Un monde parfait – Clint Eastwood (1993)

Un monde parfait

Voir un film de Clint Eastwood, c’est avoir la certitude d’être saisi d’émotion et de vivre quelque chose de relativement intense. Même s’il n’était pas prévu d’échouer au poste principal d’Un monde parfait (Levinson et Spielberg avait été approchés), le script à tout pour lui plaire. Un portrait de l’Amérique, des personnages solitaires et une portée dramatique intéressante. Approchant la jeunesse sur fond de road movie policier, le duo formé par Kevin Costner et le très jeune T.J. Lowther est d’une justesse confondante, faisant s’aligner deux âges très différents mais deux expériences de vie similaires. Si l’un a eu une liberté qu’il ne demandait pas (la mère prostituée), l’autre est entravé par la religion qui lui est imposé par la sienne (sa mère est témoin de Jéhovah). Deux enfances gâchées, deux abandonnés de la vie qui se rencontrent, mais dont l’un peut être encore sauvé.

Un monde parfait Alaska

Forçant le trait sur le mélo dans certaines scènes qui tirent en longueur (le passage chez les fermiers noirs, le final), Un monde parfait se distingue tout de même par son rythme sans faille, ses répliques justes et vraies et ses personnages aussi tendres que complexes. Si la prestation de Kevin Costner est exceptionnelle, il faut également retenir celles de Clint Eastwood et de Laura Dern qui, partageant toujours l’écran dans des temps de présence très courts, parviennent à apporter une dimension plus profonde, plus humaine à la cavale du prisonnier. Dans cette fuite en avant vers un avenir incertain (Butch n’a qu’une carte postale comme guide), le spectateur parvient à déceler une envie de reconstruire sa vie, de réparer ses erreurs. Et c’est en kidnappant le jeune Philip que Butch va tenter de se réincarner en lui apprenant ses valeurs et en lui racontant son expérience, profitant de l’innocence du garçon pour faire son mea culpa et sa confession.

Un monde parfait flic

Touchant et drôle, dur et cruel, c’est par ces sentiments mitigés et ses scènes aux antipodes que le film parvient à trouver son cœur de cible. Tout le monde se retrouve au moins une fois dans une des phrases de Butch, dans une des décisions du shérif Red, dans une des gamberges de la profileuse Sally ou dans un des actes de Philip. Sans être donneurs de leçons ni moralisateur, Un monde parfait parvient à saisir toutes les subtilités de l’être humain, aussi bien dans sa douceur et sa générosité que sa noirceur et son égoïsme, sans jamais être pataud et nous amener les situations avec des gros sabots. Et cela est possible grâce à la brillante écriture (le scénariste retravaillera avec Eastwood par la suite) et aux talents des acteurs. Même la musique, jamais acidulée ou provocante, provoque ce sentiment de nostalgie, le sentiment d’être retombé en enfance.

Un monde parfait début

Road movie mélancolique, Un monde parfait est d’autant plus surprenant qu’il joue la carte du cynisme dans son titre. Car si l’innocence est bel et bien mis en avant, la vie ne fait pas de cadeaux et le personnage de Butch montre qu’il faut parfois savoir tirer profit de son prochain pour avancer et se sortir de situations délicates. Mais derrière toute cette couche de violence et de force de caractère se cache un enfant qui n’a pas eu la chance d’être entouré d’amour et de compassion, ce qui l’a transformé en ce qu’il est. Un film sur la vie et sur les choix plus ou moins réfléchis qu’on peut faire et qui trace notre sillon. Un sillon qui reste malgré tout sans retour possible.

8/10

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