, la jeune princesse (charmante Jennifer Jason Leigh) joue la carte de la manipulation pour obtenir les grâces du plus puissant des hommes, quelque soit son camp et son rang. Un jeu de miroirs si complexe qu’on doute de sa sincérité envers l’un et l’autre des partis à tout moment.

Les jeux de regards sont une part importante du rôle de l'actrice.

Les jeux de regards sont une part importante du rôle de l’actrice, coincée entre vie de promesses et promesse de vie.

Même s’il peut paraître kitsch à certains moments (les costumes envoient du lourd parfois), les décors, les musiques et l’armement utilisée augure d’une réelle envie de bien faire et d’une documentation exemplaire. Certains passages manquent de vitalité mais au regard de l’intégralité du film, le rythme est plutôt soutenu, l’action étant omniprésente, qu’elle soit sentimentale, cruelle ou physique. Les musiques utilisées ne sont pas sans rappeller des airs plus fréquemment utilisés dans le western mais la relation entre les deux genres, même si elle ne paraît pas évidente à première vue, peut facilement s’expliquer par la mise en exergue de certains points fondateurs du récit: prise d’un fort, pillage et siège de l’adversaire pour le récupérer. Un schéma somme toute assez classique dans l’Ouest américain.

Pauvres en décors, le film recentre tout sur le développement de ses personnages.

Pauvre en décors, le film recentre tout sur le développement de ses personnages.

Même s’il m’a déçu en n’étant pas à la hauteur de mes espérances (on me l’a vraiment sur-vendu), je peux facilement comprendre l’engouement qu’il suscite. auprès des fans. Peu de cinéastes seraient près à entacher leur carrière comme l’a fait Verhoeven en signant La chair et le sang, longuement censuré et classé comme oeuvre pornographique par sa violence crue et ses agissements impardonnables. Mais qui a dit que cette époque était rose ? Certainement pas lui en tout cas…

7,5/10

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Saga Baby Cart: le loup à l’enfant (1972 à 1974)

Le loup à l’enfant: chasseur et chassé à la fois, il n’aura de cesse d’avancer vers sa destinée en foulant aux pieds une bonne centaine de cadavres.

3 ans ! C’est ce qu’il m’aura fallu pour regarder en intégralité cette saga. C’est exactement le même nombre d’années qu’il faudra à Kenji Misumi pour donner naissance aux six épisodes qui la compose. 6 épisodes inégaux (le dernier épisode est de mauvaise facture comparé aux autres) mais représentatifs d’une époque et d’une envie d’en découdre avec le film de sabres (chambara) auquel le public est habitué. Fort de la renommée de la saga Zatoichi, le producteur Shintaro Katsu permettra à Baby Cart de voir le jour, sous la houlette de son créateur, le scénariste originel Kazuo Koike (Crying Freeman, La femme Scorpion). Après un premier épisode particulièrement violent et original dans sa manière de traiter le genre, la saga deviendra au fur et à mesure une des pierre angulaires du cinéma traditionnel japonais.

La mise en scène est une poésie cruelle, alliant la beauté des plans à la violence des combats avec une maestria technique imparable.

Se nourrissant de la diversité des cultures présentes de par le monde dans les années 70, Baby Cart en aura influencé plus d’un. De Quentin Tarantino à Georges Miller en passant par John Carpenter, aucuns de ses hommes ne se cachent de leur amour pour l’odyssée sanglante et vengeresse d’Ogami Itto, ancien bourreau du shogun devenu tueur à gages suite à un complot ayant coûté la vie à sa femme. Poussant inlassablement le landau de son fils tel un fardeau pesant sur ses épaules, ce ronin monolithique et terrifiant de par son mutisme et sa réputation de bretteur hors pair cherchera à obtenir la tête du chef de clan Yagyu Retsudo. Et ce à n’importe quel prix. Il n’hésitera pas à mettre en danger la vie de son fils une fois que celui-ci aura choisi de lui même la voie du sabre (ladite scène est bouleversante).

O-Yuki, tueuse hors pair, est le pendant féminin d’Ogami.

Inhumain dans son maniement du sabre et son échelle des valeurs, Ogami ne pourra s’empêcher de laisser transparaître son humanité lors des scènes le mettant en scène avec son fils Daigoro. Spectateur du massacre perpétré par son père, il ne cessera jamais d’apprendre au travers des actes et des paroles de ce dernier, jusqu’à calquer sa personnalité sur la sienne et adopter une ligne de conduite identique: largement amorale mais parfaitement honorable. Chaque épisode nous montre une facette du père par le biais de la compréhension du fils. L’honneur, le pardon, la générosité seront autant de valeurs traitées au fur et à mesure que les épisodes s’enchaînent.

La saga arrive à mélanger violence, érotisme et critique sociale dans un seul et même cocktail. Détonnant !

Les scénarios, exemplaires dans le traitement des personnages, la chorégraphie des affrontements et la linéarité du récit malgré des quêtes annexes savoureuses (n’oublions pas qu’en plus de sa soif de vengeance, Ogami est devenu un tueur à gages) permettent aux acteurs de donner le meilleur d’eux mêmes. Tomisaru Wakayama, l’interprète principal, est un véritable roc ne laissant entrevoir aucunes failles. Charismatique à souhait,  il laisse exploser son talent dans des chorégraphies endiablées où l’hémoglobine a une place de choix. Magnifier la violence et la montrer sous son meilleur jour semble être l’une des lignes directrices de la mise en scène de Misumi. Les combattants croisés au fur et à mesure seront de plus en plus coriaces, jusqu’à sortir du bestiaire du fantastique (les morts-vivants du dernier opus), faisant écho au leitmotiv du bourreau (« Nous sommes dans l’enfers des damnés ») qui sert de relais entre chaque épisode.

Chaque duel est unique par son paysage, chaque adversaire l’est également par sa technique. Un bonheur de tous les instants !

Piochant allègrement dans les codes du western (les duels du troisième épisode, la fusillade finale du dernier épisode), James Bond (la scène dans la neige de l’épilogue ressemblant à une parodie de L’espion qui m’aimait), les prédécesseurs du chambara (Les films de sabres d’Akira Kurosawa), Baby Cart parvient à se forger une identité propre et à être adopté par un large public avide de sensations. Cette renommée ouvrira la voie de la consécration au réalisateur Kenji Misumi qui, même s’il ne participe pas à la réalisation de la totalité des films (il sera remplacé sur le quatrième et dernier opus), aura largement contribué au succès de la saga en y imprégnant sa patte visuelle et artistique.

Sergio Leone n’aurait pas renié ce genre de plan magistral.

 

Episode 1: Le sabre de la vengeance => 8/10

Episode 2: L’enfant massacre => 9,5/10

 

 

Episode 3: Dans la terre de l’ombre => 9/10

Episode 4: L’âme d’un père, le coeur d’un fils => 8,5/10

Episode 5: Le territoire des démons => 7,5/10

Episode 6: Le paradis blanc de l’enfer => 6/10

 

 

 

 

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