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L’adieu au roi – John Milius (1988)

L'adieu au roi

 

Même en ayant pas encore découvert l’intégralité de la filmographie de Milius, on voit très nettement que L’adieu au roi est le film d’une carrière, la pierre angulaire, celui qui réunit tous les questionnements, les thèmes et les espoirs d’un cinéaste. Le film est tellement une somme de son travail qu’on peut facilement identifier le personnage de Nick Nolte comme un double de John Milius, un alter-ego qui serait parvenu à la réalisation de son rêve. Bien que la toile de fond soit propice aux débordements guerriers dont on a l’habitude chez le réalisateur, c’est avant tout un film d’aventure. Une aventure aussi bien humaine que philosophique. Par les monologues de Learoyd, c’est Milius qui s’adresse à son public, cherchant non pas à embrigader ses fans mais à partager son point de vue, sa philosophie de vie et son mantra qui est celui de connaître le prix de la liberté.

L'adieu au roi jungle

L’île de Bornéo sur laquelle le film se déroule correspond à un Eden rêvé pour Milius. Gardienne de ses idées révolutionnaires et romantiques, la nature est imposante, inhospitalière, enfermant tout homme dans son enclave. Un terrain de jeu idéal pour promener sa caméra et un terreau fertile pour laisser libre cours à ses pensées et sa liberté artistique. Le roman original de Schoendoerffer s’adapte tellement à la personnalité de Milius qu’il ne retouche quasiment rien, changeant juste le sexe de l’enfant de Learoyd, amenant ainsi une part de romantisme et de féminité dans un monde barbare et cruel. La femme étant la mère, porteuse de l’éducation et donc des valeurs propres au père, elle est d’autant plus appréciée chez le cinéaste qui n’oublie pas de l’iconiser en guerrière lors de l’attaque du village par les Japonais.

L'adieu au roi femme

L’intégrité artistique de Milius lui permet de nous montrer avec un œil neuf les conséquences de la guerre sur la nature humaine et la folie dont ils sont capable au nom de la liberté. Basil Poledouris signe une nouvelle fois une partition extraordinaire qui s’ancré dans les paysages de Bornéo et magnifie la photographie et la mise en scène inventive (le plan de l’arme braquée sur le cavalier japonais est énorme). Nick Nolte est impérial mais Nigel Havers arrive à lui tenir tête et c’est main dans la main qu’ils partent affronter les troupes japonaises, chacun apprenant de l’autre (Learoyd retrouvant ce qui fait le charme de la liberté occidentale, l’officier mesurant l’étendue du pouvoir du roi). D’ailleurs, cette victoire de l’Orient sur l’Occident se traduit par le tatouage arboré sur le torse de Nolte, un aigle se mesurant à un dragon.

L'adieu au roi Japonais

Profondément humaniste malgré la violence de ses propos et de ses scènes de bataille, L’adieu au roi est un melting-pot de tout ce qui tient à cœur à John Milius. Même s’il est loin d’être son meilleur film, c’est certainement celui qui traduit le plus en images et en émotions la personnalité du cinéaste et celui à mettre entre toutes les mains pour savoir si ou ou non, vous seriez capable d’apprécier son cinéma.

7/10

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Le Vol de l’Intruder – John Milius (1991)

Flight of the Intruder

C’est marrant à quel point on remarque le côté matriochka de ce film: c’est l’adaptation d’une biographie romancée mais Milius y met aussi sa vision de la guerre, lui qui n’a jamais pu entrer au service de l’armée. Les deux versions rêvées se répondent donc sans cesse et livre une vision de la guerre terriblement sarcastique, illusoire et politique. Toujours au service d’une virilité sans faille, le cinéaste nous emmène sur le front Nord-Vietnam prendre part à des bombardements soit disant stratégiques. Mais son couple de têtes brûlées (Johnson charismatique et Dafoe impérial) va livrer sa propre guerre, sous couvert de vengeance ou d’amour du risque. C’est dans ce côté satirique que Flight of the Intruder ressemble beaucoup à Platoon, toute la dernière partie dans la jungle envahie de Vietcongs étant un véritable hommage au film de Stone, le relais entre les deux étant bien entendu la mort du personnage de Willem Dafoe.

Flight of the Intruder Dafoe

Mais le fait qu’il ne fasse que survoler son sujet le rend bien moins spectaculaire que son aîné. Faisant la part belle au divertissement, on a droit aux passages obligés type Top Gun où tout le beau monde se retrouve au bar donnant lieu à une rixe, ou alors cette idylle entre Johnson et Arquette. C’est tout de même cher payé pour Milius qui parvient malgré tout à mettre son grain de sel et à livrer des images et des sous-entendus politiquement incorrects (la scène de la cour maritale, l’attaque du centre ville). Même si le budget alloué au réalisateur est conséquent, les scènes aériennes sont bourrées de CGI vraiment cheap et de bruitages qui ne sont pas rappeler ceux de Star Wars, 1er du nom. Flight of the Intruder nous donne une demie molle jusqu’au bout et ça n’est pas la happy end qui viendra entacher le film.

6/10

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Lawrence d’Arabie – David Lean (1962)

Lawrence d'Arabie

Après avoir lu Les sept piliers de la sagesse de T.E. Lawrence, il fallait immanquablement que je me tourne vers le biopic qui lui était consacré. Et même si l’attente est comblée par la vision d’une oeuvre pharaonique et intemporelle (le Blu Ray est magnifique), oeuvre qui aurait pu être ponctuée de passages ennuyeux au vu de sa durée fleuve (3h47 !), le mythe perd de sa superbe une fois la claque prise. Car les affrontements trépidants, les assauts dantesques des garnisons et les replis psychologiques du soldat (le livre est à la première personne) sont gommés de l’adaptation au grand désarroi du lecteur assidu qui a avalé les 1200 pages du livre et qui se voit lésé de scènes primordiales, à la seule fin du divertissement et du contentement des distributeurs.

Lawrence d'Arabie carte

Pas étonnant qu’il ait fallu attendre des années avant de voir apparaître la director’s cut qui rajoute 20 bonnes minutes au long métrage. Mais le film, s’il se regarde d’une seule traite, passe parfaitement, soulignant ainsi l’aisance du réalisateur avec les films monstrueusement épiques et le rythme soutenu du début à la fin. Même l’entracte, qui survient après 2 heures 30 de film, nous fait oublier que de l’eau a coulé sous les ponts depuis que l’on a inséré le disque dans le lecteur. Nous arrachant si aisément de notre canapé pour nous plonger dans le Moyen Orient des années 20, le chef d’oeuvre de David Lean n’épargne personne, bien qu’il faille s’accrocher pour pouvoir bénéficier de la plus belle récompense qui soit: avoir été un spectateur d’un conflit majeur.

Lawrence d'Arabie Turcs

Faisant fi de toute hiérarchie militaire, le personnage de Lawrence permet une identification rapide et ramène le film à hauteur d’homme, et non de guerrier ou de soldat. Loin d’être un vulgaire film de guerre, il amène avant tout une psyché profonde chez ses personnages et une odeur d’aventure et d’exotisme rarement vu au cinéma. Les plans de toute beauté se succèdent sur l’intégralité de la bobine, certains métaphorique, d’autres iconiques, montrant ainsi que chaque placement de caméra a été mûrement réfléchi en amont. Et que dire des thèmes orchestraux enregistrés pour l’occasion, mariant habilement l’amour du danger et le goût de l’épique. Véritable fresque aux dimensions humaines et cinématographiques immenses, Lawrence d’Arabie représente la quintessence du film d’aventure.

Lawrence d'Arabie attente

Mais tous ces beaux atours cache de bien vilaines choses. Le journal de combat écrit par T.E.Lawrence étant tellement complet et complexe, chaque interprétation de ses théories militaires est différente suivant le lecteur qui s’y plonge et je dois dire que je n’ai pas la même que Bolt et Wilson. Même si je dois avouer qu’ils sont des scénaristes incroyables (respectivement Le Bounty et Le pont de la rivière Kwaï), la bible stratégique qu’il avait entre les mains a été adapté à 50% de ses capacités. Si je reste persuadé que ce besoin est du à une économie de moyens (le budget aurait explosé si toutes les batailles avaient été filmées), je pense que cela aurait permis au personnage de Lawrence d’être encore plus précis, bien que l’esquisse soit déjà fortement satisfaisante.

Lawrence d'Arabie oasis

Cependant, j’ai été quelque peu déçu lorsque je me suis aperçu que dans la vision de Lean, T.E. Lawrence se transforme en un vulgaire boucher envers les Turcs, après avoir été humilié par une garnison dans la ville de Déraa. Cette scène, délicate mais primordiale, perd de son intensité lorsque l’on sait que c’est à ce moment crucial que le soldat anglais a pris conscience de son homosexualité, côtoyant presque un certain plaisir sadomasochiste tandis qu’il se faisait battre. Une psychologie du personnage nettement différente avec ma vision personnelle qui m’a empêché d’apprécier pleinement la dernière demie-heure. De plus, tout l’aspect mathématique et stratégique des assauts est passé à la trappe, privilégiant les relations diplomatiques et les luttes intestines dans les clans arabes pour le besoin du grand spectacle et du sensationnel.

Lawrence d'Arabie dague

D’une générosité maintes fois prouvé, d’une beauté lancinante et contemplative, la mise en scène de Lawrence d’Arabie est ce qui fait la force du film. S’il reste intemporel, il est par contre difficile de croire que le gante féminine apprécierait le spectacle. Seuls les hommes parlent et agissent, les femmes n’étant que des soutiens moraux aux victimes ou aux guerriers encore debout. Sans être machiste, Lawrence d’Arabie est avant tout un film de personnages, le portrait désenchanté d’un soldat ayant cru aux douceurs de l’Orient et aux charmes du désert, avant de perdre ses repères (la perte de la boussole est une scène clé) et de sombrer dans une folie où sa seule catharsis serait de se transformer en ce cliché de l’Arabe qu’ont les Occidentaux durant la première guerre mondiale: cruels et barbares.

9/10

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La chute de la Maison Blanche – Antoine Fuqua (2013)

C'est toujours jouissif de voir les Américains se prendre une grosse branlée !

C’est toujours jouissif de voir les Américains se prendre une grosse branlée !

Alors qu’on pourrait croire à la vue de l’affiche qu’on va se retrouver en face d’un clip patriotique, cherchant à embrigader par des notions séculaires de vaillance et d’honneur des jeunes désoeuvrés, Antoine Fuqua détourne les attentes de certains et les craintes des d’autres en livrant un actionner aussi efficace qu’inattendu. Dans la droite lignée des Die Hard (on pense énormément à Une journée en enfer), La chute de la Maison Blanche n’épargne pas les Américains et leur statut de « maîtres du monde », les mettant en proie à une menace fantôme qui montre que leur pseudo-invincibilité n’est pas si méritée que ça. Une prise de risque honorable dans une production estampillé 100% américaine.

Gerard Butler est une vraie réponse à John McClane.

Gerard Butler est une vraie réponse à John McClane.

Cependant, je suis conscient qu’il s’agit d’un film et qu’il ne reflète en rien la réalité. Mais lorsqu’on cherche à créer de l’empathie avec un fait possible ou probable qui toucherait la plus puissante force mondiale (avec la Chine, il ne faut plus se leurrer), on emprunte quand même aux traumas et aux peurs des citoyens et des gouvernements, américains en premier lieu mais pouvant prendre une proportion mondiale et s’appliquer à de nombreux pays qui sont susceptibles d’être dans la ligne de mire de dictatures ou de pays oppressés (notre entrée en guerre au Mali peut éventuellement donner lieu à ce genre de scénarios catastrophes). Ce qui est d’autant plus intéressant dans ce film, c’est la balance constante entre patriotisme exacerbé (les discours du président, l’homme patriote) et pertes humiliantes (destruction de l’Obélisque, bannière étoilée mitraillée, innocents tués par dizaine).

Y'a des plans tellement jouissifs !

Y’a des plans tellement jouissifs !

Avec Du plomb dans la tête, on est servis en terme de nostalgie. Le film de Fuqua est un retour aux sources, directement ancré dans les années 80 où l’action ne servait que la forme et non le fond. Gerard Butler s’inscrit dignement dans les plus grandes figures héroïques jamais vu sur grand écran. Son style de baroudeur pétri de punchlines et d’une carrure imposante en fait un homme de terrain plus que suffisant pour passer 2 heures trop courtes en compagnie de ce que les Etats-Unis savent livrer de meilleur en terme de sauveur. D’ailleurs, son héroïsme est passé sous silence à notre plus grande joie, le rendant d’autant plus admirable et évitant ainsi une happy end trop téléphonée. Mais cette fin à un arrière goût de patriotisme gerbant sous prétexte que l’Amérique est capable de se relever de tout et n’importe quoi, sans avoir besoin de le crier sur les toits.

Les hommes de l'ombre sont d'une inefficacité exemplaire, au grand dam du héros.

Les hommes de l’ombre sont d’une inefficacité exemplaire, au grand dam du héros.

En terme d’action, on est bien servis avec des explosions dantesques (d’ailleurs les références à la mythologie sont omniprésentes), des fusillades nourries, des headshots violents et nombreux. Banning ne s’ennuie jamais et avance, tel un minotaure enragé, dans les couloirs labyrinthiques de la Maison Blanche, à la recherche de pauvre Nord-Coréens perdus loin de chez eux. Jeu de cache-cache en huis-clos géant, le rythme est soutenu tout du long avec des interventions fréquentes du Pentagone, permettant de souffler entre deux combats musclés. La VF est plutôt bonne à ma grande surprise, même si on perd en iconisation lors de punchlines qui s’avéraient puissantes en version originale et qui perdent en intensité une fois traduites.

Pour faire chuter la Maison Blanche, la Corée n'y va pas par 4 chemins.

Pour faire chuter la Maison Blanche, la Corée n’y va pas par 4 chemins.

Généreux, encourageant pour la suite de la carrière de Butler, efficace dans sa capacité à livrer aux spectateur un concentré d’action pure et brutale, Antoine Fuqua fait carton plein et offre un film d’action couillu et old school, pour le bonheur des vieux et, espérons-le, des jeunes, qui peuvent se mettre à apprécier des légendes vivantes, comme nous le faisions étant plus jeunes avec Schwarzy, Stallone et cie.

7/10

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In The Loop (2009)

Une satire pas piquée des vers sur les dessous de la politique internationale.

Malgré l’ampleur du sujet discuté (l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Irak), le réalisateur parvient à nous faire hurler de rire grâce à un facteur déterminant: la dédramatisation nerveuse. Tous les personnages impliqués dans cet évènement se bousculent, se chahutent et s’engueulent pour ramasser des miettes de renseignements et donner un coup de pouce à sa carrière en misant sur le bon cheval. Sauf que tout ce chaos ministériel donne lieu à des répliques proprement hilarantes (Peter Capaldi impayable en directeur de communication tyrannique), à des scènes d’une incroyable liberté de ton (il faut les entendre éructer le mot « fuck » à tout va) et à un genre de comédie bien particulier. Les joies du téléphone arabe dans ce qu’il a de plus régressif et jubilatoire.

8,5/10

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