Archives de Catégorie: Thriller

L’enquête – Tom Tykwer (2009)

L'enquête

Après avoir vu Cours, Lola, cours et Cloud Atlas et les avoir apprécié tous les deux, il était normal que je me penche davantage sur la filmographie de Tykwer. Et quoi de mieux que de concilier cet objectif avec un thriller sur fond d’espionnage et Clive Owen dont le talent et le charisme n’est plus à prouver. L’enquête s’ouvre doucement mais sûrement, happant le spectateur dès les premières minutes pour le plonger dans les méandres de l’affaire et ne lui faire ressortir la tête de l’eau qu’à l’issue du film. Même si les tenants et les aboutissants de cette dernière ne sont pas bien compliqués, l’intrigue tient bien la route et la tension est permanente, malgré les allées et venues à travers le monde (Berlin, New York, Istanbul).

L'enquête voitures

Même si Naomi Watts fait une bien piètre collègue aux côtés de Clive Owen, leur relation ambiguë permet d’approfondir l’humanité de l’agent d’Interpol en ne le faisant pas passer uniquement pour une machine d’investigation bien huilée. Il a ses failles, ses faiblesses et même si elles ne sont pas utilisés par l’adversaire, le fait de savoir qu’elles existent est un atout pour le spectateur qui peut dès lors s’identifier un minimum et comprendre ce qu’il vit au quotidien. D’ailleurs, chaque personnage est plutôt bien écrit, y compris le tueur à gages que l’on voit pourtant très peu, la rencontre entre les deux donnant lieu à une fusillade incroyablement orchestrée et maîtrisée (le décor du musée Guggenheim a été construit pour l’occasion, ça montre le niveau de destruction).

L'enquête Clive

Efficace, propre, L’enquête est une belle surprise, surtout au vu de la faible réputation qu’il se traîne. Bien qu’il ne dépoussière en rien le genre qui connaît déjà d’excellentes bobines, la rareté de ce genre de péloches à l’époque actuelle fait que c’est toujours bon à prendre. De plus, le final a le mérite de ne laisser aucun échappatoire à la frustration de l’agent qui finira comme un vulgaire pion sur l’échiquier mondial.

8/10

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Trance – Danny Boyle (2013)

Trance

Après avoir abîmé la moquette des tapis rouges les plus prestigieux, Danny Boyle revient à ses premiers amours avec ce thriller underground aux expérimentations visuelles intéressantes et au côté violent assumé. Trance n’est ni plus ni moins qu’un retour aux sources pour un réalisateur ayant évité de peu la prise de melon. S’entichant de la sublime Rosario Dawson, a qui il offre un rôle sur mesure, le cinéaste continue de chambouler ses propres règles et ne se prend jamais au sérieux. Véritable grand-huit visuel et auditif, Trance est un pavé dans la mare du genre, ramenant le film noir vers l’inconnu et l’indiscernable.

305-TRANCE-PS.tif

Si le scénario est assez léger, c’est dans la mise en scène qu’il faudrait aller rechercher l’originalité du projet. Virevoltant sans cesse avec sa caméra, Boyle cherche à capter l’émotion de ses acteurs sous toutes les coutures, n’ayant pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit de révéler la plastique superbe de la belle Rosario. Full frontal mâtiné de violence qui frôlerait presque la comparaison avec le Killer Joe de Friedkin dont il partage quelques similitudes. En plus de traiter de personnages marginaux, il sort des sentiers battus pour rendre son triangle de protagonistes le plus pervers possible. Et le côté théâtral de la chose ressort d’autant plus que le film se prête très peu aux extérieurs. Une sorte de tragédie sous acide où la raison n’a pas vraiment sa place.

Trance final

Éclaboussant les critiques d’un politiquement incorrect que les fans du cinéaste n’espéraient plus, Danny Boyle se réveille et livre avec Trance une belle leçon de cinéma doublé d’un regard sur sa propre filmographie, dont il retourne piocher des éléments perturbants (le cadavre du coffre fait énormément penser à celui du bébé dans Trainspotting). Espérons qu’il reste sur ces rails qui sont beaucoup plaisants que ceux qu’ils avaient empruntés, en quête d’une gloire éphémère.

7,5/10

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A fleur de peau – Steven Soderbergh (1995)

A fleur de peau

 

Je peux sans trop prendre de risque affirmer qu’A fleur de peau est le film de Soderbergh qui possède la meilleure mise en scène. Toujours au service du mystère qui flotte au dessus du personnage de Gallagher, elle n’est jamais trop envahissante, jamais télévisuelle et donne un aspect romantico-dramatique à l’ensemble du film. Sans être inoubliable, le film parvient à charmer par son côté brut (des ellipses à tout bout de champ ponctuent la narration) et la qualité de ses interprètes (mention spéciale à William Fichtner qui fout les jetons). Le véritable reproche à lui faire serait qu’il ne sombre pas assez dans le film noir pour gagner en profondeur. La romance est survolée et le casse trop peu goupillé pour qu’on puisse faire entrer A fleur de peau dans la case du vrai thriller. Si certains thèmes sensibles sont bel et bien présents et renvoie encore une fois à l’aspect social de la filmographie de Soderbergh, il a su tirer parti du remake de cette adaptation pour montrer qu’il savait également faire des films de commande sans déborder.

7/10

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Stoker – Park Chan-wook (2013)

Stoker

En temps normal, les réalisateurs asiatiques qui décident de fouler le sol américain pour y poser leur caméra repartent bredouille, après avoir prouvé qu’on est jamais mieux que chez soi. Park Chan-wook ignore cette règle élémentaire et décide de puiser dans l’imagination d’un scénariste américain pour traiter avec une vision nouvelle les thèmes qui lui sont chers. Et il va trouver en la personne de Wentworth Miller la plume idéale. Double pari risqué car en misant son exode artistique sur le scénario d’un acteur à la sauvette, il choque une bonne partie de ses fans qui, bien que censés être rassurés par les critiques unanimes sur la qualité du scénario, misent quand à eux sur le déclin du cinéaste après une période relativement faste (la trilogie de le vengeance).

Stoker champ

C’est avec une joie contenue qu’on se délecte de ce thriller aux doux accents hitchcokiens. Si l’ambiance du film flirte sans cesse entre la paranoïa inhérente au cinéma de Polanski et la sensualité visuelle et auditive d’un De Palma, on est clairement devant un film de Park Chan-wook. Il puise dans ses talents de démonstrateur et prouve une nouvelle fois qu’il sait tenir une caméra, en ponctuant son oeuvre d’une infinité de plans parfaitement maîtrisés et savamment calculés (voir la transition entre la chevelure de la mère et les champs de blé balayés par le vent). Sans oublier la qualité de sa bande originale où, dans sa faculté à s’approprier toutes les musiques qu’il choisit (le  morceau de Nancy Sinatra est énorme !), se pose en mélomane aussi talentueux que Tarantino.

Stoker crayon

Si le réalisateur se regarde encore un peu le nombril de temps en temps, il n’en oublie pas de magnifier la puissance évocatrice du scénario de Miller qui côtoie un caractère à la fois incestueux, viscéral et psychologique. Si Matthew Goode incarne à la perfection cette créature séduisante à la fois tentateur et mystérieux (un vrai successeur à Norman Bates), sa perfidie n’atteint pas les sommets de la jeune Mia Wasikowska qui bouffe littéralement l’écran. Tous deux chasseurs en quête de proie, ils élimineront les plus faibles qui se dressent sur leur route et se tourneront autour comme des braconniers sanguinaires, où surnage une manipulation de tous les instants. Ce jeu du dominant/dominé explose dans un dernier acte qui nous fait prendre conscience de la perte de l’innocence de la jeune Stoker, le tout s’incrémentant parfaitement dans les thématique de Chan-wook, lui permettant même de roucouler du côté de son Thirst en bon mégalomane.

Stoker fusil

Un jeu du chat et de la souris excitant et glauque, où le génie visuel du cinéaste permet au script diabolique de Miller de s’épanouir et de fréquenter les hautes sphères du thriller, prouvant ainsi que l’habit ne fait pas le moine et qu’on peut être has been et avoir un réel talent d’écriture. Le jeu des faux-semblants dépasse donc la fiction pour rejoindre la réalité et si ça peut permettre à de telles pépites de voir le jour en rendant les producteurs moins regardants sur la provenance de la marchandise, c’est un grand pas pour le cinéma.

8,5/10

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Sympathy for Mister Vengeance – Park Chan-wook (2002)

Le premier film d'un tryptique violent.

Le premier film d’un tryptique violent.

L’expression qui consiste à affirmer que le calme vient avant la tempête colle parfaitement à ce film, tant il contient déjà tous les prémices de la violence qui explosera dans Old Boy. Quasiment mutique, cette introduction dans une trilogie vengeresse fait office d’amuse bouche. Si Park Chan-wook soigne sa mise en scène, c’est plus par souci de garder éveillé le spectateur que . Car les deux heures doivent être subis pour parvenir à l’épilogue de cette course poursuite effrénée entre deux hommes qui se sont vus arrachés l’être qui leur était le plus cher. La vie ne leur faisant aucun cadeau, la noirceur qui se dégage du film est particulièrement lourde, le pathos se dégageant des personnages étant maladroitement associé à une surenchère d’effets gores.

L'ambition du cinéaste tombe un peu à plat.

L’ambition du cinéaste tombe un peu à plat.

En parvenant à entrecroiser une triple histoire de vengeance, débutant toutes sur un deuil difficile, Sympathy for Mister Vengeance n’a toutefois pas un scénario très dense. S’il est le film le plus atmosphérique de la trilogie, il est également le vilain petit canard du lot car on devine aisément qu’aucune échappatoire n’est possible. Le réalisateur nous gratifie de mouvements de caméra absolument délicieux, faisant passer la pilule de l’ennui qui ne tarde pas à poindre le bout de son nez. Derrière un dialogue social semi risible (on y va avec des gros sabots), le film peine à nous rendre attirants ses personnages, tellement dénués d’âme et si peu charismatiques. Un comble pour une histoire de vengeance où l’identification doit se faire très rapidement.

La police est bien en peine de rassembler les pièces du puzzle.

La police est bien en peine de rassembler les pièces du puzzle.

Si les acteurs ne sont pas à plaindre, ce sont ces esquisses de sentiments jamais dévoilés, jamais mis à nus, qui empêche de s’intéresser à leurs sorts. Même en jonglant avec nos propres émotions, le film demande beaucoup trop d’investissement personnel pour qu’on puisse se plonger avidement dans cette entrée en matière. Si le côté filmique est très bien traité (on sent que Park Chan-wook est avant tout un artiste), l’aspect scénaristique aurait mérité d’être plus raccourci pour amener davantage de vigueur à l’histoire et rendre moins boursouflé cette vengeance tellement teintée de désespoir qu’elle en devient énervante.

Le passage du père à la morgue est vraiment de trop.

Le passage du père à la morgue est vraiment de trop.

En multipliant les points de vue sur les différents personnages, aucune réelle justice, aucune véritable morale ne ressort vraiment de l’histoire. Chacun est tellement lessivé par la vie que les choix qui lui apparaissent sont les plus sombres et les plus violents. Si Park Chan-wook montre qu’il a parfaitement saisi la manière de capturer la beauté de la violence, il est encore loin d’avoir réussi à donner une réelle profondeur à ses personnages qui ne demandaient que ça tant leur background est bel et bien esquissé. Une tentative trop « autiste » de montrer que la violence peut faire ressurgir des sentiments profondément ancrés et sincères en nous.

6,5/10

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