Only God Forgives – Nicolas Winding Refn (2013)

Only God Forgives

Telle une âme condamnée à revivre plusieurs fois le même tourment, Refn filme la violence d’une manière toujours plus sensationnelle et personnelle. Ses expérimentations visuelles et auditives aidant, il s’est construit une réputation de perfectionniste à la limite de l’autisme, où le bon goût de l’image flirte sans cesse avec l’hermétisme propre aux films contemplatifs. Si Valhalla Rising poussait l’expérience très loin, il brassait tout de même de larges thèmes comme la religion, l’attachement à sa terre ou la liberté. Only God Forgives se veut plus centré sur un scénario qui, dépouillé de tous dialogues superflus, contamine le récit par des jeux d’acteurs mono-expressifs. Cette galerie d’archétypes montre que Refn cherche à être le plus simple possible, tout en gardant des connotations existentielles et universelles dans les destins de ses personnages.

Only God Forgives bar

Par l’intermédiaire de ses âmes torturées, Refn remet au goût du jour la descente aux enfers de Dante. Si le modernisme du film clairement affiché (musiques électro, Bangkok contemporain), l’écho dans le passé et le futur ne doit pas nous échapper. Il y aura toujours une victime et un bourreau. Un coupable et un juge. Julian, mutique et terriblement effacé (une contre-performance qui casse l’image de Gosling et, par contrecoup, celle du Driver), oppressé par une difficile relation avec sa mère, cherche un but à sa vie et aux obstacles qu’elle lui soumet en travers de son chemin. Constamment dans l’ombre de son frère, il devra faire des choix et devenir responsable de ses actes. Et son innocence et sa naïveté sont telles que chaque décision qu’il entreprendra sera mauvaise, le rapprochant peu à peu de l’expiation de son péché (un complexe d’Oedipe refoulé jusqu’au bout).

Only God Forgives dojo

Si certains spectateurs ont découvert Refn avec Drive et n’ont pas eu la volonté de se confronter aux précédentes œuvres du cinéaste, ils vont rester sur leurs faims et vont comprendre leur douleur. Totalement hermétique pour celui qui cherche à obtenir facilement toutes les clés du film, Only God Forgives est un film trip qui prend à la gorge et distille son atmosphère poisseuse et violente, contrastant avec la beauté des plans, dans des scènes ultra contemplatives. Le tout étant ralenti à outrance pour créer une impression d’éternité et montrer qu’on ne peut jamais faire demi-tour, le pardon étant la seule issue du pêcheur, le dernier film de Refn a divisé autant qu’il a subjugué. Hué à Cannes, il a réellement créé le buzz autour de lui et a permis au réalisateur d’avoir une exposition médiatique encore plus large que celle de Drive. Pour certains, une sortie salles d’un tel film expérimental pourrait surprendre et déranger, pour d’autres, c’est du pain béni et un coup de pied dans la fourmilière de la bienséance et du formatage qui gangrène le cinéma.

Only God Forgives fight

Un second visionnage sera nécessaire pour saisir toutes les subtilités du montage, toute l’importance des personnages et toute la maestria visuelle ainsi que la créativité artistique de Refn. Only God Forgives est une oeuvre sombre et pessimiste. La notion d’espoir disparaît au moment même où le flic incarné par Vithaya Pansringarm apparaît à l’écran, symbole d’un Dieu vengeur mais juste. Une plongée en enfer dont Ryan Gosling, surfant sur sa côte de popularité, ne ressortira pas indemne.

7/10

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