Archives de Catégorie: Western

El Mercenario – Sergio Corbucci (1968)

El Mercenario

Véritable hydre du western spaghetti (6 scénaristes différents se sont croisés sur le script), El Mercenario mélange aussi bien les genres que les références, qu’ils soient hommage ou clin d’œils. Loin d’être imbuvable, ce cocktail est particulièrement réussi et se voit magnifié par le talent de Sergio Corbucci qui soigne chacun de ses plans, imprégnant la pellicule de sa patte unique et reconnaissable. Alors que le tournage était prévu pour Gilles Pontecorvon, Corbucci se verra installer au poste de réalisateur pour ce qui deviendra le premier film de sa trilogie de western zappata (avec Companeros et Mais qu’est-ce que je viens foutre dans cette révolution ?). Remaniant le script pour qu’il s’inscrive davantage dans la décontraction propre à sa filmographie, le film n’en reste pas moins profondément politique, nuançant l’aspect révolutionnaire en dépeignant un trio d’hommes aussi cupides qu’intrépides.

El Mercenario cloche

El Mercenario fonctionne davantage grâce à son casting qu’à son histoire. La révolution n’est que prétexte à un étalage de violence et de pillage et chaque acteur de cette dernière sera bien en  peine de la définir ou d’expliquer pourquoi il en fait partie (même si Kowalski s’y essaye avec le corps d’une prostituée). Mais c’est assez facile à deviner car l’argent est le pilier du script, changeant fréquemment de mains au point de les brûler lorsqu’on en a trop. Le casting est génial: de Franco Nero en mercenaire cynique à Tony Musante en Pancho Villa du pauvre, de Jack Palance en dandy sadique et vengeur à Giovanna Ralli en femme de conscience, chaque acteur veut sa part du gâteau sans bouffer l’écran plus que nécessaire. Et les interactions entre chaque personnage sont parfaitement écrites, aidés par des dialogues savoureux.

El Mercenario Jack Palance

Mixant intelligemment la violence et le sérieux du western spaghetti à la bouffonnerie et le comique de situation du western zappata, El Mercenario ne cherchera pas longtemps son camp, taclant très ouvertement les idéologies gouvernementales en les discréditant à chaque fusillade (dont l’une d’elles est un clin d’œil appuyé à Django) et en transformant l’armée en vulgaires soldats de plomb, loin de la félinité et de la ruse des révolutionnaires mexicains. Cette nonchalance des combattants du peuple résonne dans la bande originale où le flamenco et les musiques traditionnelles du Mexique rencontre un Ennio Morricone largement inspiré (et dont les thèmes musicaux, en plus des idées de mise en scène, seront repris dans pas mal de films de Tarantino).

El Mercenario liste

Le seul point noir provient des 15 dernières minutes qui ne parviennent pas à s’intégrer naturellement au récit et semblent forcer la main du script pour que le film paraisse plus long que prévu. Le duel final se suffisait à lui même, terminant d’appuyer l’argumentaire de la révolution en faisant se combattre à mort un clown mexicain et le parfait représentant de la classe bourgeoise américaine. On reste donc sur un goût doux amer mais qui ne gâche en rien l’intégralité du film qui se hisse facilement en haut du panier par la qualité de ses interprétations et le mélange subtil entre pamphlet politique et comédie burlesque.

8,5/10

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Lone Ranger – Gore Verbinski (2013)

Lone Ranger

Après avoir essoré la franchise Pirates des Caraïbes et l’avoir vidé de sa substantifique moelle, la bande à Verbinski (comprenant entre autres Jerry Bruckheimer et Walt Disney) se penche sur le cas d’un héros typiquement américain, le Lone Ranger. Ce cowboy masqué, accompagné de son fidèle ami Tonto, représente un duo très singulier dans l’imagerie du pays. A eux deux, ils incarnent l’histoire et les traditions séculaires, le yankee cultivé et le Comanche sauvage, la justice et et les Natives Americans. Si le genre se prête à les faire se détester pour nourri des intrigues toujours plus violentes, le divertissement familial les fait se réunir en une équipe soudée où chacun apprend de la culture de l’autre pour donner naissance à une nouvelle définition de la justice. Et de l’exécution punitive du scalp au jugement et plaidoyer d’une cour, le juste milieu est la vengeance dont fera preuve le candide John Reid.

THE LONE RANGER

Le film étant estampillé Disney, le tandem ne nourrira aucunes scènes violentes, la seule pouvant être mise à leur crédit perdant de son impact par l’utilisation de blagues permettant d’adoucir leur acte (la scène de la grange). Mais ce qui est surprenant, c’est que tous les personnages qui graviteront autour d’eux ne subiront pas le même traitement et paraissent tout droit sortis d’un véritable western adulte et mature, les morts expéditives et violentes n’étant jamais suggérées. Même les personnages récurrents sont présents, coincés entre le clin d’œil introduit au forceps (la prostituée incarnée par Bonham Carter qui ne sert strictement à rien) ou le pilier de l’intrigue qui apporte ce souffle sanguinolent à la pellicule (William Fichtner impérial en gangster édenté). Un mélange entre respect du genre et de ses codes et assainissement du contexte pour la cause juvénile (les Comanches passent pour des rigolos fumeurs de pipe).

Lone Ranger montre

Véritable manne financière, le personnage du Lone Ranger a vu déjà moults adaptations sous tous les supports envisageables depuis sa création en 1933. C’est en se réappropriant son univers dans les grandes largeurs (on a heureusement échappé à la 3D) que Gore Verbinski et son sens inné du spectacle tonitruant va pouvoir s’en donner à cœur joie en alignant les scènes d’actions aussi rares que jubilatoires. Rares car le film est terriblement long pour ce qu’il raconte, s’attardant sur de menus détails peu utiles et surexplicatifs plutôt que de laisser l’atmosphère et les personnages agir au lieu de parler. Et si le film s’ouvre et se clôture sur de véritables grands huit aussi bien pyrotechniques que rythmiques (la poursuite en train sur du Rossini est jouissive), l’ennui pointe le bout de son nez et se distille au gré des 149 minutes que dure le long métrage.

The Lone Ranger

Côté interprétation, on pouvait s’y attendre sans mal, Johnny Depp fait du Johnny Depp. Ou plutôt du Jack Sparrow. A base de mimiques, sa prestation n’a rien d’exceptionnelle et il se contente de surfer sur sa vague de popularité. Un peu à la manière d’Hans Zimmer qui nous ressort ses violons et ses tambours pour tenter d’insuffler un souffle épique qui est noyé dans les tonnes d’images vues et revues que sa musique nous inspire. Arnie Hammer, quand à lui, profite de la chance opérée par son rôle chez David Fincher pour se créer son trou et multiplier les expériences. La figure du playboy dans le blockbuster estival ne lui va pas trop mal et il apporte un vent de fraîcheur au monde poussiéreux du western avec sa bouille de jeune adulte et sa vigueur dans l’action. Mais le gros problème de Lone Ranger provient de la tentative d’apporter de la dramatisation au passé des personnages. Tonto aurait donc mérité un autre interprète que Depp pour apporter cette noirceur propice à son caractère et à sa quête de vengeance. Mais le PG 13 a encore frappé !

Lone Ranger masque

Heureusement que les paysages à fort potentiel sont là pour donner un peu de vie et de profondeur lors de certains scènes décisives (l’attaque nocturne des Comanches, l’envoi de l’éclaireur dans la gorge). Pas aussi intense que promis, pas aussi ridicule que prévue, Lone Ranger se regarde avec grand plaisir sans pour autant appeler à une suite évidente (la fin est d’ailleurs très claire sur ça). Cependant, la filiation méconnue entre le Lone Ranger et le Frelon Vert (déjà adapté par Gondry très récemment) pourrait donner des idées à certains producteurs cupides qui verrait là l’occasion d’opérer un diptyque complètement pourri qui ferait fuir les fans des deux films distincts. Espérons que la soif de l’or ait ses limites.

7/10

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Les collines de la terreur – Michael Winner (1972)

Les collines de la terreur

Si Winner débute son western de manière basique (un étranger, un shérif, un duel qui finit mal) dès les premières minutes, le film prend une tournure bien différente de ce à quoi l’on aurait pu s’attendre. Simple film de vengeance vu et revu, le scénario décide d’emprunter le virage du survival au fur et à mesure que les cowboys s’engagent sur le terrain de l’Apache (d’où le titre original Chato’s Land). Cette terre, aride et inhospitalière, va s’avérer être un difficile terrain de chasse pour eux, donnant l’avantage au personnage de Charles Bronson, impressionnant en Indien mutique traqué comme une bête. Si ses apparitions se comptent sur les doigts de la main, elles n’en restent pas moins brutales car chacune d’entre elles est synonyme de mort. Et cette part fantastique, traduite par les poursuivants comme une punition divine pour leur péché (viol, meurtre,…), permet de réveiller l’humanité de certains personnages et de les travailler en profondeur.

Les collines de la terreur saloon

Jack Palance, dont la figure de leader charismatique va s’effriter devant la persévérance de l’Apache, est impeccable dans son rôle. A la fois nostalgique de l’époque de la guerre et droit dans ses bottes, il ne peut empêcher la haine raciale et la soif de sang envahir sa troupe malgré les multiples conseils de prudence qu’il prodigue. Même si les paysages poussiéreux et sans vie donnent soif, ils sont filmés avec soin et font un théâtre naturel parfait pour une tuerie stratégique (Chato semble jouer avec eux). D’abord une menace pour le groupe, une scène particulièrement cruelle va le transformer en exterminateur froid et sans pitié, le faisant se replonger dans ses racines (il ôte ses vêtements au fur et à mesure jusqu’à redevenir pleinement Apache). On s’attache tout autant à lui qu’à chaque membre du groupe car, malgré leurs bassesses et leurs passés troubles, ils ont tout autant raison de se combattre jusqu’à la mort.

7/10

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Le dernier jour de la colère – Tonino Valerii (1967)

Le dernier jour de la colère

Après avoir soutenu Sergio Leone dans la réalisation des deux premiers opus de sa trilogie du dollar, Tonino Valerii tente sa chance dans le western spaghetti et va réussir à insuffler un mélange des genres (le thème traité est plus américain qu’européen) dans son second film, atteignant un niveau incroyable pour une deuxième incursion en tant que réalisateur attitré. En s’appuyant sur sa connaissance du genre, le talent d’écriture de Leone et l’imagination de Ron Barker (dont il adapte le roman), Valerii délivre un film au rythme particulièrement lent, privilégiant davantage la psychologie de ses personnages à l’action pure.

Le dernier jour de la colère leçon

J’aime beaucoup l’idée que derrière ce vernis de ville parfaite se cache un tas de pourritures prêtes à tout pour garder un semblant de calme chez eux. Et que l’arrivée d’un étranger que l’on catalogue très rapidement comme quelqu’un de dangereux va vite permettre à chacun d’ôter les masques qu’ils s’efforçaient de porter au quotidien (le shérif qui se promenait sans arme, sûr de la tranquillité de sa ville). Si Lee Van Cleef incarne un mentor dur mais juste, c’est véritablement Giuliano Gemma, le souffre-douleur des habitants (ils libèrent leur frustration sur lui) qui sort du lot. Le film va prendre son temps pour faire subir à Scott Mary de multiples évolutions, le faisant passer de bâtard à pistolero. En choisissant un tel sujet, on voit rapidement que Valerii a une envie flagrante de rendre hommage aux héros de western (la scène où Scott tire sur l’allumette terminant de l’iconiser en le faisant rentrer dans la légende).

Le dernier jour de la colère prostituée

Si le sujet est traité sérieusement, le réalisateur se permet quelques pointes d’humour, notamment dans le gimmick des leçons que livre le maître à son élève avec parcimonie et qu’il écoute avec une assiduité exemplaire, malgré la douleur de l’enseignement (la scène du bar de Wild Jack). En lui fournissant une ligne de conduite plus ou moins morale, Talby va faire de Scott son confident et son bouclier, jusqu’à ce que celui-ci devienne trop encombrant. Et c’est durant cette trahison que va véritablement naître la personnalité de Scott. Jusqu’alors, il ne faisait que suivre les préceptes dictés par Talby. Mais il va s’employer à les modeler à son image pour changer son statut de dominé à celui de dominant (il est beaucoup plus jeune et rapide que lui). Le duel final, très léonien dans sa mise en scène et sa fulgurance, nous démontre qu’une réussite sociale (la volonté de Scott de ne plus être traité de bâtard) est plus forte qu’une réussite matérielle (l’appât du gain motivant Talby).

Le dernier jour de la colère confrontation

Le dernier jour de la colère, en permettant à Valerii de peser dans le monde du cinéma, et plus particulièrement du western spaghetti, peut être vu comme une mise en abîme de sa collaboration avec Sergio Leone. Il faut savoir comprendre les enseignements qu’on nous fait tout en se trouvant un style personnel, afin d’éviter d’être toujours dans l’ombre de son maître et de ne jamais être considéré comme un réel artisan qui peut se débrouiller seul. Voler de ses propres ailes, voila le message qu’il faut retenir de ce film.

8,5/10

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Open Range – Kevin Costner (2003)

Le western n'aura jamais été aussi beau.

Le western n’aura jamais été aussi beau.

Il est clair que lorsque Costner se met derrière la caméra, on a souvent droit à une leçon de cinéma. Sa sensibilité à fleur de peau, son patriotisme farouche et son amour pour un genre trop souvent limité au sang et à la poussière lui permettent de piétiner les plates-bandes des dizaines de cinéastes l’ayant investi avant lui afin de leur montrer que l’Ouest américain est bien plus que ça. Initiant son récit en filmant des étendues verdoyantes à perte de vue, Costner livre en premier lieu un message écologique puissant, démontrant par l’intermédiaire de son groupe de cowboys que l’âme est en paix lorsqu’elle est en communion avec la nature. Mais que lorsqu’elle rejoint la folie de la ville et de ses habitants, elle ne peut qu’exploser de fureur face à autant d’injustices.

Les décors sont à couper le souffle, sublimés par un Scope qui est tout à fait à sa place.

Les décors sont à couper le souffle, sublimés par un Scope qui est tout à fait à sa place.

Dans Open Range, le plaisir est dédoublé, Costner s’attribuant également l’un des premiers rôles. Mais en compagnon souvent mutique face aux étrangers, il laisse Robert Duvall exploiter toute l’étendue de son talent. Que ça soit dans les discours de persuasion ou dans les discussions nostalgiques, l’acteur laisse une empreinte au fer rouge de son personnage, habitant quelqu’un qui a roulé sa bosse et qui aspire à un havre de paix. Son alter ego, incarné par le cinéaste, ne laisse aucun doute quand au respect qu’il voue à Boss (son surnom équivalent à autant de descriptions inutiles), même si son calme apparent laisse deviner une impulsivité endormie et une violence latente (la scène du réveil, le saloon, le coup de pied au gamin…). Son regard aiguisé et sa capacité d’écoute, rendant diaphane les âmes de ceux qu’il regarde, inscrive le personnage de Charley dans le rang de ceux qui trop fréquemment vu le mal pour ne pas le reconnaître lorsqu’il croise sa route.

Le groupe, aussi soudé soit-il, laisse s'exprimer la personnalité de chacun.

Le groupe, aussi soudé soit-il, laisse s’exprimer la personnalité de chacun.

Posant un regard bienveillant sur cette époque difficile, Open Range évite les écueils du genre en refusant d’accumuler les clichés, son histoire de vengeance ne se nourrissant que de cette lutte intestine entre bien et mal qui dévore chaque être humain. Charley passe par cette étape difficile (le mourant qu’il refuse de pardonner) et l’intégralité du film décrira sa quête personnelle. Ayant soif d’apaisement, il trouve à la ville ce qu’il n’aurait jamais espéré trouver dans les prairies où paissent ses vaches: l’amour et une raison de survivre. Chaque scène amenant un élément décisif à l’issue du récit contient son thème musical. Loin des standards du western, on nous gratifie d’une bande originale, tantôt mélancolique, tantôt entraînante, suivant l’état d’esprit du duo Costner/Duvall. Ce qu’ils ne nous disent pas, la musique le traduit pour eux.

Douce et serviable, Sue représente la femme idéal pour un homme tourmenté comme Charley.

Douce et serviable, Sue représente la femme idéale pour un homme tourmenté comme Charley.

La mise en scène est plutôt traditionnelle dans les scènes « banales » mais elle explose de virtuosité lorsque la tension est à son comble, explosant de maîtrise dans l’affrontement final qui aligne les plans géniaux à la précision chirurgicale jusqu’à la gestion de l’espace inventive, rendant immense le terrain de chasse des hommes de main de Baxter. Même si on connaît l’issue, Costner ayant une idée très arrêtée sur la façon de raconter une histoire, on tremble à chaque altercation, à chaque regard de travers, à chaque parole malveillante prononcée. Simples éleveurs de bétail, il faudra attendre jusqu’à la fin du film pour savoir si les deux hommes sont de taille face aux bandits auxquels ils font face, leur habileté au fusil n’ayant jamais été démontré jusqu’alors.

Le film est beau du début à la fin !

Le film est beau du début à la fin !

D’ailleurs, c’est cette particularité qui fait d’Open Range un film exceptionnel, car il arrive à concilier violence des gunfights (les coups de feux sont détonnants), dramatisation des enjeux (on veut que l’idylle de Sue et Charley fonctionne) et simplicité des scènes quotidiennes (les discussion du bivouac sont très riches à tous les niveaux). J’avais un peu peur de m’atteler au visionnage de Danse avec les loups avant Open Range. A présent, je vais y aller les yeux fermés.

10/10

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