Samouraï sans honneur – Hideo Gosha (1966)

Samouraï sans honneur

Insatiable et désireux de se renflouer après l’échec de son diptyque Kiba, Hideo Gosha choisit un plan de bataille audacieux. En réactualisant le mythe du sabreur manchot et borgne, il renoue avec les valeurs traditionnelles du chambara, tout en continuant à psalmodier son point de vue cynique, désabusé et pessimiste sur la corruption de la société féodale. Cette renaissance se veut tout d’abord visuelle par l’apparition de la couleur dans la filmographie du maître. Mais bien qu’elle lui permette d’ancrer son cinéma dans une ère plus moderne, les deux forces qui s’opposeront (le marginal contre le pouvoir) seront sans cesse vêtus de noir et de blanc, comme un ultime rappel à son cinéma ultérieur.

Samouraï sans honneur espion

Le personnage de Tange Sazen, l’un des piliers de la culture japonaise (à l’instar de Zatoichi ou du sabreur manchot de Chang Cheh), s’intègre parfaitement dans le discours du cinéaste. Marqué à vie par des hommes avides de pouvoir, il se verra amputé de son aveuglement pour la cause d’un chef et de son code d’honneur du samouraï, en perdant tout à tour son œil et son bras armé). Mais ce marginal, qui n’aura de cesse de croiser le destin d’autres personnages tels que lui, reste une plaie pour la société car son maniement exceptionnel du sabre ne permet pas à la classe supérieure de le hiérarchiser en vagabond ordinaire. De plus, son visage d’une laideur incroyable le rend démoniaque, sorte de symbole vivant d’une société corrompue jusqu’à la moelle.

Samouraï sans honneur jarre

Si l’intrigue basique se suit sans peine, on peut regretter le manque de développement qui incombe aux personnages, la faute à une galerie trop nombreuse de seconds couteaux et d’une volonté de Gosha de redonner un côté plus divertissant au genre, la faute à l’utilisation d’un personnage populaire qu’il n’a pas créé lui même et dont il ne parvient pas réellement à saisir l’essence. Cependant, ses trouvailles visuelles sont toujours présentes, comme ce travelling saisissant où une jarre censée représenter la fortune passe de main en main, à l’image d’un relais du pouvoir. Cette science du cadre parfait, qu’on retrouve également chez son cousin maudit Kurosawa, permet au film de garder une continuité artistique avec ses autres longs métrages.

Samouraï sans honneur prostituées

Plus fun mais moins intéressant que d’habitude, Samouraï sans honneur peut se voir comme le film parfait afin de débuter la filmographie du réalisateur. Même s’il ne brille pas la qualité de son script et de ses répliques, l’aspect visuel allié à la maîtrise du genre en font une excellente initiation au chambara. Et le visage balafré de Sazen vaut le coup d’œil…

6,5/10

Publicités
Tagué , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :