Gatsby le Magnifique – Baz Luhrman (2013)

Gatsby

Ce qui est magnifique avec le roman de Fitzgerald, c’est qu’il peut être remis au goût du jour avec la plus grande facilité, les décadences d’opulentes familles et les bassesses de l’être humain embourgeoisé n’ayant pas changées tant que ça depuis les années 20. Ce qui est regrettable par contre, c’est que Baz Luhrman choisisse de faire de Gatsby un personnage peu étoffé alors qu’il est à l’origine censé incarner l’image que cherche à donner les Etats-Unis à l’issue de la première guerre mondiale. Une image forte, rassurante mais qui sous ce vernis de rires et de bonheur, se cache une crainte inavouable: la perte de la confiance en soi et la confusion des repères sociaux. Tous ces éléments, qui étaient au cœur du roman et qui constituaient la raison d’être du personnage, se sont envolés au profit d’un triangle amoureux bien ringard.

Gatsby bar

S’il s’avère que le choix de Leonardo DiCaprio est la meilleure idée que Luhrman ait pu avoir, le reste du casting ne s’en sort pas trop mal. Que ça soit la golfeuse amourachée du narrateur (excellent Maguire qui arrive à se fondre dans le décor pour laisser vivre les situations) ou le mari infidèle interprété par Edgerton (peut être trop volubile), tous arrive à donner de la profondeur à leurs personnages. Mais leurs jeux d’acteurs est étouffé par la mise en scène boursouflée du cinéaste, qui donne à son adaptation des allures de bouillie filmique, saturée de couleurs criardes, de scènes tapes-à l’œil et d’une bande originale imbuvable (on a du Beyoncé remixé jazzy !). Le fond est bel et bien présent et fidèle à l’esprit de Fitzgerald (le roman étant énormément autobiographique dans un sens) mais la forme peine à convaincre tant le côté enivrant des hautes sphères nous passe par dessus la tête, sans oublier de nous refiler la nausée.

Gatsby romance

Parier sur une voix off omniprésente pour nous présenter les enjeux était une fausse bonne idée. En plus de donner un aspect trop littéraire au film, ce procédé montre clairement les limites de Luhrman a adapter le matériau de base. Faire du copier-coller n’est pas la meilleure manière de s’engager sur le chemin de l’adaptation d’un roman qui peut traverser les époques et les âges sans trop de peine. Choisir des musiques d’époque et utiliser des effets spéciaux modernes n’a rien de génial pour qui voudrait réactualiser le mythe de Gatsby. C’est juste le moyen de mettre sa patte visuelle dégoulinante de bons sentiments et de clichés vieux de cent ans sur des personnages au fort caractère, empreints d’une envie de vivre pleinement leurs vies, qui s’explique par la brutalité de la guerre passée.

Gatsby confrontation

La confrontation des sentiments dans la chambre d’hôtel est la meilleure scène du film et celle qui se rapproche le plus du sentimentalisme qui imprégnait les pages du roman. Mais il faut poireauter 2 heures avant d’avoir un minimum de vitalité et d’humanité dans cette coquille vide. Un feu d’artifice visuel en forme de pétard mouillé, c’est vraiment loin de suffire lorsqu’on transmet l’héritage de l’un des plus grands écrivains américains.

4,5/10

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