Archives de Catégorie: Drame

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux Spivet – Jean-Pierre Jeunet (2013)

TS Spivet

Si Jean-Pierre Jeunet a choisit l’enfance comme terrain de jeu, c’est pour mieux évoluer. En adaptant le roman d’un écrivain qui s’est lui même inspiré d’Amélie Poulain, le risque était évident de voir le cinéaste sombrer dans la redite mais il n’en est rien. Même si le film garde une part profondément humaniste, mélancolique, candide et poétique, les deux œuvres n’ont absolument rien à voir. Jeunet semble parti pour se réinventer en matière de style avec ses filtres couleur sépia qui disparaissent au profit d’une imagerie du grand Ouest d’une beauté à couper le souffle. Mais on est bien loin de la force d’un Mud et ce voyage initiatique pour le jeune Spivet, malgré les quelques aventures dramatiques qui ponctuent son chemin, se fait sans trop d’embûches alors qu’il y avait possibilité à créer une vraie aventure humaine avec ses hauts et ses bas. Le studio avait également Wes Anderson ou Tim Burton dans le collimateur mais c’est Jeunet qui se proposera et qui empochera le script, devant se satisfaire d’un casting prédéfini. D’ailleurs, le jeune acteur Kyle Catlett s’en sort plutôt bien malgré des mimiques énervantes. Souvent comparé à Hugo Cabret pour son utilisation de jeunes acteurs et de la 3D, les films n’ont bien entendu rien à voir et Jeunet épouse davantage la forme de l’histoire de feu de camp que du conte.

8/10

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Prisoners – Denis Villeneuve (2013)

Prisoners

Continuant sur sa lancée d’un cinéma de plus en plus proche du spectateur à l’aide d’un ultra réalisme amené par la facile identification aux personnages et la mise en scène sobre mais léchée, Villeneuve donne un sacré coup de fouet au polar en signant Prisoners. Après avoir accusé la comparaison avec Zodiac, lequel partage quelques similarités dans son traitement du bourreau et son esthétique visuelle, les deux long métrages sont aux antipodes dans leur vision de l’enquête. Là où le Fincher était minutieux et méticuleux et où les personnages cherchaient à gratter le vernis jusqu’à s’en arracher les ongles, Prisoners ne garde de ce caractère que le professionnalisme de l’inspecteur incarné par Jake Gyllenhaal (tiens, encore une coïncidence), lequel bouffe l’écran à chacune de ses apparitions, évinçant même la prestation tout en férocité de Hugh Jackman. Villeneuve préfère dresser le portrait de deux familles complètement différentes mais réunies dans la douleur. En multipliant les points de vues objectifs (l’enquêteur) et subjectifs (la famille), Villeneuve garde constamment le fil de son enquête durant les 2h30 de bobine et se permet des twists plutôt osés en cours de métrage. Jamais le rythme ne pâtit d’une quelconque longueur et même si la découverte du coupable se fait sans véritable grande surprise à celui qui sait garder les détails en tête, Prisoners a le mérite d’apporter un peu de sang neuf à un genre tombé en désuétude depuis quelques temps.

8,5/10

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The Deep – Baltasar Kormakur (2012)

The Deep

Ça, pour l’avoir eu bien profond, on l’a eu. Kormakur, ça doit vouloir dire « enculer les mouches » en islandais tellement son film n’atteint jamais l’ampleur espérée, la faute à un rythme digne d’un téléfilm France Télévisions avec Thalassa en sponsor. Alors qu’il tenait un solide fait divers qui aurait pu accoucher d’un survival maritime introspectif, il se contente de nous balancer un naufrage filmé avec les pieds et une errance de 10 minutes top chrono sur 1h30 de bobine. Le reste du temps, on voit le quotidien d’un type avec lequel on a aucune empathie et qu’on aurait aimé voir mourir noyé pour ajouter de l’action et raccourcir le film. Survivre, c’est bien ce que j’ai essayé de faire pendant le visionnage…

1,5/10

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Bellflower – Evan Glodell (2011)

Bellflower

Il ne suffit pas d’être tapageur ou provocateur pour s’élever au panthéon des œuvres underground culte. Il faut aussi que le sujet traité est un minimum de cohérence, que la patte artistique soit au service du scénario et que le projet ne soit pas une finalité en soi. Doté d’une esthétique assez repoussante pour certains, Bellflower surprend son monde en allant chercher du côté le plus crade et inutilisable du spectre des couleurs, rendant sa pellicule dégoulinante, sale et donc underground. Mais tout n’est pas dans l’apparence, surtout lorsqu’on cherche à mettre en scène des personnages à l’avenir incertain, sans morale et au nihilisme incroyablement porté aux nues.

Bellflower couple

Si le film ne fonctionne pas, c’est par ce trop plein de bonne volonté qui rendent l’expérience trop auteurisante, trop froide. Evan Glodell semble vouloir mettre en image tout ce qu’il aime dans le cinéma, utilisant des procédés qui n’ont pas toujours leur place et qui empêchent toute, si toutefois il y en a une. Car l’idée de romance dépeinte à travers les yeux de ce fan hardcore de Mad Max nécessiterait des heures de psychiatrie. Vulgaires adulescents en quête de sensations fortes, leur passage à l’âge adulte doit être à marquer d’une pierre blanche, aussi restent-ils perpétuellement abreuvés d’alcool, en quête du déclic qui va les faire vriller.

Bellflower voiture

Et tous ces flash-back et flash-forwards incompréhensibles, cherchant à donner un aspect faussement intello au film, ne font que souligner la limite d’un tel exercice de style. Bellflower aurait du se contenter d’être un court métrage et aurait ainsi gagner en intensité et en sincérité.

5,5/10

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Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee (1960)

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Récit initiatique à ranger aux côtés des Aventures d’Huckleberry Finn, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est ce type de roman qui nous marque profondément et dont on comprend à l’issue de sa lecture la trace profonde qu’il a laissé dans les esprits et la littérature américaine. Sans jamais perdre de vue son sujet; qui est la perte de l’innocence et non pas la lutte contre le racisme comme on pourrait le croire; le livre d’Harper Lee parvient à relever plusieurs défis de taille: dresser le portrait d’une Amérique puritaine et ségrégationniste sans jamais prendre parti, émouvoir en écrivant une histoire intemporelle et intergénérationnelle et obtenir le prix Pulitzer, reconnaissance ultime du génie créatif.

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur manif

 

Unique roman d’Harper Lee, elle a préféré garder ses écrits suivants plutôt que de les publier, sachant pertinemment qu’elle ne parviendrait pas à rendre une copie supérieure à son coup d’éclat. Car ce qui fait la force du roman, c’est cet équilibre constant entre autobiographie (l’image du père, le quartier,…) et fiction (l’intrigue principale). Elle y met toute son énergie et toute son âme pour rendre vivant la moindre scène, cherchant constamment à immortaliser chaque personnage par une réplique ou une mimique qui lui est propre. Si le rythme en dents de scie peut gêner, il prend tout son sens lors de la fameuse scène du procès, pierre angulaire de l’histoire autour de laquelle vont graviter tous les protagonistes longuement dépeints.

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur maison

L’entrée dans le monde adulte pour la jeune Scout (une dizaine d’années au bas mot) se fait de manière brutale et sans filtre. Son père, le charismatique Atticus, préfère répondre en toute franchises aux questions curieuses de sa fille plutôt que de lui masquer la vérité. Cette façon de faire empêche son fils et sa fille de vivre une enfance comme les autres mais leur permet d’être beaucoup plus matures que leurs camarades, ce qui rend l’identification plus facile pour le lecteur. Même si certaines peurs ridicules, certains tracas du quotidien peuvent prendre une ampleur démesurée vu à leur hauteur, ça n’en reste pas moins un procédé d’écriture intelligent qui fait toute la saveur du roman et qui le fait entrer au panthéon des romans didactiques sur l’enfance.

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