Lawrence d’Arabie – David Lean (1962)

Lawrence d'Arabie

Après avoir lu Les sept piliers de la sagesse de T.E. Lawrence, il fallait immanquablement que je me tourne vers le biopic qui lui était consacré. Et même si l’attente est comblée par la vision d’une oeuvre pharaonique et intemporelle (le Blu Ray est magnifique), oeuvre qui aurait pu être ponctuée de passages ennuyeux au vu de sa durée fleuve (3h47 !), le mythe perd de sa superbe une fois la claque prise. Car les affrontements trépidants, les assauts dantesques des garnisons et les replis psychologiques du soldat (le livre est à la première personne) sont gommés de l’adaptation au grand désarroi du lecteur assidu qui a avalé les 1200 pages du livre et qui se voit lésé de scènes primordiales, à la seule fin du divertissement et du contentement des distributeurs.

Lawrence d'Arabie carte

Pas étonnant qu’il ait fallu attendre des années avant de voir apparaître la director’s cut qui rajoute 20 bonnes minutes au long métrage. Mais le film, s’il se regarde d’une seule traite, passe parfaitement, soulignant ainsi l’aisance du réalisateur avec les films monstrueusement épiques et le rythme soutenu du début à la fin. Même l’entracte, qui survient après 2 heures 30 de film, nous fait oublier que de l’eau a coulé sous les ponts depuis que l’on a inséré le disque dans le lecteur. Nous arrachant si aisément de notre canapé pour nous plonger dans le Moyen Orient des années 20, le chef d’oeuvre de David Lean n’épargne personne, bien qu’il faille s’accrocher pour pouvoir bénéficier de la plus belle récompense qui soit: avoir été un spectateur d’un conflit majeur.

Lawrence d'Arabie Turcs

Faisant fi de toute hiérarchie militaire, le personnage de Lawrence permet une identification rapide et ramène le film à hauteur d’homme, et non de guerrier ou de soldat. Loin d’être un vulgaire film de guerre, il amène avant tout une psyché profonde chez ses personnages et une odeur d’aventure et d’exotisme rarement vu au cinéma. Les plans de toute beauté se succèdent sur l’intégralité de la bobine, certains métaphorique, d’autres iconiques, montrant ainsi que chaque placement de caméra a été mûrement réfléchi en amont. Et que dire des thèmes orchestraux enregistrés pour l’occasion, mariant habilement l’amour du danger et le goût de l’épique. Véritable fresque aux dimensions humaines et cinématographiques immenses, Lawrence d’Arabie représente la quintessence du film d’aventure.

Lawrence d'Arabie attente

Mais tous ces beaux atours cache de bien vilaines choses. Le journal de combat écrit par T.E.Lawrence étant tellement complet et complexe, chaque interprétation de ses théories militaires est différente suivant le lecteur qui s’y plonge et je dois dire que je n’ai pas la même que Bolt et Wilson. Même si je dois avouer qu’ils sont des scénaristes incroyables (respectivement Le Bounty et Le pont de la rivière Kwaï), la bible stratégique qu’il avait entre les mains a été adapté à 50% de ses capacités. Si je reste persuadé que ce besoin est du à une économie de moyens (le budget aurait explosé si toutes les batailles avaient été filmées), je pense que cela aurait permis au personnage de Lawrence d’être encore plus précis, bien que l’esquisse soit déjà fortement satisfaisante.

Lawrence d'Arabie oasis

Cependant, j’ai été quelque peu déçu lorsque je me suis aperçu que dans la vision de Lean, T.E. Lawrence se transforme en un vulgaire boucher envers les Turcs, après avoir été humilié par une garnison dans la ville de Déraa. Cette scène, délicate mais primordiale, perd de son intensité lorsque l’on sait que c’est à ce moment crucial que le soldat anglais a pris conscience de son homosexualité, côtoyant presque un certain plaisir sadomasochiste tandis qu’il se faisait battre. Une psychologie du personnage nettement différente avec ma vision personnelle qui m’a empêché d’apprécier pleinement la dernière demie-heure. De plus, tout l’aspect mathématique et stratégique des assauts est passé à la trappe, privilégiant les relations diplomatiques et les luttes intestines dans les clans arabes pour le besoin du grand spectacle et du sensationnel.

Lawrence d'Arabie dague

D’une générosité maintes fois prouvé, d’une beauté lancinante et contemplative, la mise en scène de Lawrence d’Arabie est ce qui fait la force du film. S’il reste intemporel, il est par contre difficile de croire que le gante féminine apprécierait le spectacle. Seuls les hommes parlent et agissent, les femmes n’étant que des soutiens moraux aux victimes ou aux guerriers encore debout. Sans être machiste, Lawrence d’Arabie est avant tout un film de personnages, le portrait désenchanté d’un soldat ayant cru aux douceurs de l’Orient et aux charmes du désert, avant de perdre ses repères (la perte de la boussole est une scène clé) et de sombrer dans une folie où sa seule catharsis serait de se transformer en ce cliché de l’Arabe qu’ont les Occidentaux durant la première guerre mondiale: cruels et barbares.

9/10

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