Archives de Catégorie: Documentaire

Frost/Nixon, l’heure de vérité – Ron Howard (2008)

Frost Nixon

Ron Howard surprend son monde en offrant un film rondement mené au sujet rarement abordé au cinéma. Si l’interview entre David Frost et Richard Nixon aurait pu largement être ennuyeuse, il décide d’habiller le tout avec les codes d’un genre inhabituel pour le film politique: le sport. Filmé tel un ring de boxe, le salon où les deux personnages vont se confronter est plongé dans le noir, contrastant avec les puissants éclairages qui illuminent leur visage. Chacun a ses tics de langage, tels des réflexes de combattants, ils sont tous deux coachés par une équipe qui s’investit au maximum mais qui ne peut plus faire machine arrière une fois le round lancé. Et nous voila parti pour un combat titanesque où personne ne laissera une once de terrain à son adversaire. Un peu creux tout autour de la préparation physique des deux poids lourds mais c’est sans mentir le combat du siècle.

7/10

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Samsara – Ron Fricke (2011)

Samsara

Avec Samsara, Ron Fricke construit son propre mandala. Les images qu’il nous montre peuvent à tout moment être balayés du monde par un quelconque phénomène. Mais tous ses grains de poussière, ses pixels accrochés les uns aux autres, forment un tout, un cycle qui ne s’interrompt que pour se répéter indéfiniment. La force du documentaire vient de la qualité et la rareté incroyable des images qu’ils volent au monde (l’entraînement militaire chinois, le pèlerinage à La Mecque,…), concentrant ainsi la force de l’être humain sur pellicule mais aussi sa faiblesse (pensée unique, surexploitation de sa planète,…).

Samsara Birmanie

Au départ, le film peut choquer par son hermétisme et son absence de voix-off. Mais ce serait se tromper que de s’arrêter aux premières images alors que le film forme un tout indissociable où chaque scène se répond et où les contrastes se multiplient pour montrer la complexité et l’absurdité de notre planète. On passe du désordre à l’ordre, du bien au mal, de la création à la mort, tout en suivant un fil directeur un peu succinct mêlant l’homme, la spiritualité et la nature. Le 70mm utilisé par Ron Fricke permet une profondeur de champ impressionnante, la mélancolie des plans accentué par la bande originale tantôt lyrique, tantôt électronique. Samsara est un kaléidoscope d’émotions, un prisme de notre société violente, abrutissante mais qui dissimule des merveilles derrière chaque être humain (le mandala créé par les moines, la danse finale,…).

Samsara Chine

Cette idée de cycle, de flux repris dans le titre est mis en avant par l’utilisation du time lapse, cette technologie qui consiste à montrer la course du temps en accéléré. Les villes deviennent alors de véritables fourmilières multicolores, la foule tournant autour de la Kabba de La Mecque se transforme en trou noir absorbant toutes les prières des fidèles, les ouvriers des abattoirs se transforment en simples robots dénués d’émotion. Et Samsara se basant sur 10 années d’archives, cette accélération des us et coutumes permet de voir une frise chronologique en un temps records. L’expérience est grisante et inqualifiable. A mettre entre toutes les mains !

8,5/10

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Zero Dark Thirty – Kathryn Bigelow (2013)

Bigelow retire les cadavres planqués sous le tapis avec énormément de ferveur !

Bigelow retire les cadavres planqués sous le tapis avec énormément de ferveur !

A moins d’avoir vécu dans une grotte ces dernières années (joke inside), vous n’êtes pas sans savoir que Ben Laden a longtemps été l’homme le plus recherché du monde entier. Sa traque ayant pris fin le 2 Mai 2011, le peuple américain, vivant sur des charbons ardents depuis le 11 Septembre 2001, a pu relâcher la pression. Presque 10 ans de terreur et de peur du lendemain. 10 ans de recherche intensive et de lutte contre le terrorisme de par le monde. Et ce sont ces dix années que Bigelow décide d’humaniser par l’intermédiaire de Maya, une patriote qui va en voir de toutes les couleurs sous la bannière étoilée.

Le travail de toute une vie...

Le travail de toute une vie…

Et la vie est loin d’être rose à la CIA. Pas de favoritisme ni de délicatesse car lorsqu’il s’agit d’une affaire d’état, la parité n’est jamais oubliée. Maya assiste à son lot de tortures, d’interrogatoires musclés, de filatures et d’attentats. La traque est un travail de longue haleine mais malgré la difficulté du terrain et le danger du quotidien, elle ne lâchera jamais sa proie. Figure de proue de son film, Kathryn Bigelow décide de faire de son agent féminin une Walkyrie vengeresse, une Amazone déterminée, qui essuiera les échecs avec un déterminisme affolant. Jessica Chastain intègre parfaitement l’état d’esprit du personnage et délivre une prestation bouleversante, éreintante et qui la range parmi les femmes les plus couillus de toute l’histoire du cinéma.

On est jamais à l'abri du danger, même en terrain neutre.

On est jamais à l’abri du danger, même en terrain neutre.

Sans jamais sombrer dans le cliché patriotique écoeurant ni dans le biopic édulcoré, Bigelow nous montre la réalité du terrain, aussi bien militaire que politique. De toute évidence, tout se joue à la tête du gouvernement et c’est un jeu du chat et de la souris interminable que la CIA et l’armée vont se livrer, repoussant l’échéance inévitable d’un assaut qui portera ses fruits. Malgré l’assurance et la foi inébranlable de l’instigatrice du dossier, l’attente s’allonge et les risques potentiels d’attaques envers les Etats-Unis augmente, le Pakistan et l’Afghanistan étant soumis à la rude épreuve des raids américains.

L'enquête est fastidieuse mais jamais inintéressante.

L’enquête est fastidieuse mais jamais inintéressante.

On ne connaîtrait jamais tous les tenants et les aboutissants du dossier, la réalisatrice ayant été charcuté de près d’une demie-heure de scènes délivrant trop de « secrets d’état ». Ultra documenté et ultra réaliste, Bigelow se fera tout de même plaisir en montrant des scènes de tortures dévalorisant le travail de la CIA et transformant cette soi-disant lutte contre le terrorisme en une vulgaire vendetta. Ce prologue violent trouvera un écho dans l’épilogue nous montrant le raid lancé contre la forteresse de Ben Laden à Obbottabad, opération commanditée par le président et chapeautée depuis le début par Maya.

On reconnaît bien là l'ultra réalisme tactique dont sait faire preuve la cinéaste.

On reconnaît bien là l’ultra réalisme tactique dont sait faire preuve la cinéaste.

Et la tension est palpable,d’autant qu’elle est exponentielle au fil de l’avancée de la mission. Chaque porte explosée, chaque tir, chaque paroles nous font sursauter ou fondre dans notre siège. La qualité du son est telle qu’on a l’impression d’assister, tel un spectateur impuissant, à la fin d’un règne: celui d’Al Quaïda et de son leader le plus charismatique et controversé de l’histoire du terrorisme. Une fois la pression retombée, on se rend compte de l’horreur et de la réalité de la guerre. Des innocents paient le prix fort pour une djihad qu’ils n’ont pas voulu. La volonté de peu d’hommes peut entraîner tant de dommages collatéraux, d’autant que les Américains sont connus pour adopter la loi du talion.

On pousse un grand soupir de soulagement en même temps que Maya qui découvre le corps de Ben Laden.

On pousse un grand soupir de soulagement en même temps que Maya qui découvre le corps de Ben Laden.

Zero Dark Thirty n’a pas volé ses nominations aux Oscars et aux Golden Globes tant il est rare de voir des films qui s’investissent autant dans le climat politique et militaire américain avec une vision si propre de tout chauvinisme dégoulinant. Et sortir un tel film moins de 2 ans après la mort de Ben Laden, ça montre que Kathryn Bigelow n’est pas prête d’abandonner sa paire de cojones.

8,5/10

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Hôtel Woodstock – Ang Lee (2009)

L'affiche déborde d'amour et de bons sentiments. Comme le film en fait...

L’affiche déborde d’amour et de bons sentiments. Comme le film en fait…

Je ne suis pas particulièrement fan du travail d’Ang Lee. Ce qui m’a poussé à voir ce film, c’est que je m’attendais à avoir un mix entre Las Vegas Parano, le cinéma de Wes Anderson et un travail de fond un peu plus nuancé sur le début des 70’s. Évoquez maladroitement le Vietnam avec un personnage inutile, être manichéen au possible en montrant que les gentils hippies ne veulent que paix et sérénité et ne pas se concentrer sur l’aspect sociétal de l’évènement (comme le fait que ça n’arrive qu’une fois et que l’état apprend de ses erreurs), ce sont des erreurs de fond qui plombent injustement la bonne volonté du cinéaste.

Sur les milliers de figurant(e)s employé(e)s, seuls une dizaine jouent à poil. Et pas les plus joli(e)s...

Sur les milliers de figurant(e)s employé(e)s, seuls une dizaine jouent à poil. Et pas les plus joli(e)s…

La nudité face à l’adversaire qu’est le public (à savoir ceux qui assistent et n’agissent pas), c’est un point de vue intéressant. Et c’est d’ailleurs l’un des cheval de bataille de la génération hippie. Alors pourquoi resserrer son récit sur une affaire familiale, qui plus est pas très intéressante ? Pourquoi ne pas avoir utilisé ce jeune homme sur qui tout le festival repose pour en faire une sorte de faire-valoir de la liberté individuelle, permettant ainsi au cinéaste de donner son véritable avis sur la question. Avec ce film, on se sent frustré de n’avoir côtoyé qu’une infime partie du bordel qu’a pu être ce festival.

Le pluralisme et la liberté sexuelle dont ils font preuve sont encore un moyen de se démarquer du reste du monde.

Le pluralisme et la liberté sexuelle dont ils font preuve sont encore un moyen de se démarquer du reste du monde.

Passez la liberté de ton absente qui rend niais le personnage principal et taiseuse son envie d’en finir avec le monde connu (comprendre découvrir de nouveaux horizons), on est en face d’un bon petit film, qui fait passer le temps, une B.O entêtante dans les oreilles. L’humour de certaines scènes passent plutôt bien et rend attendrissant le spectacle. Il est juste dommage de passer rapidement sur les faits et de rendre superflu de telles dérives administratives. Et même si on s’attendait à voir de nombreux clichés sur les hippies, ceux sur les Juifs sont traités honteusement (la mère juive qui cache son magot aux yeux même de sa famille !)

J'avais pourtant dit à ma mère de ne pas mettre de photos de ma chambre sur Internet !

J’avais pourtant dit à ma mère de ne pas mettre de photos de ma chambre sur Internet !

Au niveau visuel, c’est pas moche du tout, Ang Lee se permettant même une reconstitution fidèle, le plan séquence du motard arpentant la foule de spectateurs en montrant long sur l’effort considérable fourni pour atteindre un degré de sincérité bluffant. On vit, on mange et on baise hippie. Par contre, il aurait pu se calmer sur les split-screens qui, loin de servir la narration vu qu’ils sont ni intelligents ni maîtrisés, donnent la nausée les lendemains de réveillon. Un semi-effort qui montre encore une fois que le talent ne pousse pas sur les arbres.

Imaginez tout ça en mouvement en essayant de deviner quel personnage de quelle scène parle...

Maintenant, imaginez tout ça en mouvement en essayant de deviner quel personnage de quelle scène parle…

Sympathique tentative de renouer avec un des mythes américains, Hôtel Woodstock se prend les pieds dans le tapis par sa naïveté confondante et son étude inintéressante de la jeunesse perdue. Comme toutes leurs erreurs dans leur passé sanglant, on va vite l’oublié ce film.

6,5/10

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Troll Hunter – André Øvredal (2010)

L'affiche est le seul élément à sauver du naufrage.

L’affiche est le seul élément à sauver du naufrage.

On m’a toujours dit de ne pas se moquer des plus petits que soi. Mais on m’a jamais rien dit sur les plus grands. Je vais donc pouvoir m’en donner à coeur joie en annonçant que ces trolls sont ridicules. Mais ça n’est pas de leurs fautes après tout. Ils sont juste animés comme ça, dans des paysages aussi déserts que le script qu’on a fourni aux acteurs. Sérieusement, on est en face d’un nanar de compétition où l’improvisation des répliques nous emporte dans un délire brumeux, dans lequel le procédé du found footage reste le seul point positif du film.

Le type était en train de pêcher pèpère au bord du lac Tyrifjord quand on est venu le chercher pour tourner 2 ou 3 scènes...

Le type était en train de pêcher pépère au bord du lac Tyrifjord quand on est venu le chercher pour tourner 2 ou 3 scènes…

Et encore, lorsque ma vie est en jeu, je ne perd pas mon temps à filmer ce qui me suit ou à tenter d’accoucher d’un truc classieux en mode vision nocturne. Non, je me carapate vite fait en prenant mes jambes à mon cou, surtout quand la bestiole fait la taille d’un sapin millénaire. On ne s’affectionne jamais des étudiants tellement leurs actes sont aussi imprévisibles qu’immatures. Tout ce qu’on espère, c’est que les trolls s’en servent comme cure-dents tellement ils nous font chier à tenter de nous faire gerber par des mouvements de caméra aussi brutaux qu’inutiles. Leur personnalités aventureuses mais insipides me donnait envie de leur cracher dessus à chacune de leurs interventions.

Le found footage montre vite ses limites quand la moitié de ce qui t'es montré ne sert à rien...

Le found footage montre vite ses limites quand la moitié de ce qui t’es montré ne sert à rien…

Mais le pire n’est pas les jeunes corniauds qui, à chaque reprise, retournent à l’abattoir dans l’espoir de pouvoir s’assurer avec certitude la véracité de l’expression « avoir une haleine de troll ». Le pire, c’est cet espèce de plouc des fjords qui essaient de nous faire croire à l’existence des trolls. La seule chose qui nous fera croire à ses inepties sera de voir la bestiole en chair et en os. Rien de tout ce qu’il nous dira ne sèmera le doute chez nous jusqu’à ce moment précis. On a vraiment l’impression d’avoir à faire à un doux dingue, qui déblatère sur l’utilité des lignes à haute tension pour retenir les trolls dans leur territoire. Son pote de l’état en tient une sacrée couche aussi (il faut le voir leurrer les journalistes avec des fausses empreintes d’ours, c’est hilarant).

Mes films de vacances sont beaux aussi. Je les sors pas en salles pour autant.

Mes films de vacances sont beaux aussi. Je les sors pas en salles pour autant…

Aucune sensation de terreur face au gigantisme des monstres, aucune empathie envers la mort de leur cameraman (les personnages aussi s’en foutent, ça nous fait un point en commun), aucune vision personnelle de la mythologie. Rien ne donne envie si ce n’est admirer la qualité des CGI employés pour animer les bébêtes. Là dessus, j’ai pas grand chose à dire si ce n’est que c’est plutôt réussi, même si certaines espèces se tapent une tronche de cake pas possible (ceux de la mine, on dirait Depardieu avec des poils sur le visage). On aperçoit 50 fois le même décor en fond, preuve qu’ils tournent en rond et qu’ils cherchaient après le scénario qu’il avaient perdus dans la forêt ou ailleurs.

C'est sans doute le vent qui a fait ça...

 » – C’est sans doute le vent qui a fait ça… »

On dirait sincèrement qu’on assiste à un long métrage réalisé par l’équipe du Groland. Un « documenteur » à l’arrache, où l’humour qui se dégage de certaines situations tombe à plat lorsque l’on se rend compte que tout ce qui se dit est fait avec le plus grand sérieux du monde. Je déteste mettre des sales notes mais celui là ne mérite même pas de dépasser la moyenne de la moyenne.

2,5/10

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