Archives Mensuelles: juillet 2013

Metro Manila – Sean Ellis (2013)

Metro Manila

La jungle urbaine n’a jamais aussi bien porté son nom. Manille, la capitale des Philippines, est une fosse où s’entassent des milliers de fauves dont la survie ne dépend que de leur capacité à savoir se défendre et, parfois, attaquer. Sean Ellis a parfaitement compris la situation particulière de la ville et s’en entiche dans un drame poignant qui prend un virage habilement géré dans le thriller. A l’instar d’autres villes tels que Rio de Janeiro ou Kinshasa, Metro Manila et son regroupement d’une bonne dizaine de villes (dont Manille) est une vraie manne pour la souffrance et la pauvreté. Et malgré tous les efforts du cinéaste pour ne pas sombrer dans le misérabilisme gratuit, son script contient quelques éléments dont on aurait pu se passer (la dent gâtée de la petite fille, le troisième enfant en route,…).

Metro Manila famille

Alliant mise en scène soignée et style documentaire (un peu à la manière de Tropa de elite), le tournage étalé sur seulement 30 jours est une vraie leçon de cinéma lorsqu’on aperçoit le résultat. Car rien n’est laissé au hasard, tout est calculé et jamais le terme amateurisme ne nous vient à l’esprit. Sean Ellis a une véritable vision artistique et un sens du détail rare. Sur deux heures, les possibilités de faux jeux sont légions mais la famille réunie pour l’occasion est vraie, amenant une sensibilité incroyable aux scènes émotives (et il y en a). Et si certains acteurs cherchent à cabotiner ou à sortir du cadre réaliste installé par Ellis, la musique de Robin Foster se charge de réintégrer leur prestation dans le moule en livrant une partition à la fois mélancolique, grisante et collant parfaitement aux images.

Metro Manila douche

Une belle surprise qui détonne dans un cinéma indépendant et estival, où les drames survendus par les festivaliers sont toujours propice à un débordement de pathos écœurant. Sean Ellis se contente de nous montrer une tranche de vie de gens qui ont moins de chance que nous autres, dans un monde qui ne pardonne pas ceux qui ont les poches vides. Violent dans son pessimisme latent, Metro Manila parvient tout de même à nous offrir une bouffée d’oxygène au détour d’un échappatoire mérité. Saisissant, intelligent et bouleversant !

8,5/10

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Un monde parfait – Clint Eastwood (1993)

Un monde parfait

Voir un film de Clint Eastwood, c’est avoir la certitude d’être saisi d’émotion et de vivre quelque chose de relativement intense. Même s’il n’était pas prévu d’échouer au poste principal d’Un monde parfait (Levinson et Spielberg avait été approchés), le script à tout pour lui plaire. Un portrait de l’Amérique, des personnages solitaires et une portée dramatique intéressante. Approchant la jeunesse sur fond de road movie policier, le duo formé par Kevin Costner et le très jeune T.J. Lowther est d’une justesse confondante, faisant s’aligner deux âges très différents mais deux expériences de vie similaires. Si l’un a eu une liberté qu’il ne demandait pas (la mère prostituée), l’autre est entravé par la religion qui lui est imposé par la sienne (sa mère est témoin de Jéhovah). Deux enfances gâchées, deux abandonnés de la vie qui se rencontrent, mais dont l’un peut être encore sauvé.

Un monde parfait Alaska

Forçant le trait sur le mélo dans certaines scènes qui tirent en longueur (le passage chez les fermiers noirs, le final), Un monde parfait se distingue tout de même par son rythme sans faille, ses répliques justes et vraies et ses personnages aussi tendres que complexes. Si la prestation de Kevin Costner est exceptionnelle, il faut également retenir celles de Clint Eastwood et de Laura Dern qui, partageant toujours l’écran dans des temps de présence très courts, parviennent à apporter une dimension plus profonde, plus humaine à la cavale du prisonnier. Dans cette fuite en avant vers un avenir incertain (Butch n’a qu’une carte postale comme guide), le spectateur parvient à déceler une envie de reconstruire sa vie, de réparer ses erreurs. Et c’est en kidnappant le jeune Philip que Butch va tenter de se réincarner en lui apprenant ses valeurs et en lui racontant son expérience, profitant de l’innocence du garçon pour faire son mea culpa et sa confession.

Un monde parfait flic

Touchant et drôle, dur et cruel, c’est par ces sentiments mitigés et ses scènes aux antipodes que le film parvient à trouver son cœur de cible. Tout le monde se retrouve au moins une fois dans une des phrases de Butch, dans une des décisions du shérif Red, dans une des gamberges de la profileuse Sally ou dans un des actes de Philip. Sans être donneurs de leçons ni moralisateur, Un monde parfait parvient à saisir toutes les subtilités de l’être humain, aussi bien dans sa douceur et sa générosité que sa noirceur et son égoïsme, sans jamais être pataud et nous amener les situations avec des gros sabots. Et cela est possible grâce à la brillante écriture (le scénariste retravaillera avec Eastwood par la suite) et aux talents des acteurs. Même la musique, jamais acidulée ou provocante, provoque ce sentiment de nostalgie, le sentiment d’être retombé en enfance.

Un monde parfait début

Road movie mélancolique, Un monde parfait est d’autant plus surprenant qu’il joue la carte du cynisme dans son titre. Car si l’innocence est bel et bien mis en avant, la vie ne fait pas de cadeaux et le personnage de Butch montre qu’il faut parfois savoir tirer profit de son prochain pour avancer et se sortir de situations délicates. Mais derrière toute cette couche de violence et de force de caractère se cache un enfant qui n’a pas eu la chance d’être entouré d’amour et de compassion, ce qui l’a transformé en ce qu’il est. Un film sur la vie et sur les choix plus ou moins réfléchis qu’on peut faire et qui trace notre sillon. Un sillon qui reste malgré tout sans retour possible.

8/10

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Audrey Rose – Robert Wise (1977)

Audrey Rose

Audrey Rose est loin d’être le meilleur film de Robert Wise. Connu surtout pour ses comédies musicales à succès (West Side Story, La mélodie du bonheur) ou ses films de genre (Le jour où la terre s’arrêta, La maison du diable), il est un cinéaste à la filmographie très diversifiée, qui s’investit dans ses films même mineurs. Celui-ci surprend par son ton car s’il débute comme un thriller et prend doucement le virage du fantastique, c’est pour mieux aborder le drame familial par la suite. Autant de genres entremêlés qui font de ce film une petite curiosité, deux ans avant la sortie du célèbre Star Trek. Une curiosité car si Wise choisit le thème de la possession, il ne s’accorde pas avec la mouvance de l’époque pour la traiter. Choisissant la réincarnation comme cheval de bataille, il confère à son film une aura plus spirituelle que religieuse.

Audrey Rose hypnose

Si la ressemblance physique de l’actrice avec celle de L’exorciste est frappante, les similitudes s’arrêtent là. Le film se concentre davantage sur les parents que la petite fille et leur capacité à appréhender le surnaturel. Le père, rationaliste, prendra ses distances avec toute théorie inexplicable scientifiquement alors que la mère se repose sur ce qu’elle voit, explicable ou non. Leurs deux points de vue divergents sera donc le point de départ d’un clivage dans leur couple et de très nettes tensions à chaque « cauchemar » de leur fille. Anthony Hopkins, en élément perturbateur, s’avère assez flippant et fait preuve d’une sacrée présence dans un rôle au temps de présence pourtant très restreint. Pas de quoi se réveiller en sueur la nuit mais une vision originale de la possession.

6,5/10

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Kiba, l’enfer des sabres – Hideo Gosha (1966)

Kiba, l'enfer des sabres

Tourné la même année (et très certainement à la suite) que Le loup enragé, L’enfer des sabres suit une fois de plus Kiba dans une aventure dont il n’est pas le héros. Si Gosha parvient tout de même à lui établir un passé intéressant, un trauma familial et une rivalité (le maître du dojo, auquel il promet un duel nocturne), c’est davantage du personnage de Magobei dont il s’entichera, faisant de lui l’anti-héros par excellence, rônin vil et mesquin dont la ressemblance avec le père de Kiba est loin d’être fortuite. Si cette particularité physique permet d’en apprendre un peu plus sur l’enfance de Kiba (la scène du souvenir sous la pluie est magnifique), elle enferme de nouveau son protagoniste dans une histoire où il n’a aucune raison de briller (seule la romance avec la jeune femme approfondit son personnage), Gosha préférant utiliser ce « fantôme » du passé pour imprégner son film d’une ambiance empruntée à Leone.

Kiba, l'enfer des sabres mort

Étonnant de voir à quel point l’or est un élément récurrent dans son cinéma. Les décors, arides et inhospitaliers (la vallée des corbeaux dans laquelle Kiba sera ligoté durant près de 20 minutes, soit le quart du film) résonnent toujours comme chez son contemporain italien, l’harmonica étant beaucoup plus présent que dans le premier épisode (il remplace le koto). Une suite qui précipitera la franchise dans l’oubli, voyant que Gosha ne s’intéressait qu’aux intrigues alambiquées et aux expérimentations visuelles, profil bien lointain du réalisateur capable de s’adapter à un cahier des charges et à faire vivre de film en film un personnage central, préférant l’individualisme à l’humanisme. L’enfer des sabres reste tout de même une oeuvre exercice qui aura permis au cinéaste de teinter son oeuvre d’audace.

6,5/10

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Kiba, le loup enragé – Hideo Gosha (1966)

Kiba, le loup enragé

Genre très en vogue à l’époque, le chambara trouve un côté divertissant dans le format serialesque, à l’instar de Zatoichi ou Baby Cart. Les deux films de Gosha mettant en scène le personnage de Kiba, loup solitaire et indomptable, rentre dans cette mouvance et permettent au cinéaste de prendre son temps pour inventer son héros, chose qu’il n’a pas l’habitude de faire, ses films étant souvent d’une fulgurance rare. Le problème, c’est qu’à trop mettre de côté Kiba, il se fourvoie complètement et donne beaucoup trop d’ampleur à ses autres personnages, ses sous intrigues et leurs interactions entre chacun d’entre eux. Cependant, Kiba, le loup enragé sonne vraiment comme le plus visible des hommages au western spaghetti, allant même jusqu’à armer une femme d’un pistolet, le genre étant majoritairement voué au maniement du sabre.

Kila, le loup enragé bordel

S’il est sous exploité, Kiba reste tout de même très charismatique. Bretteur hors pair un poil naïf mais au sens de l’honneur rare (le combat final l’iconise énormément), il est d’autant plus intéressant puisque Isao Natsuyagi lui prête ses traits juvéniles et joviaux, qui seront les signes distinctifs du rônin auquel on peut facilement accorder sa confiance. Si Gosha se perd dans les méandres de son scénario beaucoup trop complexe, il n’a rien perdu de son talent visuel et accouche de merveilleuses trouvailles qui justifient à elles seules le visionnage du film (le champ/contre champ dans le sabre, les ralentis muets). En à peine plus d’une heure, un héros est né, mais pas pour très longtemps…

7,5/10

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