Les Aventures du baron de Münchhausen – Terry Gilliam (1988)

Un sens aigu du surréalisme !

Un sens aigu du surréalisme !

Terry Gilliam poursuite son immense fresque honorant l’imaginaire après un Brazil qui véhiculait déjà toute la symbolique de son cinéma à venir. Si le film a pris un peu d’âge, on peut clairement dire qu’il se bonifie avec le temps au vu de sa capacité à nous transporter dans un monde coincé entre onirisme surréaliste et sombre réalité. Grand amateur d’arts sous toutes ses formes, Gilliam va réutiliser la mythologie qui s’est installée autour d’un personnage de la littérature allemande ayant réellement existé: le baron de Münchhausen. Ce dernier, baratineur et cabotin, n’en finit plus de raconter à qui veut bien les entendre des histoires à dormir debout. Et c’est justement là que le film fait fort: c’est qu’en le regardant, nous sommes en même temps en train de rêver.

Ou comment retomber amoureux d'Uma Thurman.

Ou comment retomber amoureux d’Uma Thurman.

Empruntant aussi bien à la peinture (la Venus de Boticelli, interprétée par Uma Thurman) qu’à l’imagination de Lewis Caroll (la petite fille rappelant le personnage d’Alice), la boucle est définitivement bouclée lorsqu’on s’aperçoit que les effets spéciaux artisanaux, qui peuvent paraître de nos jours terriblement kitsch, ne sont pas sans rappeler ceux de Méliès qui, en 1917, avait également réalisé son film sur ledit baron. Les Aventures du baron de Münchhausen serait donc un hommage à cet inventeur génial qui a su utiliser à merveille la magie du 7ème art ? Oui et non tant il porte la patte unique de Gilliam, resté coincé entre l’enfance innocente (le rêve) et l’âge adulte privé de tout. Comme la maladie éponyme, le fameux baron va conquérir l’esprit de quiconque va l’écouter, ralliant à sa cause des auditeurs qui préfèrent se réfugier dans le mensonge et les boniments plutôt que d’affronter le triste sort qui leur est réservé (la guerre les opposant aux Turcs).

Visuellement, le film en remontre à beaucoup d'artisans.

Visuellement, le film en remontre à beaucoup d’artisans.

C’est ce subtil mélange, à la fois attendrissant dans ses passages oniriques et brutal tant les retours à la réalité sont brusques (l’effondrement du théâtre, l’expulsion du volcan) qui fait toute la magie du film. Gilliam nous fait faire des allers-retours dans son imaginaire débridé en nous proposant des mondes farfelus, remplis de magie et de poésie (l’alunissage est d’une beauté sans équivalent). Le cinéaste aura sans nul doute visionné à plusieurs reprises la série d’animation de 1985 tant ses scènes se rapprochent fortement des dessins de Cami. Mais même si toutes les idées ne viennent pas de lui, les transposer dans un univers réaliste relève du pur génie artistique.

Très terre-à-terre, certains personnages tenteront désespérément de mettre un terme à cette folie imaginaire.

Très terre-à-terre, certains personnages tenteront de mettre un terme à cette folie imaginaire.

Si Gilliam s’entoure encore des membres de la troupe des Monty Python, il fait de nouveau appel à Jonathan Pryce qui joue un rôle à parfait contre-emploi de celui qu’il endossait dans Brazil. Robin Williams, quand à lui, cabotine tellement que ça en devient insupportable. Le choix de faire incarner son baron par un acteur qui se vouait plutôt à la télévision est un choix délicat tant il faut un charisme incroyable pour lui faire vivre toutes ses aventures rocambolesques. Mais John Neville s’ne sort haut la main, arborant fièrement une attitude entre dédain et émerveillement, son regard perdu dans le vague enchantant à coup sûr son compagnon d’infortune, petite fille geignarde qui cherche à connaître la suite des aventures du baron comme une enfant qui chercherait à connaître la fin de l’histoire qu’on lui lit le soir avant de s’endormir.

Certainement la meilleure scène du film.

Certainement la meilleure scène du film et celle qui décrirait le mieux l’esprit de Gilliam.

Conte à la fois initiatique (l’enfant bascule dans des mondes merveilleux mais violents) et divertissant (on s’amuse énormément des pitreries des serviteurs du baron), visuel et auditif, pessimiste et optimiste, Les Aventures du baron de Münchhausen parvient à rendre complexe une histoire à première vue destinée aux plus petits. Mais tous ces niveaux de lectures, des décors aux personnages, sont ce qui font la qualité de ce film et la supériorité artistique de Terry Gilliam, digne successeur des plus grands prestidigitateurs du cinéma.

8/10

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Une réflexion sur “Les Aventures du baron de Münchhausen – Terry Gilliam (1988)

  1. unspaded dit :

    C’est à ça qu’on voit la vraie différence: je fais partie des 17personnes qui l’ont vu (donc adoré) en france. Comment un chef-d’oeuvre pareil a pu être si peu connu?

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