Archives de Tag: adaptation

Un air de famille – Cédric Klapisch (1996)

Un air de famille

Avec le recul, il n’est pas rare de se rendre compte que les meilleures comédies françaises sont tirés de pièce de théâtre. Car c’est dans le huis-clos que peuvent ressortir un tas de situations cocasses. En enfermant sa famille déjà bien fragmentée dans un petit bistrot de village, Klapisch joue avant tout sur l’attirance et la répulsion de ses personnages plutôt que d’essayer de briller par un talent de metteur en scène ou de directeur d’acteurs (même s’il se laisse aller dans certains plans bien sentis). Le script signé par le célèbre duo Bacri/Jaoui est impayable et délivre une bonne rasade d’humour à froid, à base de répliques pince sans rires et corrosives. Un bon cru mais qui n’a pas la capacité de relecture du Dîner de cons.

6/10

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Morse – Tomas Alfredson (2008)

Morse

Laisse-moi entrer est le remake américain de Morse, qui est l’adaptation du roman Let the right one in de John Ajvide Lindqvist, qui a eu cette idée en écoutant la chanson de Morrissey (le titre du film étant une contraction du nom du groupe quand on y regarde de plus près), Let the right one slip in. Autant dire que le film de Matt Reeves ne sert à rien car il s’éloigne totalement de l’idée de base du scénariste (la décision d’un remake ayant été négocié entre studios), que 2 ans est une période beaucoup trop courte pour le justifier et que Morse fonctionne très bien comme il est. Alfredson est d’ailleurs de cet avis car il a fait savoir qu’il préférerait que les remakes soient fait pour des films mauvais à la base. Même si cette réplique cinglante sent le type sûr de lui, je le rejoindrais parfaitement dans l’idée.

Morse hopital

En revisitant le mythe du vampire sous un œil contemporain, social et jeune, le film prend des risques à tous les niveaux car s’il utilise certains clichés inhérents au nyctalope sanguinaire, c’est pour mieux les renverser dès que l’occasion se présente. Exit le charme, le mystère et les ballades nocturnes en quête de proie. Morse se veut plus terre à terre et nous fait vivre le revers de la médaille de cette situation pour le moins « mortelle ». Coincée dans un corps de 12 ans, la jeune vampire parvient à trouver un confident aimant en la personne de son voisin du même âge. Les deux partagent le meurtre (l’un en pensées, l’autre en actes) et la violence du quotidien. Voila la part romantique du mythe qui s’installe de manière aussi malsaine qu’intelligente.

Morse forêt

Et cet amour va aller creshendo, le final étant l’acte le plus romantique qui puisse être dans l’esprit. Là est le génie du film: concilier la violence la plus gore avec l’amour et le respect le plus profond. Mais leurs sentiments sont encore incertains et c’est avec une précision chirurgicale et une photographie froide mais sublime qu’Alfredson va nous conter fleurette au pays des goules. L’intrigue se situant dans la banlieue de Stockholm, l’architecture rajoute à la froideur hivernale et aux comportement fermés des résidents. Il est dommage de voir que certains personnages ne sont qu’entraperçus, laissés pour compte au profit de la romance des jeunes tourtereaux.

Morse piscine

Efficace, poétique, brutal et tendre, Morse se pose comme un conte macabre et une histoire d’amour sordide mais vraie, secouant les cauchemars des habitants d’un pays qui ne voit que rarement le jour (un choix de pays pas innocent pour un vampire). Un jour, j’irais certainement voir ce qu’apporte le remake de Reeves mais je pense sans trop m’avancer que tout à déjà été dit par Alfredson et qu’il ne peut pas être plus brillamment écrit et mis en scène qu’ici.

8/10

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L’adieu au roi – John Milius (1988)

L'adieu au roi

 

Même en ayant pas encore découvert l’intégralité de la filmographie de Milius, on voit très nettement que L’adieu au roi est le film d’une carrière, la pierre angulaire, celui qui réunit tous les questionnements, les thèmes et les espoirs d’un cinéaste. Le film est tellement une somme de son travail qu’on peut facilement identifier le personnage de Nick Nolte comme un double de John Milius, un alter-ego qui serait parvenu à la réalisation de son rêve. Bien que la toile de fond soit propice aux débordements guerriers dont on a l’habitude chez le réalisateur, c’est avant tout un film d’aventure. Une aventure aussi bien humaine que philosophique. Par les monologues de Learoyd, c’est Milius qui s’adresse à son public, cherchant non pas à embrigader ses fans mais à partager son point de vue, sa philosophie de vie et son mantra qui est celui de connaître le prix de la liberté.

L'adieu au roi jungle

L’île de Bornéo sur laquelle le film se déroule correspond à un Eden rêvé pour Milius. Gardienne de ses idées révolutionnaires et romantiques, la nature est imposante, inhospitalière, enfermant tout homme dans son enclave. Un terrain de jeu idéal pour promener sa caméra et un terreau fertile pour laisser libre cours à ses pensées et sa liberté artistique. Le roman original de Schoendoerffer s’adapte tellement à la personnalité de Milius qu’il ne retouche quasiment rien, changeant juste le sexe de l’enfant de Learoyd, amenant ainsi une part de romantisme et de féminité dans un monde barbare et cruel. La femme étant la mère, porteuse de l’éducation et donc des valeurs propres au père, elle est d’autant plus appréciée chez le cinéaste qui n’oublie pas de l’iconiser en guerrière lors de l’attaque du village par les Japonais.

L'adieu au roi femme

L’intégrité artistique de Milius lui permet de nous montrer avec un œil neuf les conséquences de la guerre sur la nature humaine et la folie dont ils sont capable au nom de la liberté. Basil Poledouris signe une nouvelle fois une partition extraordinaire qui s’ancré dans les paysages de Bornéo et magnifie la photographie et la mise en scène inventive (le plan de l’arme braquée sur le cavalier japonais est énorme). Nick Nolte est impérial mais Nigel Havers arrive à lui tenir tête et c’est main dans la main qu’ils partent affronter les troupes japonaises, chacun apprenant de l’autre (Learoyd retrouvant ce qui fait le charme de la liberté occidentale, l’officier mesurant l’étendue du pouvoir du roi). D’ailleurs, cette victoire de l’Orient sur l’Occident se traduit par le tatouage arboré sur le torse de Nolte, un aigle se mesurant à un dragon.

L'adieu au roi Japonais

Profondément humaniste malgré la violence de ses propos et de ses scènes de bataille, L’adieu au roi est un melting-pot de tout ce qui tient à cœur à John Milius. Même s’il est loin d’être son meilleur film, c’est certainement celui qui traduit le plus en images et en émotions la personnalité du cinéaste et celui à mettre entre toutes les mains pour savoir si ou ou non, vous seriez capable d’apprécier son cinéma.

7/10

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Le bûcher des vanités – Brian De Palma (1990)

Le bûcher des vanités

Four monumental lors de sa sorties en salles, Le bûcher des vanités est un De Palma jugé extrêmement mineur alors qu’il possède tous les atours d’un très bon film. Souvent rattaché à des œuvres plus dures et plus crues, l’adaptation du roman de Tom Wolfe (un beau bébé de 700 pages) semble être au service d’un humour décapant et d’une satire sociale qui, bien que rabotée dans la demie-mesure, parvient à sortir des éclairs de finesse dans le traitement des minorités raciales et la lutte des classes. Adoptant le ton de la farce cinglante, la caricature du système judiciaire est à pleurer de rire et on jubile de voir tomber toutes ses têtes couronnées au profit du pouvoir et de l’argent.

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Le cinéaste s’entoure d’un casting au poil, où chaque personnage parvient à vivre malgré les allées et venues dans les différentes sous-intrigues, les coupures visibles au niveau de l’adaptation et les moments de folie qui les rendent si attachants et terriblement humains (le pétage de câble de Sherman, l’introduction de Peter, le sermon du juge,…) grâce à des prestations hors-normes (Tom Hanks et F. Murray Abraham sont mortels !). Avant le tournage, les stars allaient et venaient sur le plateau avant d’être remplacés à tour de rôle et c’est ce joyeux bordel, cette débrouillardise dans le respect du planning, qui donne ce côté certes téléfilmesque mais rafraîchissant et convaincant. Malgré un sujet plus sombre qu’à l’accoutumée chez De Palma, il nous gratifie tout de même d’un plan séquence d’ouverture digne du tour de force (quelle maîtrise !)

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Chaque pilier de la justice à l’américaine (policière et divine) est une vraie caricature, exagérée à l’outrance pour le plus grand bonheur des répliques qu’ils balancent avec panache (la palme revenant au procureur, juif raciste au lead naturel adepte du bon mot). La scène finale où le verdict du jugement est prononcé vaut à elle seule le visionnage du film tant tout ce beau monde s’amuse et où le réalisateur se complaît à filmer un joyeux bordel prendre vie (on pense beaucoup aux comédies de Scorsese). L’accueil critique assassin fait au film relève tout particulièrement de sa capacité à traitement des inégalités raciales aux Etats-Unis (et plus particulièrement à New York) avec moquerie et sans prendre de gants, ce qui n’est pas du goût de l’Amérique puritaine et pudibonde (rien que les attouchements lascifs du couple adultère a du les faire trembler d’effroi, Melanie Griffith étant terriblement excitante dans son rôle de maîtresse insatiable).

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Si les fans du cinéaste pour son côté touche à tout seront aux anges tant Le bûcher des vanités ne ressemble à aucun autre de ses films (hormis ses touches personnelles comme le 360° et le split screen, toujours au rendez-vous), les adeptes de la noirceur inhérente à l’oeuvre de De Palma devront passer leur chemin car si l’humour est grinçant et noir au possible, on reste dans la farce un poil lubrique où il fait bon de taper à coup de bâtons sur les doigts du système judiciaire et de Wall Street.

7/10

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Postal – Uwe Boll (2007)

Postal

Politiquement incorrect, jouissif, débile,vulgaire, trash, hilarant, Postal est tout ça à la fois. Un melting-pot de tout ce qui ne doit pas être dit ou fait dans un film, réalisé par un mec qui a des couilles aussi grosses que des potirons. On connaît Uwe Boll pour ses adaptations de jeu vidéo merdiques et ses frasques auprès des journalistes. Postal parvient à réunir toute sa haine en l’humanité et toutes ses frustrations dans une adaptation absolument mortelle et culte. Tout y passe: les nazis, les handicapés, les enfants, les pétasses, les gros, les Juifs, le gouvernement, les Chinois, les animaux, Ben Laden, les nains. C’est un véritable concentré de haine jubilatoire à laisser hors de portée des enfants tant on atteint un niveau maximal de connerie ! La version collector nous gratifie quand à elle de savoureuses interviews entre les critiques et le réalisateur ne question, qui non content d’apporter sa pierre à l’édifice de son propre mythe, apparaît dans un cameo de directeur de parc d’attraction: Mini-Auschwitz. Tous les goûts sont dans la nature !

7,5/10

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