Les temps parallèles – Robert Silverberg (1969)

Les temps parallèles

 

Récupérant la base narrative de La patrouille du temps de Poul Anderson, Robert Silverberg va rendre l’expérience du voyage temporel cool, bien longtemps avant Robert Zemeckis. Comment ? En faisant de ce dernier un commerce lucratif aux enjeux scientifiques majeur et au divertissement assuré. Les Croisades, les couronnements, les pillages, les meurtres de rois, tout est à votre portée moyennant une somme rondelette. Et c’est dans la peau d’un Guide Temporel du nom de Judson, pantin de l’écrivain qui se sert de son personnage pour réveiller ses pires angoisses, que nous allons être capable de voyager entre les âges. Si le roman débute dans un univers futuriste qui n’est pas sans rappeler celui de Monades urbaines pour son côté libertin, il constitue une suite intéressante au premier opus de sa saga, Les déserteurs temporels.

Les temps parallèles informatique

Roman de divertissement assumé plutôt que d’anticipation pure, les conséquences de tels voyages sont infinies et apportent de l’eau au moulin de la création s’en trop se fouler. Mais le génie de Silverberg est de réussir à donner vie aux époques visitées, et plus particulièrement à Byzance (Constantinople et Istanbul également, les trois villes étant sans cesse entremêlées), tout en permettant à ses personnages d’avoir des vies enchevêtrées dans différentes périodes, du futur ultra libéral (ça change du pessimisme ambiant des autres romans d’anticipation) au passé foisonnant de richesses culturelles. Il est difficile de parler du livre sans délivrer des bribes de l’histoire mais les allées et venues à travers le temps et l’espace peuvent être sources de véritables ennuis. Et si le fond du roman est amusant (il y a énormément d’humour malgré la détresse évidente du personnage par rapport à sa lourde responsabilité), il n’en reste pas moins subtil en permettant à son auteur de changer le cours des événements pour rendre l’Histoire plus malléable.

Les temps parallèles retour vers le futur

En devenant spectateur de notre histoire, le voyeurisme latent qui découle de l’expérience touristique devient une véritable drogue, certains bidouillant le mécanisme pour devenir des déserteurs, d’autres profitant de cette opportunité pour combler des lacunes historiques (des livres perdus à jamais, des œuvres d’art détruites) et assister à la véritable Histoire, tout en remettant en question l’enseignement qui nous est inculqué à l’école. Mais le système est si dérisoire (la multiplication des voyageurs à certains événements importants (la Crucifixion par exemple) grossit inlassablement le volume de spectateurs) et les mécaniques du voyage si complexes qu’on se perd à tenter de comprendre les causes et conséquences de certains actes. Toujours à l’aise lorsqu’il s’agit de manipuler le lecteur, Silverberg tient là un roman à dévorer de toute urgence pour tous les amateurs de science-fiction.

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