Archives de Catégorie: Drame

Le cheik – George Melford (1921)

Le Cheik

Si on regarde le film sans se soucier du tournant qu’il a marqué dans l’industrie du cinéma, on ne peut y voir qu’une vulgaire romance niaise que l’on a déjà vue et revue en mille fois mieux depuis. Mais lorsqu’on se penche sur son cas, on se rend vite compte que Le Cheik, malgré sa volonté à séduire uniquement un public féminin (Rudolph Valentino en lead, charme de l’exotisme), n’a pas volé son statut d’oeuvre polémique tant dans la manière d’aborder la culture moyen-orientale que de rendre une Européenne victime du machisme d’un Arabe. A l’époque, les lois sont bien loin de prôner les relations mixtes, taxées de contre nature et de sauvage. Si le film ne reste pas dans les mémoires pour la qualité de sa mise en scène ou de son scénario, le tollé qu’il provoqua permet de se rendre de l’absurdité qui régnait à cette époque et des risque pris par de gros studios de production, ce qu’on ne verrait plus de nos jours. A regarder avec un œil averti et ne pas s’attendre à un chef d’oeuvre.

4/10

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Jeune et jolie – François Ozon (2013)

Jeune et jolie

A première vue, comment ne pas penser au célèbre magazine féminin pour adolescente en manque de repères lorsqu’on découvre le titre du nouveau film de François Ozon. Et cette similarité permet au film de prendre un tournant inattendu, pervers et parfois glauque car l’image qu’il va nous donner de son adolescente est bien éloigné du cliché de la romantique éperdue du sportif de la classe et vouant un amour immodéré à un quelconque star. Son héroïne est insensible, mélancolique et provocatrice. Telle une Lolita du 21ème siècle, elle va tirer parti de son charme et de son caractère désinhibé pour se prouver que le sexe n’a aucune frontière et que l’âge n’est qu’une barrière morale et non physique.

Jeune et jolie plage

La grande force de Jeune et jolie, en plus d’une écriture distinguée et d’une étude générationnelle intéressante (celle, comportementale, est moins réussie), est le talent incroyable de son actrice principale, Marine Vacht. Elle irradie l’écran à chaque seconde,  explosant dans les scènes intimistes où elle livre son corps entier à l’objectif du cinéaste qui tente de la cerner sous toutes les coutures. Certains y verront un aspect pervers et voyeur, d’autres le reflet d’une génération gangrenée par la transgression des interdits et l’omniprésence du sexe, dominateur de tous rapports affectifs. Les deux clans auront raison car si le film ne fait pas que s’attarder , ces dernières sont particulièrement choquantes et un peu trop nombreuses (le pire étant le cocktail de scènes de sexe sur du Françoise Hardy).

Jeune et jolie passe

Malgré le côté très terre à terre du sujet et la noirceur globale du film, Ozon se permet des touches d’humour parfois discrètes, parfois très drôles, mais toujours dans l’humour noir. L’histoire de Jeune est jolie, découpée sur 4 saisons, c’est  un peu l’année de tous les dangers pour une adolescente qui cherche à vivre des expériences avant l’heure (elle n’est pas majeure) et qui a un besoin irrépressible de se sentir femme malgré son insensibilité latente. S’il accompagne son personnage dans sa quête de plaisir charnel, j’ai juste trouvé ça dommage qu’il ne donne pas de véritable explications au geste de la jeune femme.

5,5/10

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Le bûcher des vanités – Brian De Palma (1990)

Le bûcher des vanités

Four monumental lors de sa sorties en salles, Le bûcher des vanités est un De Palma jugé extrêmement mineur alors qu’il possède tous les atours d’un très bon film. Souvent rattaché à des œuvres plus dures et plus crues, l’adaptation du roman de Tom Wolfe (un beau bébé de 700 pages) semble être au service d’un humour décapant et d’une satire sociale qui, bien que rabotée dans la demie-mesure, parvient à sortir des éclairs de finesse dans le traitement des minorités raciales et la lutte des classes. Adoptant le ton de la farce cinglante, la caricature du système judiciaire est à pleurer de rire et on jubile de voir tomber toutes ses têtes couronnées au profit du pouvoir et de l’argent.

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Le cinéaste s’entoure d’un casting au poil, où chaque personnage parvient à vivre malgré les allées et venues dans les différentes sous-intrigues, les coupures visibles au niveau de l’adaptation et les moments de folie qui les rendent si attachants et terriblement humains (le pétage de câble de Sherman, l’introduction de Peter, le sermon du juge,…) grâce à des prestations hors-normes (Tom Hanks et F. Murray Abraham sont mortels !). Avant le tournage, les stars allaient et venaient sur le plateau avant d’être remplacés à tour de rôle et c’est ce joyeux bordel, cette débrouillardise dans le respect du planning, qui donne ce côté certes téléfilmesque mais rafraîchissant et convaincant. Malgré un sujet plus sombre qu’à l’accoutumée chez De Palma, il nous gratifie tout de même d’un plan séquence d’ouverture digne du tour de force (quelle maîtrise !)

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Chaque pilier de la justice à l’américaine (policière et divine) est une vraie caricature, exagérée à l’outrance pour le plus grand bonheur des répliques qu’ils balancent avec panache (la palme revenant au procureur, juif raciste au lead naturel adepte du bon mot). La scène finale où le verdict du jugement est prononcé vaut à elle seule le visionnage du film tant tout ce beau monde s’amuse et où le réalisateur se complaît à filmer un joyeux bordel prendre vie (on pense beaucoup aux comédies de Scorsese). L’accueil critique assassin fait au film relève tout particulièrement de sa capacité à traitement des inégalités raciales aux Etats-Unis (et plus particulièrement à New York) avec moquerie et sans prendre de gants, ce qui n’est pas du goût de l’Amérique puritaine et pudibonde (rien que les attouchements lascifs du couple adultère a du les faire trembler d’effroi, Melanie Griffith étant terriblement excitante dans son rôle de maîtresse insatiable).

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Si les fans du cinéaste pour son côté touche à tout seront aux anges tant Le bûcher des vanités ne ressemble à aucun autre de ses films (hormis ses touches personnelles comme le 360° et le split screen, toujours au rendez-vous), les adeptes de la noirceur inhérente à l’oeuvre de De Palma devront passer leur chemin car si l’humour est grinçant et noir au possible, on reste dans la farce un poil lubrique où il fait bon de taper à coup de bâtons sur les doigts du système judiciaire et de Wall Street.

7/10

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Metro Manila – Sean Ellis (2013)

Metro Manila

La jungle urbaine n’a jamais aussi bien porté son nom. Manille, la capitale des Philippines, est une fosse où s’entassent des milliers de fauves dont la survie ne dépend que de leur capacité à savoir se défendre et, parfois, attaquer. Sean Ellis a parfaitement compris la situation particulière de la ville et s’en entiche dans un drame poignant qui prend un virage habilement géré dans le thriller. A l’instar d’autres villes tels que Rio de Janeiro ou Kinshasa, Metro Manila et son regroupement d’une bonne dizaine de villes (dont Manille) est une vraie manne pour la souffrance et la pauvreté. Et malgré tous les efforts du cinéaste pour ne pas sombrer dans le misérabilisme gratuit, son script contient quelques éléments dont on aurait pu se passer (la dent gâtée de la petite fille, le troisième enfant en route,…).

Metro Manila famille

Alliant mise en scène soignée et style documentaire (un peu à la manière de Tropa de elite), le tournage étalé sur seulement 30 jours est une vraie leçon de cinéma lorsqu’on aperçoit le résultat. Car rien n’est laissé au hasard, tout est calculé et jamais le terme amateurisme ne nous vient à l’esprit. Sean Ellis a une véritable vision artistique et un sens du détail rare. Sur deux heures, les possibilités de faux jeux sont légions mais la famille réunie pour l’occasion est vraie, amenant une sensibilité incroyable aux scènes émotives (et il y en a). Et si certains acteurs cherchent à cabotiner ou à sortir du cadre réaliste installé par Ellis, la musique de Robin Foster se charge de réintégrer leur prestation dans le moule en livrant une partition à la fois mélancolique, grisante et collant parfaitement aux images.

Metro Manila douche

Une belle surprise qui détonne dans un cinéma indépendant et estival, où les drames survendus par les festivaliers sont toujours propice à un débordement de pathos écœurant. Sean Ellis se contente de nous montrer une tranche de vie de gens qui ont moins de chance que nous autres, dans un monde qui ne pardonne pas ceux qui ont les poches vides. Violent dans son pessimisme latent, Metro Manila parvient tout de même à nous offrir une bouffée d’oxygène au détour d’un échappatoire mérité. Saisissant, intelligent et bouleversant !

8,5/10

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Un monde parfait – Clint Eastwood (1993)

Un monde parfait

Voir un film de Clint Eastwood, c’est avoir la certitude d’être saisi d’émotion et de vivre quelque chose de relativement intense. Même s’il n’était pas prévu d’échouer au poste principal d’Un monde parfait (Levinson et Spielberg avait été approchés), le script à tout pour lui plaire. Un portrait de l’Amérique, des personnages solitaires et une portée dramatique intéressante. Approchant la jeunesse sur fond de road movie policier, le duo formé par Kevin Costner et le très jeune T.J. Lowther est d’une justesse confondante, faisant s’aligner deux âges très différents mais deux expériences de vie similaires. Si l’un a eu une liberté qu’il ne demandait pas (la mère prostituée), l’autre est entravé par la religion qui lui est imposé par la sienne (sa mère est témoin de Jéhovah). Deux enfances gâchées, deux abandonnés de la vie qui se rencontrent, mais dont l’un peut être encore sauvé.

Un monde parfait Alaska

Forçant le trait sur le mélo dans certaines scènes qui tirent en longueur (le passage chez les fermiers noirs, le final), Un monde parfait se distingue tout de même par son rythme sans faille, ses répliques justes et vraies et ses personnages aussi tendres que complexes. Si la prestation de Kevin Costner est exceptionnelle, il faut également retenir celles de Clint Eastwood et de Laura Dern qui, partageant toujours l’écran dans des temps de présence très courts, parviennent à apporter une dimension plus profonde, plus humaine à la cavale du prisonnier. Dans cette fuite en avant vers un avenir incertain (Butch n’a qu’une carte postale comme guide), le spectateur parvient à déceler une envie de reconstruire sa vie, de réparer ses erreurs. Et c’est en kidnappant le jeune Philip que Butch va tenter de se réincarner en lui apprenant ses valeurs et en lui racontant son expérience, profitant de l’innocence du garçon pour faire son mea culpa et sa confession.

Un monde parfait flic

Touchant et drôle, dur et cruel, c’est par ces sentiments mitigés et ses scènes aux antipodes que le film parvient à trouver son cœur de cible. Tout le monde se retrouve au moins une fois dans une des phrases de Butch, dans une des décisions du shérif Red, dans une des gamberges de la profileuse Sally ou dans un des actes de Philip. Sans être donneurs de leçons ni moralisateur, Un monde parfait parvient à saisir toutes les subtilités de l’être humain, aussi bien dans sa douceur et sa générosité que sa noirceur et son égoïsme, sans jamais être pataud et nous amener les situations avec des gros sabots. Et cela est possible grâce à la brillante écriture (le scénariste retravaillera avec Eastwood par la suite) et aux talents des acteurs. Même la musique, jamais acidulée ou provocante, provoque ce sentiment de nostalgie, le sentiment d’être retombé en enfance.

Un monde parfait début

Road movie mélancolique, Un monde parfait est d’autant plus surprenant qu’il joue la carte du cynisme dans son titre. Car si l’innocence est bel et bien mis en avant, la vie ne fait pas de cadeaux et le personnage de Butch montre qu’il faut parfois savoir tirer profit de son prochain pour avancer et se sortir de situations délicates. Mais derrière toute cette couche de violence et de force de caractère se cache un enfant qui n’a pas eu la chance d’être entouré d’amour et de compassion, ce qui l’a transformé en ce qu’il est. Un film sur la vie et sur les choix plus ou moins réfléchis qu’on peut faire et qui trace notre sillon. Un sillon qui reste malgré tout sans retour possible.

8/10

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