Archives de Catégorie: Film noir

Killshot – John Madden (2008)

Killshot

Même si j’ai déjà vu des manières bien dégueulasses de flinguer du Leonard en l’adaptant comme un pied (Cat Chaser en tête), je peux pas m’empêcher de me farcir tout ce qui se rapproche de près ou de loin à ses œuvres. Killshot se range heureusement dans la partie réussie du panier. Même s’il ne casse pas trois pattes à un canard par son scénario convenu, le casting est tellement réussi et l’ambiance tellement noire qu’on y croit à fond. Entre Mickey Rourke monolithique mais qui laisse transparaître une large palette d’émotions dans sa voix, les fusillades très correctes qui ponctuent la bobine et les relations qui se lient entre les différents personnages plutôt bien écrites, on ne peut qu’apprécier le spectacle. Seulement, Killshot manque de fun, de peps et là où certains voient une mise en scène correcte cherchant à ne jamais surpasser le scénario pour faire vivre ses personnages, j’y ai vu un ventre mou qui ne permet au film de décoller vraiment malgré des séquences intéressantes. Un bon petit film du samedi soir cela dit !

6/10

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Le lendemain du crime – Sidney Lumet (1986)

Le lendemain du crime

Creux et indigne d’un Lumet, ce Morning After ne vaut que pour la prestation de son duo glamour Fonda/Bridges. Si les dialogues sont très bons, l’intrigue est molle et ne comporte que peu de sursauts policiers, se contentant de voguer tranquillement sur la romance qui s’installe entre les deux personnages, nous faisant presque oublier le cadavre à la mort suspecte qui ouvre l’introduction (la meilleure scène du film). Le côté 80’s très prononcé dans les musiques et les décors aux couleurs criardes amène un soupçon de nostalgie mais le film ne se démarque jamais de tous les autres films noirs sortis à la même époque. Passable.

5/10

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La cité sans voiles – Jules Dassin (1948)

Un pilier fondateur du genre qui aurait pu être meilleur.

Un pilier fondateur du genre qui aurait pu être meilleur.

La cité sans voiles a grandement contribué à l’image que l’on se fait du polar de nos jours. Auparavant, tous les films noirs étaient intégralement tournés en studios, hormis certaines scènes de films de gangsters qui nécessitaient de filmer des extérieurs, notamment lors des poursuites véhiculées. Jules Dassin pousse le réalisme à son paroxysme avec une volonté d’illuminer d’une aura quasi documentaire ce genre confiné aux limites de quatre murs. Longtemps théâtralisé (peu de personnages et lieu de l’action souvent unique), le cinéaste explose le carcan et libère le genre, trouvant dans La cité sans voiles une manière de dépeindre certains maux de la société, en plus de permettre une inspiration décuplée.

Barry Fitzgerald bouffe l'écran à chaque apparition.

Barry Fitzgerald bouffe l’écran à chaque apparition.

Mais cet aspect documentaire domine sur l’impact du procédé, la faute à une voix off aux limite de l’insupportable (on se croirait chez Woody Allen). Elle nous décrit absolument tout ce que l’on voit à l’écran, alors que les images, passées sous silence ou agrémentées d’une musique dans l’air du temps, aurait pu faire cent fois mieux le travail. Un élément regrettable qui plombe l’ambiance noire du projet et nous rappelle sans cesse que l’on a à faire à un nouveau genre de film. Une sorte de fausse modestie mal assumée qui fait la part belle au producteur au détriment de l’inventivité artistique de Dassin.

La violence prend le grand air et s'empare de la vie new-yorkaise.

La violence prend le grand air et s’empare de la vie New-Yorkaise.

L’ambition du cinéaste de vouloir faire partager au  public la vie et le quotidien des New-Yorkais, allié à une intrigue policière correcte, est bafouée par un Hollywood castrateur qui préfère rester sur ces acquis, le film étant principalement composé d’intérieurs. Par chance, la poursuite finale, qui vaut à elle seul le visionnage du film, permet à La cité sans voiles d’être revu à la hausse et d’entrer dans le panthéon du film noir par sa sécheresse, sa brutalité et son rythme percutant. Une conclusion qui ne laisse présager rien de bon pour ceux qui se mettent la justice à dos.

On n'échappe pas au cliché de la victime: jeune, jolie et blonde.

On n’échappe pas au cliché de la victime: jeune, jolie et blonde.

En se promenant par mi des milliers d’inconnus filmés malgré  eux, l’effervescence qui habite les rues et ruelles de New-York est propice au traitement choc des images. Les badauds, tour à tour surpris et curieux, participent à leur insu à la réussite du film en administrant une dose non négligeable de réalisme pur. Les effets de foule font passer le tournage pour sauvage et le cadrage millimétré de certaines scènes (la majeure partie des idées géniales du script étant en dernière bobine). Un effet contradictoire qui apporte un certain cachet non négligeable au film, plongé entre le souci du détail et l’urgence des scènes filmées à l’extérieur.

Le noir et blanc renforce l'aspect tentaculaire de la ville.

Le noir et blanc renforce l’aspect tentaculaire de la ville.

Il est regrettable que La cité sans voiles ne puisse pas aller jusqu’au bout de son idée afin d’explorer une nouvelle méthode de travail et un nouveau traitement du genre. Cependant, on ne pourra pas nier que ce film a ouvert la porte à de nombreux autres cinéastes, peut être plus talentueux, mais qui n’aurait  jamais pu tenter de mettre la ville à nue jusqu’au point que le spectateur en devienne voyeuriste (la caméra qui passe par la fenêtre pour filmer le meurtre) et se permette une lecture personnelle de l’action et de l’intrigue, chose impossible lorsque le décor unique ne permet aucune improvisation.

7,5/10

 

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Give ’em Hell, Malone – Russell Mulcahy (2009)

Un film badass n'est pas toujours gage de qualité.

Un film badass n’est pas toujours gage de qualité.

Sortir un film noir dans l’ère du temps malgré le look d’époque des personnages était déjà un pari risqué. Prendre une brute épaisse en la personne de Thomas Jane n’était pas non plus la meilleure idée du siècle. Le sortir en DTV, c’est peut être la meilleure chose qu’il ait pu lui arriver. Parodie sérieuse des films noirs de l’époque, Give ’em hell, Malone (injustement traduit Fais leur voir, Malone) déçoit, autant par ses parti pris assumés (le look Sin City qui ne fonctionne jamais à plein et est maladroitement utilisé) que par ses intentions de vouloir dépoussiérer le film de privés badass en accumulant les clichés.

Les méchants cherchent à tout prix a être charismatiques...en vain.

Les méchants cherchent à tout prix a être charismatiques…en vain.

Mélange de Sam Spade pour sa brutalité et de Philip Marlowe pour son alcoolisme, le personnage de Malone (à l’oreille, on s’y perd d’ailleurs) n’est que l’ombre de ceux à qui il tente de ressembler. Détective privé déplaçant comme bon lui semble la frontière entre le bien et le mal, sa justice expéditive et punitive ne prend jamais, la faute à un monumental Thomas Jane impassible et chiant comme la mort (il faut le voir réclamer son whisky à sa mère au lieu de le récupérer de force). D’ailleurs, la mort, il la sème partout où il passe, la fusillade du début étant aussi brouillonne qu’elle est jouissive. Coincé entre la référence au comic book et le film noir, le film n’a jamais véritablement d’identité et s’oublie aussitôt le DVD retiré du lecteur.

- "Dépêche-toi de cracher le morceau, j'ai un entraînement de football américain qui m'attend."

– « Dépêche-toi de cracher le morceau, j’ai un entraînement de football américain qui m’attend. »

Certains clichés sont pourtant nécessaires pour jouer la carte de la référence au maximum: la femme fatale, brune de préférence avec un grain de beauté placé juste au dessus de la lèvre supérieure qui émoustillerait n’importe quel eunuque (Elsa Pataky au charme divin). Le méchant psychopathe, adepte de Batman qui imite passablement le Joker dans ses accès de folie. Et les répliques cyniques que balance Malone à l’emporte-pièces pour jouer les gros durs. Mais même si l’emballage est joli (certains plans claquent, comme les empreintes de pas ensanglantés de Malone sur le carrelage blanc), le cadeau n’est pas forcément tentant. Voire même empoisonné tant certaines longueurs ou surjeux viennent fausser toute la compassion qu’on pourrait avoir pour ce DTV.

Le charme incomparable de Pataky pèse beaucoup dans la balance.

Le charme incomparable de Pataky pèse beaucoup dans la balance.

Même s’il reste bien au dessus de la moyenne que tout ce qui sort dans les bacs, Give ’em hell, Malone n’est pas non plus le fleuron du genre, réempruntant énormément à ces prédécesseurs pour ne rien inventer (même à Pulp Fiction: la malette + Ving Rhames + Bad Motherfucker) ou mal l’utiliser (les décors et les personnages secondaires). Dommage car j’en attendais beaucoup de bien.

4/10

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Killing Them Softly – Andrew Dominik (2012)

Ce sont les Républicains qui doivent être fiers de cette affiche...

Ce sont les Républicains qui doivent être fiers de cette affiche…

Les producteurs devraient davantage se tourner vers la littérature pour y trouver une source de renouvellement (Drive semblait vouloir relancer cette mode). L’attitude badass ne collait véritablement plus trop à la peau de quiconque (hormis peut être au casting de The Expendables) depuis quelques années. Andrew Dominik a réussi l’exploit de s’infiltrer dans la sélection compétitive très cloisonnée du festival de Cannes pour le mitrailler de l’intérieur. Une sorte de terroriste cinématographique. L’aspect badass vient surtout du fait que le casting est exclusivement masculin, la seule femme présente incarnant une prostituée, rabaissant ainsi le taux d’oestrogène à zéro. Ce qui n’est pas plus mal vu le sujet traité…

Chaque cigarette se savoure car elle est potentiellement la dernière...

Chaque cigarette se savoure car elle est potentiellement la dernière.

Car le film ne parle ni plus, ni moins que d’un règlement de comptes. Un contrat sur des têtes. Et le tueur à gages joué par Brad Pitt a plutôt la classe. Bavard, cynique, froid et méthodique, il tue en se souciant que des répercussions sociales dans le milieu. Son jugement peut paraître fou à certains moments mais il avance de si bons arguments qu’on se rallie à son point de vue. Allié à une mise en scène où la violence est stylisée (on n’est pas non plus chez Scorsese ni Tarantino), les exécutions sont plutôt réussies, les travellings faisant penser à du Coen de qualité. Pimentant les scènes où la verve de ses gangsters se met en branle par des effets de style toujours bien sentis (ralentis, effet psychédélique), le temps passe plus vite et on en oublie un scénario quasi inexistant (un tueur traque des braqueurs) pour se concentrer sur la portée psychologique des personnages et leurs états d’âme, bien peu différents des nôtres.

La tension de cette scène est palpable dans le moindre geste et la moindre parole.

La tension de cette scène est palpable dans le moindre geste et la moindre parole.

Pour se concentrer sur eux et eux seuls et nous faire ressentir leurs émotions, Dominik use et abuse de plans où l’on colle de très près ses personnages, faisant souvent étalage de plans séquences peu complexes mais efficaces. Et ça fonctionne à 200% durant la scène du braquage où notre coeur se met à battre plus fort, où l’on retient notre respiration et où nos yeux restent écarquillés durant les vingt bonnes minutes du casse. Cependant, malgré la pluie omniprésente et la noirceur qui se dégage de la pellicule, le décorum est pauvre et on ne sait jamais dire exactement dans quelle ville on se trouve. Mais est-ce gênant pour autant, étant donné que la raison d’être du tueur à gages n’a pas de frontières et semble s’étendre à l’Amérique tout entière. Le sous-texte politique n’est jamais pompeux, se glissant entre chaque prise de décision tel un message subliminal vindicatif. Placer l’action durant la campagne présidentielle d’Obama permet au cinéaste de montrer que les mafieux n’ont que faire du changement à la tête de l’état. L’Amérique est considérée non plus comme un pays mais comme une entreprise où on s’en met plus ou moins dans les poches. Tout est une question d’ambition et qui ne l’a pas compris n’est pas véritablement un Américain. C’est l’American Way of life revu et corrigé.

L'Amérique est un gâteau géant dont tout le monde veut une part.

L’Amérique est un gâteau géant dont tout le monde veut une part.

Même s’il fut boudé à Cannes, Killing Them Softly (qui n’est pas sans rappeler une chanson des Fugees dont le cinéaste a eu la bienséance de se passer pour sa bande originale) marque des points et rehausse l’intérêt du public pour les gueules cassés, les menaces expéditives et les histoires simples mais bien torchées. La loi du plus fort fait partie intégrante de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique et ce, pour l’éternité.

    

8,5/10


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