Ubik – Philip K. Dick (1969)

Ubik

Dopé aux amphétamines, Philip K. Dick a toujours eu une imagination débordante. Ses univers, aussi étranges et éloignés de notre réalité soient-ils, sonnent toujours comme véritables et authentiques par la qualité des dialogues et des personnages. Ubik sonne comme son oeuvre somme, où toutes ses préoccupations matérielles, politiques et religieuses sont condensés dans ses 300 pages de pur anachronisme éreintant. Car oui, la lecture d’Ubik est difficile tant chaque scène annule la précédente, tant la multitude d’idées de l’écrivain est étalée là, sur le papier, sans autre forme que la linéarité d’un récit aux ficelles parfois tendues à l’extrême par l’impossible caractérisation du personnage, parfois flottantes au gré de notre propre perception de cet univers étrange.

Ubik désodorisant

En plus de la confrontation des univers parallèles, Dick se livre à une bataille acharnée entre des doctrines opposés. Ainsi, le capitalisme qui semble faire loi dans le futur imaginé par l’écrivain (les dirigeants sont des grands chefs d’entreprise) se frotte sans cesse à ses personnages libéraux, idéal mené par le personnage de Joe Chip. La grande idée de l’auteur, c’est que la capitalisme ne soit plus une limite mais un art de vivre. Aussi, les équipements de tout l’appartement sont payants: de la cafetière payante à la porte à la serrure tirelire, en passant par le frigo qui reste scellé si l’on n’insère pas un billet, le capitalisme est ce que l’on en fait. Notre soif de consommation nous est renvoyé en plein visage et tout le monde se voit logé à la même enseigne. Quoi de plus cynique qu’un homme restant enfermé chez lui car il n’a pas la monnaie nécessaire pour sortir de chez lui ? Cette faculté de Dick de diffuser des propos sérieux dans un cadre anodin du récit est sa plus grande force.

Ubik femme

Il faudra certainement plusieurs lectures afin de saisir toute la portée de ce roman monumental qui s’inscrit d’emblée comme une oeuvre intemporelle. Mais qu’est-ce donc au regard du génie qui transparaît à chaque paragraphe, tout autant visionnaire que dépressif, ne laissant aucune place à l’espoir au fur et à mesure que le temps s’écoule, dans un sens ou dans l’autre. Il a été dit que Michel Gondry souhaiterait adapter ce chef d’oeuvre et je ne m’en réjouis pas d’avance. Je préférerais qu’il reste en état de semi-vie, à l’instar de ses héros déterminés à mourir pour une cause qui n’en vaut plus la peine. Ubik doit toujours et resté l’image que ce fait le lecteur de sa propre utilité et de sa propre existence.

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