Archives de Catégorie: Guerre

La vallée perdue – James Clavell (1971)

La vallée perdue

Sous ses airs de jardin d’Eden dissimulé aux yeux des hommes, cette vallée luxuriante et enchanteresse ressemble davantage au purgatoire qu’au Paradis. James Clavell choisit la Guerre de Trente Ans comme toile de fond, conflit de dévots par excellence qui opposa les Catholiques aux Protestants et qui fit des milliers de morts, le tout au nom d’un seul et même Dieu. Le village niché au cœur de la vallée n’est ni plus ni moins qu’un microcosme reflétant l’horreur extérieure. Par ses habitants, dont certains occupent des places dominantes (le chef, le prêtre catholique), c’est l’antichambre de la vraie guerre qui se rejoue ici, en comité restreint. Clavell parvient à ne jamais prendre parti et balaye le visage d’une caméra objective, faisant se confronter la foi aveugle du prêtre, la soif de liberté du Capitaine (Michael Caine impérial) et la ruse de Vogel (Omar Sharif tout en retenue), dans des plans montrant une nature à la beauté sauvage mais cruelle.

7,5/10

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L’adieu au roi – John Milius (1988)

L'adieu au roi

 

Même en ayant pas encore découvert l’intégralité de la filmographie de Milius, on voit très nettement que L’adieu au roi est le film d’une carrière, la pierre angulaire, celui qui réunit tous les questionnements, les thèmes et les espoirs d’un cinéaste. Le film est tellement une somme de son travail qu’on peut facilement identifier le personnage de Nick Nolte comme un double de John Milius, un alter-ego qui serait parvenu à la réalisation de son rêve. Bien que la toile de fond soit propice aux débordements guerriers dont on a l’habitude chez le réalisateur, c’est avant tout un film d’aventure. Une aventure aussi bien humaine que philosophique. Par les monologues de Learoyd, c’est Milius qui s’adresse à son public, cherchant non pas à embrigader ses fans mais à partager son point de vue, sa philosophie de vie et son mantra qui est celui de connaître le prix de la liberté.

L'adieu au roi jungle

L’île de Bornéo sur laquelle le film se déroule correspond à un Eden rêvé pour Milius. Gardienne de ses idées révolutionnaires et romantiques, la nature est imposante, inhospitalière, enfermant tout homme dans son enclave. Un terrain de jeu idéal pour promener sa caméra et un terreau fertile pour laisser libre cours à ses pensées et sa liberté artistique. Le roman original de Schoendoerffer s’adapte tellement à la personnalité de Milius qu’il ne retouche quasiment rien, changeant juste le sexe de l’enfant de Learoyd, amenant ainsi une part de romantisme et de féminité dans un monde barbare et cruel. La femme étant la mère, porteuse de l’éducation et donc des valeurs propres au père, elle est d’autant plus appréciée chez le cinéaste qui n’oublie pas de l’iconiser en guerrière lors de l’attaque du village par les Japonais.

L'adieu au roi femme

L’intégrité artistique de Milius lui permet de nous montrer avec un œil neuf les conséquences de la guerre sur la nature humaine et la folie dont ils sont capable au nom de la liberté. Basil Poledouris signe une nouvelle fois une partition extraordinaire qui s’ancré dans les paysages de Bornéo et magnifie la photographie et la mise en scène inventive (le plan de l’arme braquée sur le cavalier japonais est énorme). Nick Nolte est impérial mais Nigel Havers arrive à lui tenir tête et c’est main dans la main qu’ils partent affronter les troupes japonaises, chacun apprenant de l’autre (Learoyd retrouvant ce qui fait le charme de la liberté occidentale, l’officier mesurant l’étendue du pouvoir du roi). D’ailleurs, cette victoire de l’Orient sur l’Occident se traduit par le tatouage arboré sur le torse de Nolte, un aigle se mesurant à un dragon.

L'adieu au roi Japonais

Profondément humaniste malgré la violence de ses propos et de ses scènes de bataille, L’adieu au roi est un melting-pot de tout ce qui tient à cœur à John Milius. Même s’il est loin d’être son meilleur film, c’est certainement celui qui traduit le plus en images et en émotions la personnalité du cinéaste et celui à mettre entre toutes les mains pour savoir si ou ou non, vous seriez capable d’apprécier son cinéma.

7/10

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Excalibur – John Boorman (1981)

Excalibur

Même si elle est connue de toutes et tous, la légende du roi Arthur est si vaste et complexe qu’on ne peut la raconter. Toutefois, John Boorman s’y essaya en tournant Excalibur, fresque épique retraçant l’épopée de la Table Ronde, de la naissance à la mort d’Arthur. Adaptant Le morte d’Arthur, compilation de romans preux et braves rassemblés par Thomas Malory au 15ème siècle, Excalibur s’inscrit plus dans une fibre romanesque et romantique, réutilisant pour cela la figure de Lancelot et du Saint Graal qui ne font pas partie de l’histoire originelle. Cependant, Boorman et la violence font rarement chambre à part, aussi met-il un point d’honneur à narrer les batailles épiques constellant la légende arthurienne.

Excalibur chevalier

Si on peut aisément reprocher un aspect kitsch propre aux productions des années 80, ça n’est rien à côté de la maigre qualité de la narration. En cherchant à embrasser le plus de thèmes possibles, Boorman se perd dans des moments inintéressants ou passe du coq à l’âne sans aucunes transitions esthétiques ou visuelles. Malgré cela, la continuité chronologique de rigueur dans les fresques l’oblige à passer par les caps importants de l’histoire, permettant au spectateur de s’y retrouver et d’apprécier la mise en image de la plus épique des histoires. Si Gabryel Byrne, l’acteur incarnant Uther Pendragon, a un charisme démentiel, il serait malaisé de dire qu’Arthur tient de son père. Nigel Terry, dont c’est le premier grand rôle (il avait déjà incarné le prince Jean dans Le Lion en hiver), a du mal à investir les traits et le caractère d’Arthur.

Excalibur roche

Le problème ne vient pas de sa prestation mais de la propension à vouloir à tout prix distinguer son personnage par des phrases au ton théâtral qui ne convient pas au cinéma. Pas lorsque Boorman se donne la peine de donner vie à son univers chevaleresque. Cependant, le scénario ayant été écrit par Boorman lui même, on peut donc croire qu’il a voulu cette rupture de ton car la majorité des Chevaliers de la Table Ronde s’exprime par ce même procédé: de longues phrases ampoulées dont on distingue la richesse et la puissance que parce qu’elles sous entendent être d’une importance capitale dans la compréhension du récit. Mais le tout est contrebalancé par la bande originale sublime qui donne un aspect opératique au film et qui fait ressortir tout le mythe de la légende.

Excalibur Pendragon

Le film, intégralement tourné en Irlande, se prêtent parfaitement à l’intégration d’Arthur et de ses compagnons grâce à ses paysages aussi verdoyants que mélancoliques. La brume et le ciel changeant, tels des conspirateurs à la couronne, assistent à donner à Excalibur une esthétique unique. D’ailleurs, que serait la légende sans la présence de Merlin, l’enchanteur a l’esprit sournois et manipulateur. Si Nicol Williamson avait déjà une belle carrière lui (contrairement à Patrick Stewart, Gabriel Byrne ou Liam Neeson qui font leurs premières armes), on ne peut pas dire que ce qu’il fait du personnage soit inoubliable. Plus bouffon du roi que conseiller de l’ombre, l’acteur ne cesse de faire des mimiques et de répondre à côté de la plaque aux questions existentielles d’Arthur. Le décalage opéré avec la figure paternelle que je m’en étais fait m’a décontenancé.

Excalibur Mordred

S’il n’est pas le film définitif sur les Chevaliers de la Table Ronde, Excalibur peut se targuer d’avoir apporter sa pierre à l’édifice par des idées originales (Pendragon qui plante l’épée dans le rocher, le « souffle du dragon ») et une atmosphère empruntant autant au théâtre qu’à l’opéra et à la musique classique. Je peux même affirmer en m’avançant un peu que John Boorman ne livrera pas meilleur film par la suite, le plus beau de sa carrière étant déjà derrière lui.

7/10

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La pierre et le sabre – Eiji Yoshikawa (1935)

La pierre et le sabre

 

La quête de la perfection n’a jamais autant d’exotisme et de raffinement que dans la littérature japonaise ayant trait aux samouraïs et leur fameuse quête spirituelle les amenant à trouver la Voie du sabre. Le regard respectueux de Miyamoto Musashi sur la nature, la religion et l’être humain est empreint d’une justesse de ton que l’on voit très rarement. La pierre et le sabre est le premier tome de la saga Musashi écrite par Eiji Toshikawa, auteur reconnu et réputé pour s’être intéressé de près à la vie et l’oeuvre de ce samouraï légendaire. Plus qu’une simple introduction à l’ère Tokugawa, ses préceptes politiques et ses codes moraux, c’est une véritable introspection à laquelle se livre l’écrivain, imprégnant son personnage de qualités propre au fantasme rêvé du samouraï et l’entourant de personnages plus ou moins secondaires faisant partie intégrante du folklore japonais.

La pierre et le sabre Miyamoto

Récit initiatique à part entière, les différentes parties peuvent se voir comme les actes d’une pièce de théâtre, comme des feuilletons spirituels où chaque épisode nous amène à une morale toujours plus intellectuelle et, bien qu’atteignant bientôt le centenaire, contemporaine. Car cette Voie du sabre recherché par Musashi, celle qu’il cherche à rejoindre en foulant d’innombrables sentiers, gravissant des dizaines de cols et de montagnes et combattant les maîtres d’armes des plus grands dojos et écoles de sabre, est l’ultime définition de la persévérance et de l’ambition. D’abord né paria jusqu’à devenir une légende vivante, il va écrire son histoire et montrer aux Dieux qu’il ne vénère pas (pour lui, l’être humain est supérieur à la divinité) qu’il peut s’accomplir jusqu’à être autant vénéré que leurs semblables.

La pierre et le sabre Musashi

 

La pierre et le sabre, malgré ses 840 pages, se lit avec une facilité déconcertante du à ses parties bien distinctes, nous amenant à nous interroger sur nous même. L’écriture est également faites de phrases simples mais qui contiennent de nombreux éléments à la fois philosophiques et psychologiques, comme si Yoshikawa était parvenu à entrer en phase avec le personnage dont il romance la vie à l’aide de ses alliés (la femme aimante, le jeune élève) et de ses ennemis (la vieille samouraï, le rônin brutal et Sasaki Kojiro, son plus grand rival), certains ayant par ailleurs réellement existé. Jonglant sans cesse entre descriptions de paysages sublimes et duels à la violence uniquement soulignée par des traits de caractère, le roman est à la fois un accomplissement de l’auteur (jamais de baisse de rythme) et une réflexion sur l’histoire de son pays dont la réputation des samouraïs et la clairvoyance de leur esprits semblent encore dominer les pensées des plus grands hommes japonais à l’heure actuelle.

La pierre et le sabre criterion

Adapté à de nombreuses reprises et sur de nombreux formats (mangas, roman, films, séries) jusqu’à être retranscrit dans d’autres civilisations (le personnage de Musashi aurait inspiré Luc Besson pour créer Léon), le premier tome de l’épopée de Musashi arrive à tisser des liens à la fois affectifs et spirituels avec le lecteur qui ne peut que chercher à dévorer la suite de ses péripéties et peut être réussir à percer, aux côtés du héros, ce qui fait l’essence même de l’Art de la guerre.

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Le Vol de l’Intruder – John Milius (1991)

Flight of the Intruder

C’est marrant à quel point on remarque le côté matriochka de ce film: c’est l’adaptation d’une biographie romancée mais Milius y met aussi sa vision de la guerre, lui qui n’a jamais pu entrer au service de l’armée. Les deux versions rêvées se répondent donc sans cesse et livre une vision de la guerre terriblement sarcastique, illusoire et politique. Toujours au service d’une virilité sans faille, le cinéaste nous emmène sur le front Nord-Vietnam prendre part à des bombardements soit disant stratégiques. Mais son couple de têtes brûlées (Johnson charismatique et Dafoe impérial) va livrer sa propre guerre, sous couvert de vengeance ou d’amour du risque. C’est dans ce côté satirique que Flight of the Intruder ressemble beaucoup à Platoon, toute la dernière partie dans la jungle envahie de Vietcongs étant un véritable hommage au film de Stone, le relais entre les deux étant bien entendu la mort du personnage de Willem Dafoe.

Flight of the Intruder Dafoe

Mais le fait qu’il ne fasse que survoler son sujet le rend bien moins spectaculaire que son aîné. Faisant la part belle au divertissement, on a droit aux passages obligés type Top Gun où tout le beau monde se retrouve au bar donnant lieu à une rixe, ou alors cette idylle entre Johnson et Arquette. C’est tout de même cher payé pour Milius qui parvient malgré tout à mettre son grain de sel et à livrer des images et des sous-entendus politiquement incorrects (la scène de la cour maritale, l’attaque du centre ville). Même si le budget alloué au réalisateur est conséquent, les scènes aériennes sont bourrées de CGI vraiment cheap et de bruitages qui ne sont pas rappeler ceux de Star Wars, 1er du nom. Flight of the Intruder nous donne une demie molle jusqu’au bout et ça n’est pas la happy end qui viendra entacher le film.

6/10

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