Stoker – Park Chan-wook (2013)

Stoker

En temps normal, les réalisateurs asiatiques qui décident de fouler le sol américain pour y poser leur caméra repartent bredouille, après avoir prouvé qu’on est jamais mieux que chez soi. Park Chan-wook ignore cette règle élémentaire et décide de puiser dans l’imagination d’un scénariste américain pour traiter avec une vision nouvelle les thèmes qui lui sont chers. Et il va trouver en la personne de Wentworth Miller la plume idéale. Double pari risqué car en misant son exode artistique sur le scénario d’un acteur à la sauvette, il choque une bonne partie de ses fans qui, bien que censés être rassurés par les critiques unanimes sur la qualité du scénario, misent quand à eux sur le déclin du cinéaste après une période relativement faste (la trilogie de le vengeance).

Stoker champ

C’est avec une joie contenue qu’on se délecte de ce thriller aux doux accents hitchcokiens. Si l’ambiance du film flirte sans cesse entre la paranoïa inhérente au cinéma de Polanski et la sensualité visuelle et auditive d’un De Palma, on est clairement devant un film de Park Chan-wook. Il puise dans ses talents de démonstrateur et prouve une nouvelle fois qu’il sait tenir une caméra, en ponctuant son oeuvre d’une infinité de plans parfaitement maîtrisés et savamment calculés (voir la transition entre la chevelure de la mère et les champs de blé balayés par le vent). Sans oublier la qualité de sa bande originale où, dans sa faculté à s’approprier toutes les musiques qu’il choisit (le  morceau de Nancy Sinatra est énorme !), se pose en mélomane aussi talentueux que Tarantino.

Stoker crayon

Si le réalisateur se regarde encore un peu le nombril de temps en temps, il n’en oublie pas de magnifier la puissance évocatrice du scénario de Miller qui côtoie un caractère à la fois incestueux, viscéral et psychologique. Si Matthew Goode incarne à la perfection cette créature séduisante à la fois tentateur et mystérieux (un vrai successeur à Norman Bates), sa perfidie n’atteint pas les sommets de la jeune Mia Wasikowska qui bouffe littéralement l’écran. Tous deux chasseurs en quête de proie, ils élimineront les plus faibles qui se dressent sur leur route et se tourneront autour comme des braconniers sanguinaires, où surnage une manipulation de tous les instants. Ce jeu du dominant/dominé explose dans un dernier acte qui nous fait prendre conscience de la perte de l’innocence de la jeune Stoker, le tout s’incrémentant parfaitement dans les thématique de Chan-wook, lui permettant même de roucouler du côté de son Thirst en bon mégalomane.

Stoker fusil

Un jeu du chat et de la souris excitant et glauque, où le génie visuel du cinéaste permet au script diabolique de Miller de s’épanouir et de fréquenter les hautes sphères du thriller, prouvant ainsi que l’habit ne fait pas le moine et qu’on peut être has been et avoir un réel talent d’écriture. Le jeu des faux-semblants dépasse donc la fiction pour rejoindre la réalité et si ça peut permettre à de telles pépites de voir le jour en rendant les producteurs moins regardants sur la provenance de la marchandise, c’est un grand pas pour le cinéma.

8,5/10

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