Archives de Tag: terrorisme

Red State – Kevin Smith (2011)

L'église marche sur la tête !

L’église marche sur la tête !

Est-ce qu’on peut véritablement parler de film d’horreur lorsqu’on évoque Red State ? Certes, ce que Kevin Smith cherche à nous faire comprendre à quelque chose de malsain, de dérangeant mais ces scènes, ces personnages, aussi cinglés qu’ils paraissent existent depuis des centaines d’années. Mais il est vrai qu’à notre époque et à l’orée du modernisme religieux, cibler les intégristes en les faisant passer pour des fanatiques assoiffés de sang fait énormément écho avec cette peur du terrorisme encore prégnante aux Etats-Unis. Habituellement cantonné aux comédies potaches mettant en scène des personnages doux dingues mais terriblement humains, Smith fait table rase et choque son monde en balançant ouvertement une bombe dans le camp des fondamentalistes religieux, cheval de Troie das un pays luttant contre ce même « fléau » chez l’étranger.

Un baptême du feu peu enviable...

Un baptême du feu peu enviable…

Et il est amusant de voir à quel point les autorités ne savent pas de quelle manière gérer une telle situation. Le gouvernement américain, si prompt à donner des leçons de morale lors de conférences de presse internationales sur la lutte contre le terrorisme ne sait pas réagir lorsque l’ennemi est intérieur. Pourquoi cette remise en question ? Parce que l’ennemi est blanc ? Américain ? Jeune ? Autant de questions qui se posent au fur et à mesure que l’horreur du film laisse filtrer l’absurdité de la situation. Si le sujet épineux et sensible se devrait d’être traité avec des pincettes, le réalisateur choisit l’humour noir et le cynisme pour en parler, provoquant un tollé expliquant la raison de son voyage en terre intérieure, bobine sous le bras, afin de promouvoir son film.

John Goodman et Michael Parks sont des personnages aux antipodes l'un de l'autre.

John Goodman et Michael Parks sont des personnages aux antipodes l’un de l’autre.

Malgré le sentiment d’inachevé qui survient, notamment durant la scène d’assaut et cet épilogue à l’humour douteux, Red State a une esthétique plutôt soigné vu le budget qui lui est alloué. Caméra à l’épaule, plans séquences, symbolisme omniprésent, le film se permet toutes les folies possibles, aussi bien visuelles que scénaristiques, par son entière indépendance. Le genre de bobine qui dérange le plus grand nombre et qui n’en finit pas de remuer les conservateurs sur leurs bancs d’église. Mais ce qui est le plus déroutant  c’est les non-dits qui, en intégrant son récit dans l’Amérique profonde, prennent des proportions démentielles: inceste, viol, voire peut être cannibalisme. Tout ça est laissé de côté, laissant le spectateur le choix de les intégrer ou non à la secte.

Même si Smith essaye de ne pas prendre parti, on peut clairement désigner le pasteur comme cinglé de l'année.

Si Smith tente de ne pas prendre parti, on peut clairement désigner le pasteur comme fou à lier.

Un détour par la dénonciation pour un Kevin Smith qui semble avoir fini de nous concocter ses excellentes comédies et veut entrer dans la cour des grands en pointant du doigt les dérives de son pays. Et pour un premier essai, autant dire qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère.

6/10

Tagué , , , , , ,

Zero Dark Thirty – Kathryn Bigelow (2013)

Bigelow retire les cadavres planqués sous le tapis avec énormément de ferveur !

Bigelow retire les cadavres planqués sous le tapis avec énormément de ferveur !

A moins d’avoir vécu dans une grotte ces dernières années (joke inside), vous n’êtes pas sans savoir que Ben Laden a longtemps été l’homme le plus recherché du monde entier. Sa traque ayant pris fin le 2 Mai 2011, le peuple américain, vivant sur des charbons ardents depuis le 11 Septembre 2001, a pu relâcher la pression. Presque 10 ans de terreur et de peur du lendemain. 10 ans de recherche intensive et de lutte contre le terrorisme de par le monde. Et ce sont ces dix années que Bigelow décide d’humaniser par l’intermédiaire de Maya, une patriote qui va en voir de toutes les couleurs sous la bannière étoilée.

Le travail de toute une vie...

Le travail de toute une vie…

Et la vie est loin d’être rose à la CIA. Pas de favoritisme ni de délicatesse car lorsqu’il s’agit d’une affaire d’état, la parité n’est jamais oubliée. Maya assiste à son lot de tortures, d’interrogatoires musclés, de filatures et d’attentats. La traque est un travail de longue haleine mais malgré la difficulté du terrain et le danger du quotidien, elle ne lâchera jamais sa proie. Figure de proue de son film, Kathryn Bigelow décide de faire de son agent féminin une Walkyrie vengeresse, une Amazone déterminée, qui essuiera les échecs avec un déterminisme affolant. Jessica Chastain intègre parfaitement l’état d’esprit du personnage et délivre une prestation bouleversante, éreintante et qui la range parmi les femmes les plus couillus de toute l’histoire du cinéma.

On est jamais à l'abri du danger, même en terrain neutre.

On est jamais à l’abri du danger, même en terrain neutre.

Sans jamais sombrer dans le cliché patriotique écoeurant ni dans le biopic édulcoré, Bigelow nous montre la réalité du terrain, aussi bien militaire que politique. De toute évidence, tout se joue à la tête du gouvernement et c’est un jeu du chat et de la souris interminable que la CIA et l’armée vont se livrer, repoussant l’échéance inévitable d’un assaut qui portera ses fruits. Malgré l’assurance et la foi inébranlable de l’instigatrice du dossier, l’attente s’allonge et les risques potentiels d’attaques envers les Etats-Unis augmente, le Pakistan et l’Afghanistan étant soumis à la rude épreuve des raids américains.

L'enquête est fastidieuse mais jamais inintéressante.

L’enquête est fastidieuse mais jamais inintéressante.

On ne connaîtrait jamais tous les tenants et les aboutissants du dossier, la réalisatrice ayant été charcuté de près d’une demie-heure de scènes délivrant trop de « secrets d’état ». Ultra documenté et ultra réaliste, Bigelow se fera tout de même plaisir en montrant des scènes de tortures dévalorisant le travail de la CIA et transformant cette soi-disant lutte contre le terrorisme en une vulgaire vendetta. Ce prologue violent trouvera un écho dans l’épilogue nous montrant le raid lancé contre la forteresse de Ben Laden à Obbottabad, opération commanditée par le président et chapeautée depuis le début par Maya.

On reconnaît bien là l'ultra réalisme tactique dont sait faire preuve la cinéaste.

On reconnaît bien là l’ultra réalisme tactique dont sait faire preuve la cinéaste.

Et la tension est palpable,d’autant qu’elle est exponentielle au fil de l’avancée de la mission. Chaque porte explosée, chaque tir, chaque paroles nous font sursauter ou fondre dans notre siège. La qualité du son est telle qu’on a l’impression d’assister, tel un spectateur impuissant, à la fin d’un règne: celui d’Al Quaïda et de son leader le plus charismatique et controversé de l’histoire du terrorisme. Une fois la pression retombée, on se rend compte de l’horreur et de la réalité de la guerre. Des innocents paient le prix fort pour une djihad qu’ils n’ont pas voulu. La volonté de peu d’hommes peut entraîner tant de dommages collatéraux, d’autant que les Américains sont connus pour adopter la loi du talion.

On pousse un grand soupir de soulagement en même temps que Maya qui découvre le corps de Ben Laden.

On pousse un grand soupir de soulagement en même temps que Maya qui découvre le corps de Ben Laden.

Zero Dark Thirty n’a pas volé ses nominations aux Oscars et aux Golden Globes tant il est rare de voir des films qui s’investissent autant dans le climat politique et militaire américain avec une vision si propre de tout chauvinisme dégoulinant. Et sortir un tel film moins de 2 ans après la mort de Ben Laden, ça montre que Kathryn Bigelow n’est pas prête d’abandonner sa paire de cojones.

8,5/10

Tagué , , , , , , , ,

Territoires – Olivier Abbou (2010)

Ça donne plus du tout envie d'aller au Canada...

Ça donne plus du tout envie d’aller au Canada

La violence psychologique qui se dégage de Territoires est brutale. Flirtant sans cesse avec le survival, le film ne perd jamais son identité, même lorsqu’il emprunte le virage soudain du polar avec l’arrivée du détective perturbateur. Olivier Abbou ne cherche jamais à excuser les agissements de ces deux douaniers psychotiques (plus que psychopathes) mais à dresser un bilan défaitiste de la guerre menée contre le terrorisme. Sous couvert d’un patriotisme brûlant et haineux, l’enlèvement de ces jeunes peut paraître arbitraire. La frontière entre amour de sa patrie et racisme contre l’adversaire oppresseur (les deux ont fait l’Irak) est mince et est soulignée par des souvenirs de guerre flottant encore à la surface.

L'être humain est rabaissé jusqu'à se sentir inférieur à un animal.

L’être humain est rabaissé jusqu’à se sentir inférieur à un animal.

Les scènes d’interrogatoires sont déstabilisantes, éreintantes et cruelles, laissant libre cours à l’imagination du spectateur quand à leur véracité et leurs ressemblances avec des faits similaires à ceux se déroulant sur Guantanamo. Les deux parties distinctes se répondent plutôt bien, même si l’une empiète beaucoup sur l’autre, déséquilibrant la fluidité et le rythme du récit. De plus, on n’a véritablement aucune idée de l’unité de temps ce qui nous empêche d’être véritablement conscient du calvaire que subissent les personnes kidnappées. Une semi-réussite qui nous fait comprendre que la lutte contre le terrorisme peut prendre des proportions incroyables et le pouvoir de défendre son pays, différentes formes.

7/10

Tagué , , , , , , , , , ,
%d blogueurs aiment cette page :