Archives de Tag: gangsters

Dillinger – John Milius (1973)

Dillinger

Milius a toujours eu une tendresse toute particulière envers les personnages fantastiques et fantasmatiques, au charisme irréprochable. Quoi de plus normal, pour un premier film, que de retracer un faux biopic sur l’âge d’or de John Dillinger, Robins des bois moderne dans une époque où les réputations se forgent au nombre de morts à son actif. Le film est donc un faux biopic car l’on suit tout autant la montée en puissance du gang de Dillinger que la traque de la vermine durant l’ère de la Grande Dépression par l’agent fédéral Melvin Purvis. Les deux hommes étaient fait pour se rencontrer et Milius a parfaitement su saisir l’essence de ses deux personnages, faces d’une seule et même pièce. Par des scènes iconiques (la première arrestation pour Purvis, l’évasion pour Dillinger), le cinéaste a intelligemment montré que les deux hommes, aussi ancrés de chaque côté de la loi qu’ils le disent, peuvent parfois faire acte de cruauté ou de générosité.

Dillinger Purvis

D’ailleurs, il est intéressant de voir à quel point le film ne fait aucune concession dans la violence. Certains personnages principaux, faisant partie des piliers de la bande, meurent sans qu’aucun hommage ne leur soit rendue, qu’aucune scène ne nous montre leur corps. Et les arrestations ne sont pas faites à coups de matraques et de menottes mais sont de véritables arrestations: le bandit ne pourra plus jamais faire de mal (la mort est toujours au rendez-vous). Milius parvient à rendre son histoire particulièrement rythmée grâce à une mise en scène inventive (la caméra qui suit longuement le même personnage durant une fusillade), une bande originale ultra jazzy aux petits oignons et un stock-shot central génial.

Dillinger éxécution

Si ce n’est quelques erreurs de documentation (le FBI n’a porté ce nom qu’en 1935 alors que Dillinger est abattu en 1934), on peut clairement affirmer que Dillinger reste un modèle du genre, largement supérieur au raté Public Ennemies. Le gros point positif du film est bien entendu l’acteur principal ou, du moins, la manière dont il a choisi d’incarner Dillinger et dont Milius a choisi de le représenter (un homme loin du voleur romantique proposé par Mann). La ressemblance physique entre Warren Oates et l’éminent gangster est vraiment flagrante, donnant un air faussement documentaire à la bobine qui termine d’asseoir le film comme la bonne référence à caler entre un Bonnie & Clyde et un Bugsy.

7/10

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L’enquête – Tom Tykwer (2009)

L'enquête

Après avoir vu Cours, Lola, cours et Cloud Atlas et les avoir apprécié tous les deux, il était normal que je me penche davantage sur la filmographie de Tykwer. Et quoi de mieux que de concilier cet objectif avec un thriller sur fond d’espionnage et Clive Owen dont le talent et le charisme n’est plus à prouver. L’enquête s’ouvre doucement mais sûrement, happant le spectateur dès les premières minutes pour le plonger dans les méandres de l’affaire et ne lui faire ressortir la tête de l’eau qu’à l’issue du film. Même si les tenants et les aboutissants de cette dernière ne sont pas bien compliqués, l’intrigue tient bien la route et la tension est permanente, malgré les allées et venues à travers le monde (Berlin, New York, Istanbul).

L'enquête voitures

Même si Naomi Watts fait une bien piètre collègue aux côtés de Clive Owen, leur relation ambiguë permet d’approfondir l’humanité de l’agent d’Interpol en ne le faisant pas passer uniquement pour une machine d’investigation bien huilée. Il a ses failles, ses faiblesses et même si elles ne sont pas utilisés par l’adversaire, le fait de savoir qu’elles existent est un atout pour le spectateur qui peut dès lors s’identifier un minimum et comprendre ce qu’il vit au quotidien. D’ailleurs, chaque personnage est plutôt bien écrit, y compris le tueur à gages que l’on voit pourtant très peu, la rencontre entre les deux donnant lieu à une fusillade incroyablement orchestrée et maîtrisée (le décor du musée Guggenheim a été construit pour l’occasion, ça montre le niveau de destruction).

L'enquête Clive

Efficace, propre, L’enquête est une belle surprise, surtout au vu de la faible réputation qu’il se traîne. Bien qu’il ne dépoussière en rien le genre qui connaît déjà d’excellentes bobines, la rareté de ce genre de péloches à l’époque actuelle fait que c’est toujours bon à prendre. De plus, le final a le mérite de ne laisser aucun échappatoire à la frustration de l’agent qui finira comme un vulgaire pion sur l’échiquier mondial.

8/10

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Killshot – John Madden (2008)

Killshot

Même si j’ai déjà vu des manières bien dégueulasses de flinguer du Leonard en l’adaptant comme un pied (Cat Chaser en tête), je peux pas m’empêcher de me farcir tout ce qui se rapproche de près ou de loin à ses œuvres. Killshot se range heureusement dans la partie réussie du panier. Même s’il ne casse pas trois pattes à un canard par son scénario convenu, le casting est tellement réussi et l’ambiance tellement noire qu’on y croit à fond. Entre Mickey Rourke monolithique mais qui laisse transparaître une large palette d’émotions dans sa voix, les fusillades très correctes qui ponctuent la bobine et les relations qui se lient entre les différents personnages plutôt bien écrites, on ne peut qu’apprécier le spectacle. Seulement, Killshot manque de fun, de peps et là où certains voient une mise en scène correcte cherchant à ne jamais surpasser le scénario pour faire vivre ses personnages, j’y ai vu un ventre mou qui ne permet au film de décoller vraiment malgré des séquences intéressantes. Un bon petit film du samedi soir cela dit !

6/10

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Sleeping Dogs – Square Enix (2012)

Square Enix montre qu’il a plus d’un tour dans son sac en pondant ce superbe GTA-like.

N’importe quel facteur vous le dira: un chien qui dort est une menace sourde. Menace d’autant plus grande étant donné que si vous empiétez sur son territoire, il s’accrochera à votre mollet sans jamais lâcher prise. C’est le cas de Wei Shen, agent dormant infiltré au sein de la Triade. Celle-ci se divise la ville de Hong-Kong, chacun cherchant à prendre une part de gâteau plus grosse que son voisin. Wei, devant faire ses preuves au sein de son clan, va chercher à s’emparer des territoires ennemis, tout en faisant jouer ses relations dans la police. Vu comme ça, on pourrait croire que Wei a pris la tangente et n’est plus que l’ombre de lui même: un flic ayant effacé la frontière entre son respect des lois et son code de d’honneur. C’est ainsi que débute le jeu et l’aventure intérieure de cet homme.

La ville est parfaitement modélisée, l’alternance jour/nuit et soleil/pluie donnant une véritable profondeur à l’ambiance du jeu.

On ne sait jamais s’il met du cœur à l’ouvrage parce qu’il apprécie la compagnie des mafieux ou parce qu’il cherche à se faire valoir auprès de ses supérieurs assermentés. Son dossier psychologique fait montre de nombreuses zones d’ombres (chaque mission réussie dans la police nous rapporte une pièce du puzzle de son dossier interne), zones éclairées par le caractère tempétueux du jeune homme et sa vendetta personnelle. Car elle est bien là la trame principale (même si on  la perd rapidement en cours de route). Si Wei a accepté cette mission risquée, c’est avant tout parce qu’il n’a plus rien à perdre. Et ce nihilisme de tous les instants se ressent dans ses actes et ses paroles. Certaines missions qui nous sont allouées sont proches du suicide (la difficulté est tout de même accrue par rapport aux autres jeux du genre).

Une des scènes n’est pas sans rappeler celle des Infiltrés, lui même remake d’Infernal Affairs.

A mi-chemin entre l’hommage à la vague de polars hard-boiled que nous as pondus la Chine dans les années 80 et l’amour du genre GTA-like pour la mafia et ses dérivés, Sleeping Dogs comporte son lot de nouveautés qui apporte à l’action une dose supplémentaire de réalisme. Le gameplay contient du parkour, ce sport qui consiste, à l’instar des yamakasis, à appuyer la théorie de Darwin comme quoi l’homme descendrait du singe. Mais le plus percutant (c’est le mot) est sans contexte le système de combat: intuitif et complet, Wei Shen pourra mettre à mal ses adversaires en leur administrant une bonne dose de kung-fu dont ils se souviendront. Comme dans Batman: Arkham Asylum (et City bien sûr), le procédé consiste juste à enchaîner les combos et à appuyer au bon moment pour contrer. Et même si les coups s’enchaînent de façon moins fluide et spectaculaire que chez le chevalier noir, on a affaire à une petite prouesse du genre, chaque mouvement étant enregistré en motion capture par un véritable combattant en MMA: Georges Saint Pierre.

Les chorégraphies des bastons sont impressionnantes de réalisme, même si elles s’avèrent très vite répétitives.

De John Woo à Ringo Lam en passant par Johnny To, le scénario est habilement mêlé d’éléments déjà largement présents dans le patrimoine cinématographique chinois. La vengeance, l’antihéros charismatique, les gunfights nerveux, les amitiés douloureuses et la morale brinquebalante ainsi que la violence magnifiée font de Sleeping Dogs un melting-pot vidéo-ludique de ce qui se fait de mieux en matière de polars mafieux. La ville, ouverte autant que faire se peut dans ce type de jeu, grouille d’animations et réagit parfaitement à notre soif de destruction et de perte de contrôle. En attendant un GTA 5 qui promet d’être méchamment musclé, Sleeping Dogs reste un héritier largement honorable, qui vous procurera de longues heures de fun.

Les armes à feu sont très peu présentes. Ici, pas question de gaspiller ses balles.

En cadeau, le trailer in real-time du jeu avant sa sortie. Enjoy !

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