Lone Ranger – Gore Verbinski (2013)

Lone Ranger

Après avoir essoré la franchise Pirates des Caraïbes et l’avoir vidé de sa substantifique moelle, la bande à Verbinski (comprenant entre autres Jerry Bruckheimer et Walt Disney) se penche sur le cas d’un héros typiquement américain, le Lone Ranger. Ce cowboy masqué, accompagné de son fidèle ami Tonto, représente un duo très singulier dans l’imagerie du pays. A eux deux, ils incarnent l’histoire et les traditions séculaires, le yankee cultivé et le Comanche sauvage, la justice et et les Natives Americans. Si le genre se prête à les faire se détester pour nourri des intrigues toujours plus violentes, le divertissement familial les fait se réunir en une équipe soudée où chacun apprend de la culture de l’autre pour donner naissance à une nouvelle définition de la justice. Et de l’exécution punitive du scalp au jugement et plaidoyer d’une cour, le juste milieu est la vengeance dont fera preuve le candide John Reid.

THE LONE RANGER

Le film étant estampillé Disney, le tandem ne nourrira aucunes scènes violentes, la seule pouvant être mise à leur crédit perdant de son impact par l’utilisation de blagues permettant d’adoucir leur acte (la scène de la grange). Mais ce qui est surprenant, c’est que tous les personnages qui graviteront autour d’eux ne subiront pas le même traitement et paraissent tout droit sortis d’un véritable western adulte et mature, les morts expéditives et violentes n’étant jamais suggérées. Même les personnages récurrents sont présents, coincés entre le clin d’œil introduit au forceps (la prostituée incarnée par Bonham Carter qui ne sert strictement à rien) ou le pilier de l’intrigue qui apporte ce souffle sanguinolent à la pellicule (William Fichtner impérial en gangster édenté). Un mélange entre respect du genre et de ses codes et assainissement du contexte pour la cause juvénile (les Comanches passent pour des rigolos fumeurs de pipe).

Lone Ranger montre

Véritable manne financière, le personnage du Lone Ranger a vu déjà moults adaptations sous tous les supports envisageables depuis sa création en 1933. C’est en se réappropriant son univers dans les grandes largeurs (on a heureusement échappé à la 3D) que Gore Verbinski et son sens inné du spectacle tonitruant va pouvoir s’en donner à cœur joie en alignant les scènes d’actions aussi rares que jubilatoires. Rares car le film est terriblement long pour ce qu’il raconte, s’attardant sur de menus détails peu utiles et surexplicatifs plutôt que de laisser l’atmosphère et les personnages agir au lieu de parler. Et si le film s’ouvre et se clôture sur de véritables grands huit aussi bien pyrotechniques que rythmiques (la poursuite en train sur du Rossini est jouissive), l’ennui pointe le bout de son nez et se distille au gré des 149 minutes que dure le long métrage.

The Lone Ranger

Côté interprétation, on pouvait s’y attendre sans mal, Johnny Depp fait du Johnny Depp. Ou plutôt du Jack Sparrow. A base de mimiques, sa prestation n’a rien d’exceptionnelle et il se contente de surfer sur sa vague de popularité. Un peu à la manière d’Hans Zimmer qui nous ressort ses violons et ses tambours pour tenter d’insuffler un souffle épique qui est noyé dans les tonnes d’images vues et revues que sa musique nous inspire. Arnie Hammer, quand à lui, profite de la chance opérée par son rôle chez David Fincher pour se créer son trou et multiplier les expériences. La figure du playboy dans le blockbuster estival ne lui va pas trop mal et il apporte un vent de fraîcheur au monde poussiéreux du western avec sa bouille de jeune adulte et sa vigueur dans l’action. Mais le gros problème de Lone Ranger provient de la tentative d’apporter de la dramatisation au passé des personnages. Tonto aurait donc mérité un autre interprète que Depp pour apporter cette noirceur propice à son caractère et à sa quête de vengeance. Mais le PG 13 a encore frappé !

Lone Ranger masque

Heureusement que les paysages à fort potentiel sont là pour donner un peu de vie et de profondeur lors de certains scènes décisives (l’attaque nocturne des Comanches, l’envoi de l’éclaireur dans la gorge). Pas aussi intense que promis, pas aussi ridicule que prévue, Lone Ranger se regarde avec grand plaisir sans pour autant appeler à une suite évidente (la fin est d’ailleurs très claire sur ça). Cependant, la filiation méconnue entre le Lone Ranger et le Frelon Vert (déjà adapté par Gondry très récemment) pourrait donner des idées à certains producteurs cupides qui verrait là l’occasion d’opérer un diptyque complètement pourri qui ferait fuir les fans des deux films distincts. Espérons que la soif de l’or ait ses limites.

7/10

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