Archives de Catégorie: Science-fiction

Gravity – Alfonso Cuaron (2013)

Gravity

Esthète de l’image s’il en est, Alfonso Cuaron a toujours montré un amour immodéré pour le plan séquence. De plus, l’un de ses rêves de gosse était de devenir astronaute. Quoi de plus normal pour lui de concilier ses deux éléments en un seul. Gravity est une véritable prouesse technologique, le cinéaste multipliant les trouvailles pour rendre l’immersion de ses deux astronautes dans un espace bien loin d’être confiné mais qui n’offre que très peu de marge d’erreurs. Ce danger omniprésent étant déjà suffisant pour rendre anxiogène son film, Cuaron pousse l’expérience encore plus avant en rendant le tournage difficile pour ses acteurs, et principalement Sandra Bullock qui sera soumise à rude épreuve. Ici, pas question de tourner en apesanteur comme l’avait fait Ron Howard pour Apollo 13. La méthode étant trop coûteuse et ne permettant pas de longues prises de vues, Cuaron va redoubler d’imagination pour que sa caméra puisse se balader sans gène autour des acteurs qui devront faire le maximum pour s’imaginer en apesanteur. La 3D s’ajoute au procédé immersif pour plonger le spectateur dans une détresse comme va la connaître le personnage de Stone. Suffocant, épuisant, intense et déstabilisant, Gravity est une expérience fabuleuse à l’enjeu dramatique imposant, malgré quelques touches d’humour maladroites qui auraient pu être évitées. Avec ce film, Cuaron a repoussé les limites du 7ème art et mixer plusieurs outils technologiques pour le seul et unique amour de l’image.

9/10

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Ubik – Philip K. Dick (1969)

Ubik

Dopé aux amphétamines, Philip K. Dick a toujours eu une imagination débordante. Ses univers, aussi étranges et éloignés de notre réalité soient-ils, sonnent toujours comme véritables et authentiques par la qualité des dialogues et des personnages. Ubik sonne comme son oeuvre somme, où toutes ses préoccupations matérielles, politiques et religieuses sont condensés dans ses 300 pages de pur anachronisme éreintant. Car oui, la lecture d’Ubik est difficile tant chaque scène annule la précédente, tant la multitude d’idées de l’écrivain est étalée là, sur le papier, sans autre forme que la linéarité d’un récit aux ficelles parfois tendues à l’extrême par l’impossible caractérisation du personnage, parfois flottantes au gré de notre propre perception de cet univers étrange.

Ubik désodorisant

En plus de la confrontation des univers parallèles, Dick se livre à une bataille acharnée entre des doctrines opposés. Ainsi, le capitalisme qui semble faire loi dans le futur imaginé par l’écrivain (les dirigeants sont des grands chefs d’entreprise) se frotte sans cesse à ses personnages libéraux, idéal mené par le personnage de Joe Chip. La grande idée de l’auteur, c’est que la capitalisme ne soit plus une limite mais un art de vivre. Aussi, les équipements de tout l’appartement sont payants: de la cafetière payante à la porte à la serrure tirelire, en passant par le frigo qui reste scellé si l’on n’insère pas un billet, le capitalisme est ce que l’on en fait. Notre soif de consommation nous est renvoyé en plein visage et tout le monde se voit logé à la même enseigne. Quoi de plus cynique qu’un homme restant enfermé chez lui car il n’a pas la monnaie nécessaire pour sortir de chez lui ? Cette faculté de Dick de diffuser des propos sérieux dans un cadre anodin du récit est sa plus grande force.

Ubik femme

Il faudra certainement plusieurs lectures afin de saisir toute la portée de ce roman monumental qui s’inscrit d’emblée comme une oeuvre intemporelle. Mais qu’est-ce donc au regard du génie qui transparaît à chaque paragraphe, tout autant visionnaire que dépressif, ne laissant aucune place à l’espoir au fur et à mesure que le temps s’écoule, dans un sens ou dans l’autre. Il a été dit que Michel Gondry souhaiterait adapter ce chef d’oeuvre et je ne m’en réjouis pas d’avance. Je préférerais qu’il reste en état de semi-vie, à l’instar de ses héros déterminés à mourir pour une cause qui n’en vaut plus la peine. Ubik doit toujours et resté l’image que ce fait le lecteur de sa propre utilité et de sa propre existence.

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Elysium – Neill Blomkamp (2013)

Elysium

Malgré les tentatives récentes de ressusciter la science-fiction de manière originale (Source Code, Oblivion,…), elles accusent le coup de leur ambition. Car à trop vouloir exploser les rétines à coup d’effets spéciaux, les films perdent de leur impact et de leur souffle. C’est exactement la même chose qui arrive à Elysium. Malgré une idée solide bien que déjà vue, la volonté d’en mettre plein les yeux prend le pas sur le discours et toute la réflexion qui aurait pu graviter autour. Le problème du traitement des inégalités entre les classes, c’est que l’on sombre vite dans le cliché et que c’est manichéen au possible. Là où Neill Blomkamp parvenait à soulever un débat de fond dans District 9 sur les inégalités ethniques par le biais d’un film d’invasion extraterrestre, il tombe dans la redite et recycle tout l’univers exploité précédemment pour en faire un film d’action sur-budgété.

Elysium bidonville

Mais quand on regarde le cœur de l’histoire, il est plutôt généreux en bonnes trouvailles, aussi bien visuelles (hormis la shaky cam gerbante) que scénaristiques (l’exosquelette, Elysium, le bad guy). Le problème, c’est que Blomkamp se retrouve avec plein de trucs sympas mais qu’il ne sait pas trop quoi en faire. Et il fournit donc le strict minimum pour améliorer son postulat de départ et attirer le plus grand monde. Car derrière son allure de réflexion dystopique se cache un vulgaire combat du bien et du mal, du riche contre le pauvre, sans qu’un seul des personnages ne soit réellement ambigu. Seuls des archétypes évoluent au fil de l’intrigue, leurs développement psychologique caché dans les trous de gruyère du scénario qui multiplie les erreurs.

Elysium Kruger

C’est sans oublier le casting qui peut sembler hétéroclite à première vue mais qui est vraiment à la ramasse en terme de direction artistique. Le trio de tête (Damon, Foster et Fichtner) sont en roue libre total et tentent vainement de donner vie à leurs personnages, respectivement, victime, juge et bourreau. Heureusement que le bad guy, incarné par Sharlto Copley (qu’on pouvait déjà voir dans District 9), est intéressant par sa folie latente et sa propension à la violence gratuite mais jouissive. Côté action, on est plutôt bien servis mais c’est tellement mal filmé que ça en devient incompréhensible par moments (le duel entre Kruger et Max est bordélique au possible). Reste un arsenal original et stylisé qui n’est pas sans rappeler celui d’Halo (que Blomkamp veut à tout prix adapter sur grand écran).

Elysium riche

Un faux film conceptuel et ovniesque que le cinéaste a su parfaitement vendre à son public qui s’est rué en salles en espérant avoir une surprise aussi grande que lors de la découverte de son premier film. Blomkamp ne se complairait-il que dans le giron des gros studios de productions américains ? Espérons qu’ils lui barrent vite la route en terme de créativité artistique pour qu’il se remette à travailler intelligemment.

6,5/10

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Simone – Andrew Niccol (2002)

Simone

Critique satirique des technologies numériques utilisées au cinéma et de l’idolâtrie ayant cours à Hollywood, Andrew Niccol préfigure ce que les stars ont de plus en plus tendance à faire: s’inventer et se réinventer chaque jour une image pour continuer à faire les unes des magazines people. Si la notoriété ne tient évidemment pas qu’à la propension d’un acteur à défrayer la chronique, le cinéaste-scénariste ne s’attarde pas sur les talents. On aime Nicole car elle a un air qui ne nous est pas étranger. On repère dans son interprétation, quelque chose qui la différencie des autres actrices de sa génération et on se sent obligé de la porter aux nues, de lui offrir une couverture médiatique de plus en plus importante pour montrer ce que notre pays cache en son sein. Se démarquer des autres productions étrangères.

Simone Pacino

Plus qu’un simple divertissement mêlant habilement humour et drame, Simone est une vision désenchantée du cinéma américain actuel, adepte de la surenchère et du toc prémédité. Al Pacino est tout en retenue et même s’il paraît se retenir de jouer, c’est son personnage en retrait de sa muse qui veut ça. La mannequin Rachel Roberts (dont c’est la première apparition au cinéma) prête ses formes généreuses à l’avatar de Simone qui, après avoir connu le succès, s’unira au créateur de sa carrière (tout comme Pacino et Simone dans le film, Niccol et Roberts se sont mariés après le tournage). Pour dire que du virtuel naît le réel, il n’y a qu’un pas.

7/10

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Cypher – Vincenzo Natali (2002)

Cypher

Cypher n’est ni plus ni moins qu’un film noir grimé en film d’anticipation particulièrement cheap. Les effets spéciaux ne sont même pas dignes d’une cinématique sur Playstation One, l’épure apporté aux bâtiments et au monde qui entoure l’agent double est une belle réponse aux faux-semblants qui entoure la vie du personnage. Sauf qu’il n’est clairement pas question de ça ici mais plutôt d’économiser un maximum sur le budget. Natali devait avoir une villa car on ne voit jamais les 7,5 millions de dollars de budget à l’écran. De plus, le scénario cherche à être hyper alambiqué pour ne pas raconter grand chose et au final, nous livrer un rebondissement digne d’un téléfilm M6 de seconde partie d’après midi. Heureusement que Lucy Liu relève le niveau par son charme animal et que certaines idées sympathiques viennent ponctuer la séance (le lavage de cerveau durant la conférence, j’ai beaucoup aimé). Vraiment passable, voire risible par moments.

4/10

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