Prisoners – Denis Villeneuve (2013)

Prisoners

Continuant sur sa lancée d’un cinéma de plus en plus proche du spectateur à l’aide d’un ultra réalisme amené par la facile identification aux personnages et la mise en scène sobre mais léchée, Villeneuve donne un sacré coup de fouet au polar en signant Prisoners. Après avoir accusé la comparaison avec Zodiac, lequel partage quelques similarités dans son traitement du bourreau et son esthétique visuelle, les deux long métrages sont aux antipodes dans leur vision de l’enquête. Là où le Fincher était minutieux et méticuleux et où les personnages cherchaient à gratter le vernis jusqu’à s’en arracher les ongles, Prisoners ne garde de ce caractère que le professionnalisme de l’inspecteur incarné par Jake Gyllenhaal (tiens, encore une coïncidence), lequel bouffe l’écran à chacune de ses apparitions, évinçant même la prestation tout en férocité de Hugh Jackman. Villeneuve préfère dresser le portrait de deux familles complètement différentes mais réunies dans la douleur. En multipliant les points de vues objectifs (l’enquêteur) et subjectifs (la famille), Villeneuve garde constamment le fil de son enquête durant les 2h30 de bobine et se permet des twists plutôt osés en cours de métrage. Jamais le rythme ne pâtit d’une quelconque longueur et même si la découverte du coupable se fait sans véritable grande surprise à celui qui sait garder les détails en tête, Prisoners a le mérite d’apporter un peu de sang neuf à un genre tombé en désuétude depuis quelques temps.

8,5/10

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La vallée perdue – James Clavell (1971)

La vallée perdue

Sous ses airs de jardin d’Eden dissimulé aux yeux des hommes, cette vallée luxuriante et enchanteresse ressemble davantage au purgatoire qu’au Paradis. James Clavell choisit la Guerre de Trente Ans comme toile de fond, conflit de dévots par excellence qui opposa les Catholiques aux Protestants et qui fit des milliers de morts, le tout au nom d’un seul et même Dieu. Le village niché au cœur de la vallée n’est ni plus ni moins qu’un microcosme reflétant l’horreur extérieure. Par ses habitants, dont certains occupent des places dominantes (le chef, le prêtre catholique), c’est l’antichambre de la vraie guerre qui se rejoue ici, en comité restreint. Clavell parvient à ne jamais prendre parti et balaye le visage d’une caméra objective, faisant se confronter la foi aveugle du prêtre, la soif de liberté du Capitaine (Michael Caine impérial) et la ruse de Vogel (Omar Sharif tout en retenue), dans des plans montrant une nature à la beauté sauvage mais cruelle.

7,5/10

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Very Bad Cops – Adam McKauy (2010)

Very Bad Cops

L’humour mongol, j’ai déjà du mal à accrocher quand ça vient d’Asie. Alors chez les Américains, je crois qu’on passe un stade où mes neurones arrêtent de réfléchir. Obligé de passer par la case VF étant donné que la séance a été familiale, je dois dire que j’ai vraiment du mal avec les doublages dans les comédies, qui font perdre 200% de la qualité des blagues. Mon avis est donc à prendre avec des pincettes car je suis persuadé (caution Ferrel oblige) que la VO doit être un peu plus tordante que ce ramassis de gags ratés que j’ai vu. Même si le côté buddy movie fonctionne plutôt bien et que les personnages, même s’ils sont des caricatures ambulantes, sont attachants, je n’ai jamais réellement ri aux éclats (sauf quand l’Australien sort « On voit bien qu’il maîtrise GTA« ) durant la course poursuite :eheh: ). Mention A+ à Eva Mendès qui arrive à m’exciter quelque soit le rôle qu’elle a.

4/10

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Ubik – Philip K. Dick (1969)

Ubik

Dopé aux amphétamines, Philip K. Dick a toujours eu une imagination débordante. Ses univers, aussi étranges et éloignés de notre réalité soient-ils, sonnent toujours comme véritables et authentiques par la qualité des dialogues et des personnages. Ubik sonne comme son oeuvre somme, où toutes ses préoccupations matérielles, politiques et religieuses sont condensés dans ses 300 pages de pur anachronisme éreintant. Car oui, la lecture d’Ubik est difficile tant chaque scène annule la précédente, tant la multitude d’idées de l’écrivain est étalée là, sur le papier, sans autre forme que la linéarité d’un récit aux ficelles parfois tendues à l’extrême par l’impossible caractérisation du personnage, parfois flottantes au gré de notre propre perception de cet univers étrange.

Ubik désodorisant

En plus de la confrontation des univers parallèles, Dick se livre à une bataille acharnée entre des doctrines opposés. Ainsi, le capitalisme qui semble faire loi dans le futur imaginé par l’écrivain (les dirigeants sont des grands chefs d’entreprise) se frotte sans cesse à ses personnages libéraux, idéal mené par le personnage de Joe Chip. La grande idée de l’auteur, c’est que la capitalisme ne soit plus une limite mais un art de vivre. Aussi, les équipements de tout l’appartement sont payants: de la cafetière payante à la porte à la serrure tirelire, en passant par le frigo qui reste scellé si l’on n’insère pas un billet, le capitalisme est ce que l’on en fait. Notre soif de consommation nous est renvoyé en plein visage et tout le monde se voit logé à la même enseigne. Quoi de plus cynique qu’un homme restant enfermé chez lui car il n’a pas la monnaie nécessaire pour sortir de chez lui ? Cette faculté de Dick de diffuser des propos sérieux dans un cadre anodin du récit est sa plus grande force.

Ubik femme

Il faudra certainement plusieurs lectures afin de saisir toute la portée de ce roman monumental qui s’inscrit d’emblée comme une oeuvre intemporelle. Mais qu’est-ce donc au regard du génie qui transparaît à chaque paragraphe, tout autant visionnaire que dépressif, ne laissant aucune place à l’espoir au fur et à mesure que le temps s’écoule, dans un sens ou dans l’autre. Il a été dit que Michel Gondry souhaiterait adapter ce chef d’oeuvre et je ne m’en réjouis pas d’avance. Je préférerais qu’il reste en état de semi-vie, à l’instar de ses héros déterminés à mourir pour une cause qui n’en vaut plus la peine. Ubik doit toujours et resté l’image que ce fait le lecteur de sa propre utilité et de sa propre existence.

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C’est la fin – Seth Rogen & Evan Goldberg (2013)

This is the end

Une mise en abîme de la condition d’acteurs hollywoodiens sur fond de fin du monde ? Jamais de la vie ! C’est la fin est une sorte de private joke qui aurait coûté quelques millions de dollars et où on n’arrive pas à comprendre certaines subtilités si on a pas connaissance de la filmographie des acteurs concernés, ainsi que leurs affinités. Cependant, même sans tout connaître d’eux, on arrive tout de même à se fendre la poire au détour de gags férocement gratuits et de détournements de scènes cultes à mourir de rire. Seth Rogen nous montre l’envers du décor à sa manière, mêlant étrangement la comédie bromantique au film apocalyptique tout en n’oubliant pas de mettre à mal la réputation de chacun des protagonistes (Channing Tatum prend cher). Même si certaines vannes tombent à plat, on n’avait pas vu de tel engouement pour faire rire le public depuis un moment à Hollywood.

6,5/10

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