Archives de Tag: fresque

La parfaite lumière – Eiji Yoshikawa (1935)

La parfaite lumière

Beaucoup plus centré sur la géopolitique et les intérêts sociaux et économiques du Japon que son prédécesseur, La parfaite lumière déçoit par sa trop grande multiplicité de personnages, de destins croisés et des situations presque abracadabrantes qui rendent le récit beaucoup trop théâtral. Alors que La pierre et le sabre allait à l’économie de descriptions en privilégiant l’action et les paroles sages de Musashi et de Takuan, La parfaite lumière accumule tous les défauts inexistants auparavant et flirte trop souvent avec le pamphlet sociétal pour être trop honnête dans sa volonté de conter la vie et l’oeuvre du grand samouraï qu’a été Miyamoto Musashi.

La parfaite lumière art

Cependant, certaines scènes puissantes subsistent dans ce flot ininterrompu de questionnements. Notamment celles mettant en valeur Kojiro et Musashi. Mais les croisements incessants des personnages qui, comme par enchantement se retrouvent tous au même endroit à la fin, peut devenir lassant. Certes, le final est à couper le souffle mais beaucoup trop court, ne nous récompensant pas suffisamment des 1500 pages de la saga dévorés pour y parvenir. Bien moins bon que le premier tome, la saga Musashi se révèle être tout de même à la hauteur de mes espérances en terme de fresque historique japonaise.

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The Grandmaster – Wong Kar-wai (2013)

Wong Kar-wai, réalisateur somnifère, s'essaye au film d'arts martiaux. Blague ou renaissance ?

Que ceux qui s’attendaient à voir de beaux combats de kung-fu lèvent le doigt !

Lorsqu’on a la prétention de livrer une grande fresque historique sur l’histoire du kung fu, à la manière de Sergio Leone pour son Once Upon a time in America, on se donne les moyens de réussir (les références ne suffisent pas). Ça semblait chose faite en s’entourant d’une troupe d’acteurs dont le talent n’est plus à prouver et d’un chorégraphe de génie qui a oeuvré sur des films aux combats réputés pour leur excellence. Mais c’était sans compter sur le perfectionnisme infini et l’égo surdimensionné du cinéaste qui ont complètement dilapidés l’énergie et l’argent du tournage au profit d’un sens aigu de la beauté du cadre. Davantage un film dramatique à la portée romantique qu’un faux biopic où les personnages satellites devaient graviter autour de la figure mythique d’Ip Man, The Grandmaster a perdu son S (il devait à l’origine s’appeler The Grandmasters) au profit de lettres de noblesse qui semblent bien inutiles pour coller à un genre déjà bien nourri de chef d’œuvres inattaquables.

Avoir de bons acteurs, c'est bien. Savoir les diriger, c'est mieux !

Avoir de bons acteurs, c’est bien. Savoir les diriger, c’est mieux !

Si le film semble mutilé de part en part et ne pas avoir de lignes directrices clairement définies, c’est parce que la version montée pour le cinéma ne fait que 2 heures au lieu des 4 à 5 heures prévues à l’origine. Mais cette décision ayant été prise par le réalisateur en personne de nourrir son film essentiellement des scènes les plus marquantes sentimentalement tue la volonté de créer une fresque gigantesque dans l’œuf  Et si ce charcutage (il n ‘y a pas d’autres mots pour qualifier ce travail) semble plaire à Wong Kar-wai, il faut espérer que son avis change du tout au tout au vu de la frustration qu’il génère auprès des fans du genre. Continuons donc d’espérer qu’une director’s cut peut voir le jour au vu des nombreuses scènes inutilisées, visibles à la toute fin du film au milieu du générique.

Tout ce qui touche au personnage de La Lame est torché en trois scènes.

Tout ce qui touche au personnage de La Lame est torché en trois scènes.

Un choix d’artiste regrettable tant The Grandmaster transpire l’envie de bien faire et l’amour du travail fignolé à l’extrême  Si des défauts émergent des les premières minutes du film pour s’installer confortablement et gêner le confort de l’immersion dans une Chine brutale et sans concessions pour les plus faibles (les fronts sont coupés, les ralentis sont inutiles, les combats sont mal découpés,…), on ne peut qu’applaudir le style largement emprunté à la peinture, les couleurs chatoyantes des intérieurs contrastant avec l’univers froid et hostile du monde extérieur et les iconisations des personnages (et des acteurs, Zhang Ziyi a la beauté tellement sublimée) qui, entre deux conversations philosophiques, vont faire preuve d’une technicité hors pair, nouveaux contrastes entre les acteurs non pratiquants du kung fu et leurs personnages passés maîtres dans leur arts. Une volonté de pousser dans ses derniers retranchements son équipe qui montre que Kar-wai n’a pas froid aux yeux pour délivrer le meilleur de tout un chacun, le rendant d’autant plus antipathique sur le tournage.

Certains plans ressemblent à de véritables tableaux.

Certains plans ressemblent à de véritables tableaux.

Si le réalisateur continue de s’embourber dans d’éternelles histoires romantiques aux longueurs inavouables, il parvient à s’approprier un genre beaucoup trop cloisonné à l’action pure pour donner sa propre représentation du kung fu. Pour Kar-wai, il n’est ni plus ni moins qu’un moyen d’expression au même titre que le langage. C’est celui du corps qui transcende les paroles, celui de l’âme qui s’élève jusqu’à gravir cette montagne (le mot revient revient plusieurs fois dans le film) de maîtrise et de sagesse qui est l’essence même de cet art martial. The Grandmaster a beau partager son monde, on ne peut pas le nier, il réussit à donner une nouvelle vision au genre en l’épurant au possible de sa technicité pour en garder la fragilité et la grâce.

5/10

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The Place Beyond the Pines – Derek Cianfrance (2013)

Un polar au scénario pour le moins inattendu.

Un polar au scénario pour le moins inattendu.

Derek Cianfrance est vraiment un réalisateur adroit. En balançant un synopsis d’une simple ligne, il parvient à nous induire en erreurs et à rallier le plus grand nombre à sa cause. Les fans de Gosling, les fans de polar et de films de casse et ses propres fans. Trois publics bien ciblés, différents dans leurs attentes mais qui peuvent être une seule et même personne. C’est un peu ça l’idée du scénario de son nouveau film: tenter d’imbriquer trois histoires bien distinctes mais qui se répondent par une continuité chronologique et qui permettent une lecture parfaite de sa fresque dramatique.

Les erreurs d'une génération peuvent influer les choix de vie de la génération suivante.

Les erreurs d’une génération peuvent influer les choix de vie de la génération suivante.

Ce qui surprend en premier lieu, c’est ce choix voulu dès le départ de ne pas se répéter. Autant le personnage de Ryan Gosling partage la même vision de la famille que son personnage précédent chez le cinéaste, autant elle n’est clairement pas au centre de ce film. Cette continuité chronologique débute donc dès le plan séquence d’ouverture, d’une maîtrise absolue et d’une fluidité incroyable, avec un thème qui semble être très cher à Cianfrance: la figure paternelle. Si les femmes ne sont pas de simples potiches, la qualité de l’écriture des personnages se ressent surtout du coté masculin, avec des personnalités fortes. Et pour donner un poids à ces caractères bien trempés, quoi de mieux que d’utiliser à contre-emploi deux des acteurs les plus cruellement mésestimés et utilisés à mauvais escient.

La partie polar en interne pourrait faire un film à elle seule.

La partie polar en interne pourrait faire un film à elle seule.

Cooper et Gosling ne se volent jamais la vedette grâce à une particularité scénaristique. Une manière simple qui permet à Cianfrance d’éviter de trancher sur leurs temps de présence et qui ramène le film à hauteur d’homme en ne s’attardant que sur un seul personnage à la fois. Même si leurs destins se croisent, The Place Beyond the Pines recherche plus qu’une simple fatalité évidente dans leur différence de statut (l’un braque des banques, l’autre est flic) mais faire retentir le souvenir de leurs actions et exactions aussi longtemps que possible dans le temps, quitte à ce que leurs échos parviennent aux oreilles de leur progéniture.

Le film parvient à être émouvant avec une facilité qui désarçonne.

Le film parvient à être émouvant avec une facilité qui désarçonne.

Ambitieux dans sa manière d’aborder le polar, admirable dans sa capacité à le rendre plus touchant et plus humain, le récit est maîtrisé de bout en bout. Même si les éclairs de génie en terme de mise en scène disséminés ci et là ne parviennent pas à cacher la monotonie qui s’en dégage, c’est un élément positif qui est à rajouter à l’impact mélancolique qui se dégagent des images. Un dyptique parfait avec Blue Valentine.

7,5/10

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