Archives de Tag: Etats-Unis

Hôtel Woodstock – Ang Lee (2009)

L'affiche déborde d'amour et de bons sentiments. Comme le film en fait...

L’affiche déborde d’amour et de bons sentiments. Comme le film en fait…

Je ne suis pas particulièrement fan du travail d’Ang Lee. Ce qui m’a poussé à voir ce film, c’est que je m’attendais à avoir un mix entre Las Vegas Parano, le cinéma de Wes Anderson et un travail de fond un peu plus nuancé sur le début des 70’s. Évoquez maladroitement le Vietnam avec un personnage inutile, être manichéen au possible en montrant que les gentils hippies ne veulent que paix et sérénité et ne pas se concentrer sur l’aspect sociétal de l’évènement (comme le fait que ça n’arrive qu’une fois et que l’état apprend de ses erreurs), ce sont des erreurs de fond qui plombent injustement la bonne volonté du cinéaste.

Sur les milliers de figurant(e)s employé(e)s, seuls une dizaine jouent à poil. Et pas les plus joli(e)s...

Sur les milliers de figurant(e)s employé(e)s, seuls une dizaine jouent à poil. Et pas les plus joli(e)s…

La nudité face à l’adversaire qu’est le public (à savoir ceux qui assistent et n’agissent pas), c’est un point de vue intéressant. Et c’est d’ailleurs l’un des cheval de bataille de la génération hippie. Alors pourquoi resserrer son récit sur une affaire familiale, qui plus est pas très intéressante ? Pourquoi ne pas avoir utilisé ce jeune homme sur qui tout le festival repose pour en faire une sorte de faire-valoir de la liberté individuelle, permettant ainsi au cinéaste de donner son véritable avis sur la question. Avec ce film, on se sent frustré de n’avoir côtoyé qu’une infime partie du bordel qu’a pu être ce festival.

Le pluralisme et la liberté sexuelle dont ils font preuve sont encore un moyen de se démarquer du reste du monde.

Le pluralisme et la liberté sexuelle dont ils font preuve sont encore un moyen de se démarquer du reste du monde.

Passez la liberté de ton absente qui rend niais le personnage principal et taiseuse son envie d’en finir avec le monde connu (comprendre découvrir de nouveaux horizons), on est en face d’un bon petit film, qui fait passer le temps, une B.O entêtante dans les oreilles. L’humour de certaines scènes passent plutôt bien et rend attendrissant le spectacle. Il est juste dommage de passer rapidement sur les faits et de rendre superflu de telles dérives administratives. Et même si on s’attendait à voir de nombreux clichés sur les hippies, ceux sur les Juifs sont traités honteusement (la mère juive qui cache son magot aux yeux même de sa famille !)

J'avais pourtant dit à ma mère de ne pas mettre de photos de ma chambre sur Internet !

J’avais pourtant dit à ma mère de ne pas mettre de photos de ma chambre sur Internet !

Au niveau visuel, c’est pas moche du tout, Ang Lee se permettant même une reconstitution fidèle, le plan séquence du motard arpentant la foule de spectateurs en montrant long sur l’effort considérable fourni pour atteindre un degré de sincérité bluffant. On vit, on mange et on baise hippie. Par contre, il aurait pu se calmer sur les split-screens qui, loin de servir la narration vu qu’ils sont ni intelligents ni maîtrisés, donnent la nausée les lendemains de réveillon. Un semi-effort qui montre encore une fois que le talent ne pousse pas sur les arbres.

Imaginez tout ça en mouvement en essayant de deviner quel personnage de quelle scène parle...

Maintenant, imaginez tout ça en mouvement en essayant de deviner quel personnage de quelle scène parle…

Sympathique tentative de renouer avec un des mythes américains, Hôtel Woodstock se prend les pieds dans le tapis par sa naïveté confondante et son étude inintéressante de la jeunesse perdue. Comme toutes leurs erreurs dans leur passé sanglant, on va vite l’oublié ce film.

6,5/10

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Territoires – Olivier Abbou (2010)

Ça donne plus du tout envie d'aller au Canada...

Ça donne plus du tout envie d’aller au Canada

La violence psychologique qui se dégage de Territoires est brutale. Flirtant sans cesse avec le survival, le film ne perd jamais son identité, même lorsqu’il emprunte le virage soudain du polar avec l’arrivée du détective perturbateur. Olivier Abbou ne cherche jamais à excuser les agissements de ces deux douaniers psychotiques (plus que psychopathes) mais à dresser un bilan défaitiste de la guerre menée contre le terrorisme. Sous couvert d’un patriotisme brûlant et haineux, l’enlèvement de ces jeunes peut paraître arbitraire. La frontière entre amour de sa patrie et racisme contre l’adversaire oppresseur (les deux ont fait l’Irak) est mince et est soulignée par des souvenirs de guerre flottant encore à la surface.

L'être humain est rabaissé jusqu'à se sentir inférieur à un animal.

L’être humain est rabaissé jusqu’à se sentir inférieur à un animal.

Les scènes d’interrogatoires sont déstabilisantes, éreintantes et cruelles, laissant libre cours à l’imagination du spectateur quand à leur véracité et leurs ressemblances avec des faits similaires à ceux se déroulant sur Guantanamo. Les deux parties distinctes se répondent plutôt bien, même si l’une empiète beaucoup sur l’autre, déséquilibrant la fluidité et le rythme du récit. De plus, on n’a véritablement aucune idée de l’unité de temps ce qui nous empêche d’être véritablement conscient du calvaire que subissent les personnes kidnappées. Une semi-réussite qui nous fait comprendre que la lutte contre le terrorisme peut prendre des proportions incroyables et le pouvoir de défendre son pays, différentes formes.

7/10

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Greetings (1968)

Un melting-pot de tout ce qui faisait trembler l’Amérique dans les années 60.

De Palma éclabousse l’Amérique avec ce docu-fiction censé représenter les différentes facettes des Etats-Unis, chacune incarnée par un personnage au comportement outrancier et intentionnellement caricatural. De Niro, jusqu’à alors inconnu, laisse éclater tout son potentiel comique et sa présence charismatique en baba cool plutôt porté sur le voyeurisme que sur la tuerie de Vietcongs (d’ailleurs on attribue souvent à tort les premiers rôles de Bob à Martin Scorsese).

Complots et documentaire ne font pas bon ménage chez le réalisateur.

Chacune de ses facettes forge l’Amérique mais également un grand pan du futur cinéma de De Palma. Le voyeurisme du public américain pour les massacres au perpétrés au Vietnam font écho au personnage de Robert De Niro, alors en pleine création d’un art visuel: le peep-art (Body Double reviendra sur ce thème avec énormément d’érotisme). La théorie du complot qui n’a pas épargné l’assassinat de Kennedy porte les traits de Gerrit Graham, reflétant l’amour du cinéaste pour le cinéma d’Antonioni et d’Hitchcock (Blow Out se chargera à son tour de pousser le filon à son paroxysme). Quand à la troisième facette, il s’agit de la libération sexuelle et du mouvement flower power, incarnés par le personnage de Paul, fervent partisan de la non-violence et refusant toute notion d’obligation militaire (Outrages est le parfait représentant de ce refus patriotique).

De Niro brillait déjà d’une aura incroyable !

On peut donc voir dans ce Greetings (dont le titre semble déjà parler de lui même) une entrée en matière dans le 7ème art pour le réalisateur, ainsi qu’un kaléidoscope de tout ce qui le fait gamberger. Une sorte de lettre de motivation qui lui fera trouver un public partageant les mêmes raisonnements que lui, le film faisant un gros flop auprès des studios de production pour la dureté de ses propos. A travers ces portraits richement croqués d’une Amérique violente, expansionniste et libertaire, De Palma laissait parler sa fougue anarchiste avant de s’installer dans le confort d’un cinéma plus maîtrisé, aux sous-textes implicites et où la fiction l’emportait sur le propos diffamatoire. Même si à bien y regarder, toutes les oeuvres du maître ne sont que des rejetons plus ou moins maudits de ce Greetings.

8,5/10

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Abraham Lincoln, tueur de vampires – Timur Bekmambetov

Timur Bekmanbetov compte certainement engranger autant de recettes que son nom lui rapporte de points au Scrabble…

Les uchronies, c’est une idée formidable lorsqu’elles sont intelligentes et apportent leur pierre à l’édifice de l’Histoire. De nombreux écrivains ont pondus de fabuleux romans en utilisant ce procédé (je vous recommande d’ailleurs Le maître du haut-château de Philip K. Dick) Mais lorsqu’elles sont au service d’un scénario à la ramasse et d’un réalisateur dont la seule mention au générique me provoque des crises d’hilarité (Wanted quand même, qui valait uniquement le coup d’œil pour le plan sur les fesses d’Angelina Jolie), on ne peut qu’aligner 8€ pour la séance en gardant à l’esprit qu’on s’en va voir une comédie et non pas un film sur la vie secrète d’Abraham Lincoln, chasseur noctambule de nyctalopes assoiffés d’hémoglobine.

Ok, le clin d’oeil à Romero était sympa. Mais ça n’est que 3 secondes sur 6300 !

Le pire n’est pas tant la nullité de la chose, mais que les acteurs décident d’utiliser leur vrais noms au générique. Bekmambetov est une véritable moulinette à carrières: tous ceux qui figurent dans l’un de ses films ne figureront dans aucun autre (intéressant j’entends). D’ailleurs, Tim Burton semble vouloir mettre fin à la sienne car il apparaît comme producteur du navet. Sérieusement, Tim, si tu sais pas quoi faire de ton argent, je peux t’envoyer un RIB. Mais ne plaignons pas le pauvre bougre, il a vu de la fumée et il est rentré. Car de la fumée, tu t’en prends autant qu’en discothèque ou dans l’incendie d’une usine de pneus. Le budget doit être tellement minable qu’il nous leurre l’arrière plan et nous montre uniquement, pour toutes les scènes d’actions à partir de la moitié du film, des silhouettes découpées dans la pénombre et la fumée.

– Si tu veux, j’ai des fusils à sept canons qui peuvent transformer ton ennemi en tome de gruyère ! »
– Non merci, je vais utiliser ma hache parce que quand j’étais petit, j’étais bûcheron… »

Les scènes d’action, parlons-en ! Je pense que le réalisateur devait faire du break-dance en tenant sa caméra pour filmer des plans aussi improbables. Mais le pire n’est pas le contenant mais le contenu: entre un vampire qui invente une nouvelle discipline olympique (le lancer de cheval mesdames et messieurs !) ou Lincoln (simple hère humanoïde dans un monde peuplé de vampires rappelons-le !) qui fait du parcours d’obstacles sur des canassons au galop, je pense qu’on tient là une scène qui fera date dans l’histoire du cinéma. Le genre de scène que l’acteur principal va s’empresser de noter dans son CV en caractères gras. Je croyais qu’on atteignait le sommet de la connerie dans Wanted mais sur le mont Olympe de la déchéance cinématographique, Timur est venu en rajouter une couche.

Entre deux headshots, Lincoln a le temps de discourir devant le brave peuple américain. Un président qui ne compte pas ses heures !

Les acteurs, en plus de se demander pourquoi ils sont venus jouer dans cette daube intergalactique, alignent les répliques foireuses les unes après les autres. Il faut les entendre discuter, ça en devient presque gênant pour eux. Mais Timur pousse même la manipulation du temps jusqu’à faire vieillir parfaitement le personnage de Lincoln (il passe de 26 à 50 ans dans le film) sans se soucier des personnages secondaires ! On se retrouve avec son pote black qui n’a pas pris une ride, sa femme qui peut encore draguer les minots de 20 ans sans problèmes et le pote boutiquier de Lincoln a qui on a juste rajouter une barbe, semblable à celle du président, mais en version grise (la noire était déjà prise). D’ailleurs, quand on y regarde de plus près, on se rend compte que le pays est tenu (et fondé aussi !) par un tueur de vampires, un ancien esclave et un marchand (vous me direz, ils ont bien eu Ronald Reagan). Normal qu’ils se prennent une branlée par les Sudistes après !

La chair de tomates Lincoln ! Existe aussi sans ail !

Bref, je pourrais en parler des heures mais j’ai d’autres chats à fouetter et je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir qui s’offre à vous si, dans un élan de pure générosité, vous voudriez laisser 8€ dans la poche de ce bon vieux Timur. A votre bon coeur !

2/10

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