Archives Mensuelles: août 2013

Le dernier pub avant la fin du monde – Edgar Wright (2013)

The World's End

Ultime volet de la Blood & Ice Cream Trilogy initiée en 2004 avec le brillant Shaun Of The Dead, suivi du mitigé Hot Fuzz trois ans plus tard, The World’s End (le titre original est plus classe et plus court à écrire) sonne comme la fin de l’écho, les trois œuvres se répondant constamment par de multiples clins d’œils (à commencer par le duo d’acteurs principal) et des scènes toujours aussi jubilatoires et régressives. Et si le fameux écho se répercute encore assez, il est tout de même grand temps qu’Edgar Wright passe à autre chose tant la machine si bien huilée au début commence à prendre la rouille.  La vraie raison est certainement la VF obligatoire même dans des grandes villes, la faute à une distribution catastrophique. Mais aussi une seconde lecture moins réfléchie qu’auparavant. L’hommage aux films de science-fiction et d’envahisseurs extraterrestres est bel et bien présent (on pense tout du long à L’invasion des profanateurs de sépultures) mais est moins raffiné que chez ses deux prédécesseurs, Shaun Of The Dead en tête.

The World's End flic

Malgré le star system qui commence à entourer le duo Wright/Pegg (l’un signe avec Marvel, l’autre apparaît dans les franchises Mission Impossible et Star Trek), leur collaboration n’a rien perdu de sa superbe. Toujours le goût du bon mot et de la franche rigolade, le couple de scénaristes s’entoure d’un casting fait d’anciennes connaissances (des acteurs de Spaced sont présents) et de nouvelles recrues (Rosamund Pike mais aussi Pierce Brosnan). De plus, après avoir montré qu’il était capable de filmer des scènes d’actions immersives, délirantes et rythmées avec Hot Fuzz mais surtout Scott Pilgrim vs The World, le cinéaste remet le couvert avec une réalisation impeccable (la baston dans les toilettes en plan séquence est géniale).

The World's End voiture

Le principal problème vient du scénario qui peine à démarrer et pédale dans la semoule durant la première demie-heure, créneau fatidique pour une comédie. Mais le film se rattrape dès la présence de la fameuse menace, alignant les séquences cultes et bardées de références, des légendes arthuriennes aux Monty PythonSimon Pegg et Nick Frost tiennent encore et toujours la dragée haute au reste du cast, échangeant pour la première fois les caractères de leurs personnages. Et c’est dans la joie et la bonne humeur qu’on les voit courir leur barathon, au devant du danger, pour notre plus grand plaisir.

7/10

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Simone – Andrew Niccol (2002)

Simone

Critique satirique des technologies numériques utilisées au cinéma et de l’idolâtrie ayant cours à Hollywood, Andrew Niccol préfigure ce que les stars ont de plus en plus tendance à faire: s’inventer et se réinventer chaque jour une image pour continuer à faire les unes des magazines people. Si la notoriété ne tient évidemment pas qu’à la propension d’un acteur à défrayer la chronique, le cinéaste-scénariste ne s’attarde pas sur les talents. On aime Nicole car elle a un air qui ne nous est pas étranger. On repère dans son interprétation, quelque chose qui la différencie des autres actrices de sa génération et on se sent obligé de la porter aux nues, de lui offrir une couverture médiatique de plus en plus importante pour montrer ce que notre pays cache en son sein. Se démarquer des autres productions étrangères.

Simone Pacino

Plus qu’un simple divertissement mêlant habilement humour et drame, Simone est une vision désenchantée du cinéma américain actuel, adepte de la surenchère et du toc prémédité. Al Pacino est tout en retenue et même s’il paraît se retenir de jouer, c’est son personnage en retrait de sa muse qui veut ça. La mannequin Rachel Roberts (dont c’est la première apparition au cinéma) prête ses formes généreuses à l’avatar de Simone qui, après avoir connu le succès, s’unira au créateur de sa carrière (tout comme Pacino et Simone dans le film, Niccol et Roberts se sont mariés après le tournage). Pour dire que du virtuel naît le réel, il n’y a qu’un pas.

7/10

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Samsara – Ron Fricke (2011)

Samsara

Avec Samsara, Ron Fricke construit son propre mandala. Les images qu’il nous montre peuvent à tout moment être balayés du monde par un quelconque phénomène. Mais tous ses grains de poussière, ses pixels accrochés les uns aux autres, forment un tout, un cycle qui ne s’interrompt que pour se répéter indéfiniment. La force du documentaire vient de la qualité et la rareté incroyable des images qu’ils volent au monde (l’entraînement militaire chinois, le pèlerinage à La Mecque,…), concentrant ainsi la force de l’être humain sur pellicule mais aussi sa faiblesse (pensée unique, surexploitation de sa planète,…).

Samsara Birmanie

Au départ, le film peut choquer par son hermétisme et son absence de voix-off. Mais ce serait se tromper que de s’arrêter aux premières images alors que le film forme un tout indissociable où chaque scène se répond et où les contrastes se multiplient pour montrer la complexité et l’absurdité de notre planète. On passe du désordre à l’ordre, du bien au mal, de la création à la mort, tout en suivant un fil directeur un peu succinct mêlant l’homme, la spiritualité et la nature. Le 70mm utilisé par Ron Fricke permet une profondeur de champ impressionnante, la mélancolie des plans accentué par la bande originale tantôt lyrique, tantôt électronique. Samsara est un kaléidoscope d’émotions, un prisme de notre société violente, abrutissante mais qui dissimule des merveilles derrière chaque être humain (le mandala créé par les moines, la danse finale,…).

Samsara Chine

Cette idée de cycle, de flux repris dans le titre est mis en avant par l’utilisation du time lapse, cette technologie qui consiste à montrer la course du temps en accéléré. Les villes deviennent alors de véritables fourmilières multicolores, la foule tournant autour de la Kabba de La Mecque se transforme en trou noir absorbant toutes les prières des fidèles, les ouvriers des abattoirs se transforment en simples robots dénués d’émotion. Et Samsara se basant sur 10 années d’archives, cette accélération des us et coutumes permet de voir une frise chronologique en un temps records. L’expérience est grisante et inqualifiable. A mettre entre toutes les mains !

8,5/10

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La pierre et le sabre – Eiji Yoshikawa (1935)

La pierre et le sabre

 

La quête de la perfection n’a jamais autant d’exotisme et de raffinement que dans la littérature japonaise ayant trait aux samouraïs et leur fameuse quête spirituelle les amenant à trouver la Voie du sabre. Le regard respectueux de Miyamoto Musashi sur la nature, la religion et l’être humain est empreint d’une justesse de ton que l’on voit très rarement. La pierre et le sabre est le premier tome de la saga Musashi écrite par Eiji Toshikawa, auteur reconnu et réputé pour s’être intéressé de près à la vie et l’oeuvre de ce samouraï légendaire. Plus qu’une simple introduction à l’ère Tokugawa, ses préceptes politiques et ses codes moraux, c’est une véritable introspection à laquelle se livre l’écrivain, imprégnant son personnage de qualités propre au fantasme rêvé du samouraï et l’entourant de personnages plus ou moins secondaires faisant partie intégrante du folklore japonais.

La pierre et le sabre Miyamoto

Récit initiatique à part entière, les différentes parties peuvent se voir comme les actes d’une pièce de théâtre, comme des feuilletons spirituels où chaque épisode nous amène à une morale toujours plus intellectuelle et, bien qu’atteignant bientôt le centenaire, contemporaine. Car cette Voie du sabre recherché par Musashi, celle qu’il cherche à rejoindre en foulant d’innombrables sentiers, gravissant des dizaines de cols et de montagnes et combattant les maîtres d’armes des plus grands dojos et écoles de sabre, est l’ultime définition de la persévérance et de l’ambition. D’abord né paria jusqu’à devenir une légende vivante, il va écrire son histoire et montrer aux Dieux qu’il ne vénère pas (pour lui, l’être humain est supérieur à la divinité) qu’il peut s’accomplir jusqu’à être autant vénéré que leurs semblables.

La pierre et le sabre Musashi

 

La pierre et le sabre, malgré ses 840 pages, se lit avec une facilité déconcertante du à ses parties bien distinctes, nous amenant à nous interroger sur nous même. L’écriture est également faites de phrases simples mais qui contiennent de nombreux éléments à la fois philosophiques et psychologiques, comme si Yoshikawa était parvenu à entrer en phase avec le personnage dont il romance la vie à l’aide de ses alliés (la femme aimante, le jeune élève) et de ses ennemis (la vieille samouraï, le rônin brutal et Sasaki Kojiro, son plus grand rival), certains ayant par ailleurs réellement existé. Jonglant sans cesse entre descriptions de paysages sublimes et duels à la violence uniquement soulignée par des traits de caractère, le roman est à la fois un accomplissement de l’auteur (jamais de baisse de rythme) et une réflexion sur l’histoire de son pays dont la réputation des samouraïs et la clairvoyance de leur esprits semblent encore dominer les pensées des plus grands hommes japonais à l’heure actuelle.

La pierre et le sabre criterion

Adapté à de nombreuses reprises et sur de nombreux formats (mangas, roman, films, séries) jusqu’à être retranscrit dans d’autres civilisations (le personnage de Musashi aurait inspiré Luc Besson pour créer Léon), le premier tome de l’épopée de Musashi arrive à tisser des liens à la fois affectifs et spirituels avec le lecteur qui ne peut que chercher à dévorer la suite de ses péripéties et peut être réussir à percer, aux côtés du héros, ce qui fait l’essence même de l’Art de la guerre.

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Le Vol de l’Intruder – John Milius (1991)

Flight of the Intruder

C’est marrant à quel point on remarque le côté matriochka de ce film: c’est l’adaptation d’une biographie romancée mais Milius y met aussi sa vision de la guerre, lui qui n’a jamais pu entrer au service de l’armée. Les deux versions rêvées se répondent donc sans cesse et livre une vision de la guerre terriblement sarcastique, illusoire et politique. Toujours au service d’une virilité sans faille, le cinéaste nous emmène sur le front Nord-Vietnam prendre part à des bombardements soit disant stratégiques. Mais son couple de têtes brûlées (Johnson charismatique et Dafoe impérial) va livrer sa propre guerre, sous couvert de vengeance ou d’amour du risque. C’est dans ce côté satirique que Flight of the Intruder ressemble beaucoup à Platoon, toute la dernière partie dans la jungle envahie de Vietcongs étant un véritable hommage au film de Stone, le relais entre les deux étant bien entendu la mort du personnage de Willem Dafoe.

Flight of the Intruder Dafoe

Mais le fait qu’il ne fasse que survoler son sujet le rend bien moins spectaculaire que son aîné. Faisant la part belle au divertissement, on a droit aux passages obligés type Top Gun où tout le beau monde se retrouve au bar donnant lieu à une rixe, ou alors cette idylle entre Johnson et Arquette. C’est tout de même cher payé pour Milius qui parvient malgré tout à mettre son grain de sel et à livrer des images et des sous-entendus politiquement incorrects (la scène de la cour maritale, l’attaque du centre ville). Même si le budget alloué au réalisateur est conséquent, les scènes aériennes sont bourrées de CGI vraiment cheap et de bruitages qui ne sont pas rappeler ceux de Star Wars, 1er du nom. Flight of the Intruder nous donne une demie molle jusqu’au bout et ça n’est pas la happy end qui viendra entacher le film.

6/10

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