Archives de Tag: espace

Gravity – Alfonso Cuaron (2013)

Gravity

Esthète de l’image s’il en est, Alfonso Cuaron a toujours montré un amour immodéré pour le plan séquence. De plus, l’un de ses rêves de gosse était de devenir astronaute. Quoi de plus normal pour lui de concilier ses deux éléments en un seul. Gravity est une véritable prouesse technologique, le cinéaste multipliant les trouvailles pour rendre l’immersion de ses deux astronautes dans un espace bien loin d’être confiné mais qui n’offre que très peu de marge d’erreurs. Ce danger omniprésent étant déjà suffisant pour rendre anxiogène son film, Cuaron pousse l’expérience encore plus avant en rendant le tournage difficile pour ses acteurs, et principalement Sandra Bullock qui sera soumise à rude épreuve. Ici, pas question de tourner en apesanteur comme l’avait fait Ron Howard pour Apollo 13. La méthode étant trop coûteuse et ne permettant pas de longues prises de vues, Cuaron va redoubler d’imagination pour que sa caméra puisse se balader sans gène autour des acteurs qui devront faire le maximum pour s’imaginer en apesanteur. La 3D s’ajoute au procédé immersif pour plonger le spectateur dans une détresse comme va la connaître le personnage de Stone. Suffocant, épuisant, intense et déstabilisant, Gravity est une expérience fabuleuse à l’enjeu dramatique imposant, malgré quelques touches d’humour maladroites qui auraient pu être évitées. Avec ce film, Cuaron a repoussé les limites du 7ème art et mixer plusieurs outils technologiques pour le seul et unique amour de l’image.

9/10

Publicités
Tagué , , , , , , , ,

Star Trek Into Darkness – J.J. Abrams (2013)

Star Trek Into Darkness

Après le lifting opéré sur la saga par Abrams, les producteurs ont décidé d’élever leur poule aux œufs d’or au rang d’icône, le gratifiant d’un statut de geek suprême, ayant compris toutes les qualités de Star Trek en gommant tous les défauts. Mais c’était sans compter le rajout des siens qui, même s’ils ne gâchent pas tellement le spectacle, empêchent ses films de gagner de l’intensité émotionnellement parlant. Car ses personnages sont lisses et creux. Même s’ils ont bel et bien une personnalité qui leur est propre, ils agissent avec tellement d’insouciance et d’immaturité qu’on se demande comment Star Fleet peut filer à cet équipage le meilleur vaisseau de leur flotte et leur accorder leur confiance absolue.

Star Trek Into Darkness fusillade

Et si les défauts s’arrêtaient là, ça ne serait pas trop grave. Mais il faut encore ajouter les multiples incohérences scénaristiques qui plombent le récit. Cependant, si le script reste morcelé de bêtises à l’innocence prodigieuse (un mec est coincé dans un volcan en éruption !), il est bien traité et permet à chaque personnage de se révéler et d’apporter sa pierre à l’édifice. Le problème, c’est que si les interactions entre eux sont plutôt bien écrites, les personnages n’évoluent jamais, ce qui donne un aspect serial à la saga, au lieu de la transformer en fresque space opératique qui aurait pu enterrer la prélogie de Lucas.

Star Trek Into Darkness V

Le Duo Quinto/Pine fonctionne toujours et c’est agréable de retrouver l’équipage au grand complet, face à un bad guy aussi redoutable que ridicule. Car si son potentiel de dangerosité est élevé, son charisme frôle le zéro absolu, aidé par un cabotinage excessivement chiant de Cumberbatch qui joue les Ryan Gosling futuristes (à savoir qu’il maîtrise la mono-expression). Heureusement que les scènes d’actions sont très bien torchées et que l’image flatte l’œil, avec des effets spéciaux très réussis, malgré l’utilisation toujours trop intensive des lens-flares. Mais ça en devient amusant tant cette marque de fabrique, aussi appréciée que controversée, devient une sorte de signature et permet de rendre reconnaissable l’oeuvre d’Abrams parmi les autres.

Star Trek Into Darkness espace

Un bon divertissement, même s’il n’est pas le blockbuster tant attendu et qu’il reste trop ancré dans une norme hollywoodienne consistant à puiser dans une idée jusqu’à l’assécher complètement. Pas assez sombre et formaté pour un public bien trop jeune, on y retrouve tout de même ce qui nous a fait apprécier la première tentative d’Abrams de ressusciter la saga. Et c’est déjà un bon point.

6,5/10

Tagué , , , , , , , , ,

La guerre éternelle – Joe Haldeman (1976)

L’un des fleurons du genre ? Peut être. Un chef d’œuvre d’écriture et d’inventivité ? A n’en point douter.

Lorsqu’on lit la quatrième de couverture et que l’on découvre que Joe Haldeman est diplômé de physique, d’astronomie et d’informatique et que l’on s’apprête à lire le roman phare de sa bibliographie, on se dit qu’on va en chier un maximum. Après plusieurs dizaines de pages avalées les unes après les autres, on se dit enfin qu’on a trouvé le meilleur professeur possible. L’auteur, en plus de nous expliquer des théories complexes que l’on comprend sans le moindre problème, réussit à rendre les sciences ludiques et concrètes. Il s’emploie, à chaque instant, à mêler le milieu scientifique et militaire grâce à une écriture tantôt fluide et concentrée autour d’une action précise, tantôt détachée et libérée de toutes contraintes pour nous expliquer le monde dans lequel cette action se situe. Et au vu des bribes de descriptions qu’il nous donne, nul doute que de nombreux écrivains ont été susceptibles de piocher dans cet univers incroyablement riche et original.

Un fan a croqué la carrière du soldat Mandella, de ses débuts en tant que troufion jusqu’à son apogée en tant que commandant. Le résultat est plutôt réussi et fidèle à l’idée qu’on peut s’en faire.

Mais les thèmes abordés ne sont que des moyens détournés pour l’écrivain, moyens qui lui permettront de faire un constat de son pays et de l’avenir qu’il lui réserve. La guerre est la meilleure manière de réunir une immense galerie de personnages et de les faire se confronter dans des espaces restreints. Et qui dit espace restreint dit vaisseau spatial qui, grâce à une unité de lieu, permet de faire vivre ses personnages. L’espace et la guerre nécessite l’appui de la science, qui va régir les conflits et relier les différentes époques entre elles. Et le personnage choisi pour servir de fil directeur est Mandella, un jeune fils de hippies né dans les années 70 et qui va traverser plus de 12 siècles grâce à une technologie des plus originales: les sauts collapsars. Ceux ci vous transportent à la vitesse de la lumière d’une extrémité à l’autre de la galaxie (les créateurs de la série Stargate n’ont rien inventé, le nom étant même repris en tant que base dans le roman).

Mis à part leurs tailles et leurs formes, très peu d’éléments décrivent les vaisseaux, laissant ainsi libre cours à l’imagination foisonnante du lecteur.

Pacifiste en diable, Mandella est donc un personnage rêvé pour rogner l’armée et ses fondements de l’intérieur. Il ne se bat que par souci de survie et non par intérêt communautaire ou patriotique, ce qui lui permet d’éviter le conditionnement mental et le bourrage de crâne intensif que leur fait subir l’Aenu, l’armée des Nations Unies. On le rencontrera peureux et innocent et on le quittera cynique et désabusé. Les différents parties, découpées en grade successif (Soldat, Sergent, Lieutenant et Commandant), permettent de brasser large la vision étalée de Mandella sur l’armée, vision bien entendu partagée par Joe Haldeman qui, par des interrogations directes au lecteur (il utilise le « tu » de temps en temps), s’invite à la fête et nous donne son opinion directement, bien qu’indirectement. Ridley Scott, friand de SF pure et dure, cherche tant bien que mal depuis des années à adapter au cinéma ce roman incroyable.

Les champs de batailles sont inhospitaliers et hostiles, ce qui n’est pas sans jouer sur le moral des troupes.

Bref, un génie de l’anticipation et de l’écriture, il l’est très certainement. Il emprunte à Orwell et à Huxley ce pessimisme ambiant dans les univers dystopiques et tend à l’appliquer à la Terre, soumise à de nombreux changements démographiques, culturels et sociaux. Mais la trame principale restera bien avant tout le champ de bataille qui, même avec des technologies de plus en plus inquiétantes et dévastatrices, restera éternellement le même: une arène de mort et de brutalité.

Tagué , , , , , , ,
%d blogueurs aiment cette page :