Archives Mensuelles: avril 2013

Iron Man 3 – Shane Black (2013)

La chute d'un héros...et d'un réalisateur.

La chute d’un héros…et d’un réalisateur.

Shane Black, c’est un peu l’équivalent de Mylène Farmer au cinéma: pas très prolifique, peu d’intérêt médiatique mais une horde de fans avides de se jeter sur chaque nouvelle faisant état de sa carrière. Si le scénariste a su s’imposer grâce à des scripts bourrés d’humour et d’action, il en est pas moins un réalisateur doué. comme le laissait voir son génial Kiss Kiss Bang Bang. Mais ça n’est pas parce qu’il avait réussi à donner un bon rôle à Robert Downey Jr. qu’il fallait récidiver en le mettant aux manettes de ce troisième opus de l’homme d’acier de l’écurie Marvel. Si la nouvelle de sa venue aux commandes en avait réjoui plus d’un (moi le premier), il faut se rendre compte que les vacances ont été trop longues pour Shane Black. Sauf si son but était d’achever une licence qui agonisait déjà dès sa suite surestimée.

Heureusement que le ridicule ne tue pas...

Heureusement que le ridicule ne tue pas…

Certains diront que l’échec cuisant de cet épisode est dû aux studios de production, au second scénariste (qui n’est autre que celui retenu pour l’écriture du prochain Sherlock Holmes…) ou je ne sais quelle autre raison. Il faut voir les choses en face: Shane Black signe là son arrêt de mort. Autant il a pu être un scénariste très courtisé à une époque, autant il ne vaut plus tripette aujourd’hui. Pour réussir à survendre autant ce film, soit les studios Marvel lui ont refilé un gros bifton, soit on menaçait sa famille durant les conférences de presse. Iron Man 3 comporte tout les mauvais ingrédients qui semblent être appréciés par le public pré pubère  comique de situations, répliques absurdes, méchants jamais charismatiques, musiques modernes et/ou célèbres (il ose démarrer son film sur du Eiffel 65: la messe est dite dès l’apparition du logo Paramount).

Les liens homme/machine ne sont jamais tissés. On survole toute la mythologie du super héros !

Les liens homme/machine ne sont jamais tissés. On survole toute la mythologie du super héros !

Mais même sans tous ces artifices qui ameutent un public dégénéré dans les salles, on est au niveau zéro de l’écriture. Jamais Tony Stark n’a été aussi chiant. Son côté golden boy, ça va bien 5 minutes mais là, c’est tellement poussé à outrance (un garçon dans un petit village paumé le reconnaît !) que ça en devient lourd. Les personnages sont à peine esquissés, chacun cherchant à se faire un peu de place sur l’écran. Mais jamais il n’arriveront à bousculer Downey Jr. qui monopolise toute l’attention par son omniprésence et son sur-jeu infantile. La palme du personnage improbable revient bien entendu au fameux Mandarin et à la clique de méchants. Guy Pearce cabotine comme un chien fou (cent fois pire que dans Lawless !) et Ben Kingsley se la joue gangsta ! Iron Man 3 est ni plus, ni moins qu’un épisode à rallonge de La quatrième dimension.

La seule satisfaction du film est de pouvoir mater la plastique de Gwyneth.

La seule satisfaction du film est de pouvoir mater la plastique de Gwyneth.

Tous les moments de bravoure sont si mal filmés et tellement pétaradants (Michael Bay approved !) que ça en devient génants pour la rétine. Surtout que celle ci est déjà soumise à rude épreuve avec une 3D complètement inexistante et finissant de transformer l’entreprise Iron Man comme une énorme vache à lait que l’on vient traite tous les 2 ans. J’ai hâte de voir les prochains épisodes où Bruce Willis nous jouera un bad guy à la sauce McClane, le tout sur du Shakira.

3/10

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Sympathy for Mister Vengeance – Park Chan-wook (2002)

Le premier film d'un tryptique violent.

Le premier film d’un tryptique violent.

L’expression qui consiste à affirmer que le calme vient avant la tempête colle parfaitement à ce film, tant il contient déjà tous les prémices de la violence qui explosera dans Old Boy. Quasiment mutique, cette introduction dans une trilogie vengeresse fait office d’amuse bouche. Si Park Chan-wook soigne sa mise en scène, c’est plus par souci de garder éveillé le spectateur que . Car les deux heures doivent être subis pour parvenir à l’épilogue de cette course poursuite effrénée entre deux hommes qui se sont vus arrachés l’être qui leur était le plus cher. La vie ne leur faisant aucun cadeau, la noirceur qui se dégage du film est particulièrement lourde, le pathos se dégageant des personnages étant maladroitement associé à une surenchère d’effets gores.

L'ambition du cinéaste tombe un peu à plat.

L’ambition du cinéaste tombe un peu à plat.

En parvenant à entrecroiser une triple histoire de vengeance, débutant toutes sur un deuil difficile, Sympathy for Mister Vengeance n’a toutefois pas un scénario très dense. S’il est le film le plus atmosphérique de la trilogie, il est également le vilain petit canard du lot car on devine aisément qu’aucune échappatoire n’est possible. Le réalisateur nous gratifie de mouvements de caméra absolument délicieux, faisant passer la pilule de l’ennui qui ne tarde pas à poindre le bout de son nez. Derrière un dialogue social semi risible (on y va avec des gros sabots), le film peine à nous rendre attirants ses personnages, tellement dénués d’âme et si peu charismatiques. Un comble pour une histoire de vengeance où l’identification doit se faire très rapidement.

La police est bien en peine de rassembler les pièces du puzzle.

La police est bien en peine de rassembler les pièces du puzzle.

Si les acteurs ne sont pas à plaindre, ce sont ces esquisses de sentiments jamais dévoilés, jamais mis à nus, qui empêche de s’intéresser à leurs sorts. Même en jonglant avec nos propres émotions, le film demande beaucoup trop d’investissement personnel pour qu’on puisse se plonger avidement dans cette entrée en matière. Si le côté filmique est très bien traité (on sent que Park Chan-wook est avant tout un artiste), l’aspect scénaristique aurait mérité d’être plus raccourci pour amener davantage de vigueur à l’histoire et rendre moins boursouflé cette vengeance tellement teintée de désespoir qu’elle en devient énervante.

Le passage du père à la morgue est vraiment de trop.

Le passage du père à la morgue est vraiment de trop.

En multipliant les points de vue sur les différents personnages, aucune réelle justice, aucune véritable morale ne ressort vraiment de l’histoire. Chacun est tellement lessivé par la vie que les choix qui lui apparaissent sont les plus sombres et les plus violents. Si Park Chan-wook montre qu’il a parfaitement saisi la manière de capturer la beauté de la violence, il est encore loin d’avoir réussi à donner une réelle profondeur à ses personnages qui ne demandaient que ça tant leur background est bel et bien esquissé. Une tentative trop « autiste » de montrer que la violence peut faire ressurgir des sentiments profondément ancrés et sincères en nous.

6,5/10

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Goodbye Lover – Roland Joffé (1998)

Il reste de bons petits films noirs à découvrir.

Il reste de bons petits films noirs à découvrir.

Avec un casting très plaisant et une réalisation soignée, Goodbye Lover fait partie de ces petites perles noires et méconnues qui font plaisir à découvrir. Sans apporter beaucoup d’eau au moulin du genre, il parvient tout de même à séduire par sa capacité à multiplier les twists rocambolesques réussis et à mélanger humour macabre et suspense tendu. Parsemé de touches de glamour et de sensualité torride (Patricia Arquette est bandante à souhait en femme fatale), le film rappelle de grands standards tels que Very Bad Things ou Hot Spot (la présence de Don Jonhson est pas anodine). Le scénario machiavélique mais amusant ne brille pas par son écriture mais les acteurs interprètent leur personnage d’une manière telle qu’on y croit à chaque seconde. Curieux de découvrir la filmographie de Joffé si elle contient d’autres plaisirs comme celui-ci.

7/10

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The Grandmaster – Wong Kar-wai (2013)

Wong Kar-wai, réalisateur somnifère, s'essaye au film d'arts martiaux. Blague ou renaissance ?

Que ceux qui s’attendaient à voir de beaux combats de kung-fu lèvent le doigt !

Lorsqu’on a la prétention de livrer une grande fresque historique sur l’histoire du kung fu, à la manière de Sergio Leone pour son Once Upon a time in America, on se donne les moyens de réussir (les références ne suffisent pas). Ça semblait chose faite en s’entourant d’une troupe d’acteurs dont le talent n’est plus à prouver et d’un chorégraphe de génie qui a oeuvré sur des films aux combats réputés pour leur excellence. Mais c’était sans compter sur le perfectionnisme infini et l’égo surdimensionné du cinéaste qui ont complètement dilapidés l’énergie et l’argent du tournage au profit d’un sens aigu de la beauté du cadre. Davantage un film dramatique à la portée romantique qu’un faux biopic où les personnages satellites devaient graviter autour de la figure mythique d’Ip Man, The Grandmaster a perdu son S (il devait à l’origine s’appeler The Grandmasters) au profit de lettres de noblesse qui semblent bien inutiles pour coller à un genre déjà bien nourri de chef d’œuvres inattaquables.

Avoir de bons acteurs, c'est bien. Savoir les diriger, c'est mieux !

Avoir de bons acteurs, c’est bien. Savoir les diriger, c’est mieux !

Si le film semble mutilé de part en part et ne pas avoir de lignes directrices clairement définies, c’est parce que la version montée pour le cinéma ne fait que 2 heures au lieu des 4 à 5 heures prévues à l’origine. Mais cette décision ayant été prise par le réalisateur en personne de nourrir son film essentiellement des scènes les plus marquantes sentimentalement tue la volonté de créer une fresque gigantesque dans l’œuf  Et si ce charcutage (il n ‘y a pas d’autres mots pour qualifier ce travail) semble plaire à Wong Kar-wai, il faut espérer que son avis change du tout au tout au vu de la frustration qu’il génère auprès des fans du genre. Continuons donc d’espérer qu’une director’s cut peut voir le jour au vu des nombreuses scènes inutilisées, visibles à la toute fin du film au milieu du générique.

Tout ce qui touche au personnage de La Lame est torché en trois scènes.

Tout ce qui touche au personnage de La Lame est torché en trois scènes.

Un choix d’artiste regrettable tant The Grandmaster transpire l’envie de bien faire et l’amour du travail fignolé à l’extrême  Si des défauts émergent des les premières minutes du film pour s’installer confortablement et gêner le confort de l’immersion dans une Chine brutale et sans concessions pour les plus faibles (les fronts sont coupés, les ralentis sont inutiles, les combats sont mal découpés,…), on ne peut qu’applaudir le style largement emprunté à la peinture, les couleurs chatoyantes des intérieurs contrastant avec l’univers froid et hostile du monde extérieur et les iconisations des personnages (et des acteurs, Zhang Ziyi a la beauté tellement sublimée) qui, entre deux conversations philosophiques, vont faire preuve d’une technicité hors pair, nouveaux contrastes entre les acteurs non pratiquants du kung fu et leurs personnages passés maîtres dans leur arts. Une volonté de pousser dans ses derniers retranchements son équipe qui montre que Kar-wai n’a pas froid aux yeux pour délivrer le meilleur de tout un chacun, le rendant d’autant plus antipathique sur le tournage.

Certains plans ressemblent à de véritables tableaux.

Certains plans ressemblent à de véritables tableaux.

Si le réalisateur continue de s’embourber dans d’éternelles histoires romantiques aux longueurs inavouables, il parvient à s’approprier un genre beaucoup trop cloisonné à l’action pure pour donner sa propre représentation du kung fu. Pour Kar-wai, il n’est ni plus ni moins qu’un moyen d’expression au même titre que le langage. C’est celui du corps qui transcende les paroles, celui de l’âme qui s’élève jusqu’à gravir cette montagne (le mot revient revient plusieurs fois dans le film) de maîtrise et de sagesse qui est l’essence même de cet art martial. The Grandmaster a beau partager son monde, on ne peut pas le nier, il réussit à donner une nouvelle vision au genre en l’épurant au possible de sa technicité pour en garder la fragilité et la grâce.

5/10

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Mondwest – Michael Crichton (1973)

Westworld. Traduction française: Mondwest. Allez comprendre...

Westworld. Traduction française: Mondwest. Allez comprendre…

Michael Crichton a été l’un des rares à mélanger la science et le divertissement  s’attirant ainsi les faveurs d’un large public mais s’ouvrant surtout les portes des studios de cinéma l’accueillant à bras ouverts. Mondwest est sa première tentative de titiller le septième art avec un scénario original qui n’est tout de même pas sans rappeler les fondations du roman Les temps parallèles de Robert Silverberg, publié quelques années plus tôt. Sur un postulat d’anticipation très récréatif (la science est reléguée au second plan pour amener davantage de spectaculaire), le film tend à prouver qu’on peut être sérieux tout en s’amusant.

Crichton place sa science au service des plus riches.

Crichton place sa science au service des plus riches.

L’univers de Mondwest est un parc d’attraction retranscrivant certaines périodes précises de l’histoire (Moyen Âge, Rome antique et Ouest américain), permettant à ses visiteurs d’endosser, moyennant une somme plutôt rondelette, un rôle plus ou moins majeur suivant leurs intentions. Si Crichton a l’air calé en science, il préfère ne pas se la jouer historien en s’intéressant plutôt à la partie américaine, laissant de côté les deux autres époques qui ne lui serviront que de matière malléable pour son scénario. Si certaines idées sont géniales et montrent déjà l’étendue de l’imagination future de l’écrivain, certaines incohérences plombent le récit, erreurs un peu grossières notamment visibles dans les deux époques sous-exploitées.

Qui n'a jamais rêvé d'incarner un hors-la-loi recherché pour le meurtre du shérif ?

Qui n’a jamais rêvé d’incarner un hors-la-loi recherché pour le meurtre du shérif ?

Réduisant ses robots-employés censés donner une vie artificielle aux attractions proposés en simple chairs à canons, Crichton n’en oublie pas de montrer le revers de la médaille comme à son habitude (Jurassik Park parle également d’une créature se retournant contre son géniteur, le tout dans un parc d’attraction). On ressent très clairement le besoin viscéral des usagers de se lâcher complètement, quitte à libérer des pulsions sexuelles et/ou meurtrières. Lorsque les femmes choisiront plutôt la Rome antique pour goûter aux joies des orgies, les hommes préféreront s’adonner aux duels poussiéreux, tuant quiconque pour un oui ou pour un nom. Un jeu dangereux qui les pousse à détruire quelques barrières de morales et leur fait totalement oublier la bienséance qui est de mise dans la vie quotidienne. Bienséance qu’auront tôt fait de leur rappeler les robots, victimes d’un bug les libérant de toutes contraintes, à l’instar des humains qu’ils se feront un plaisir de détruire.

La création scientifique n'est que le reflet de notre imagination, souvent perverse.

La création scientifique n’est que le reflet de notre imagination, souvent perverse.

Si le duo Benjamin/Brolin s’en sort plutôt bien, c’est véritablement Yul Brynner que l’on retient de Mondwest. Carrure de boxeur, crâne poli et regard pénétrant, c’est LA personnification du bug. Celui là même que tu ne veux pas croiser sur ta route. Question mise en scène, c’est vraiment très efficace, notamment dans la partie où la révolte des machines prend marche et où toute discussion est inutile, Crichton décidant d’y aller à l’économie de dialogues (deux phrases sont prononcées dans la demie heure finale). Par le biais de cette autonomie, les robots prennent conscience de leur état (la femme qui refuse de l’eau sous peine d’un court-circuit), de leurs forces (la première fois que Yul Brynner tue), mais aussi de leurs faiblesses (lorsque Peter se cache malgré lui sous une torche enflammée).

Aussi loin que le regard puisse porter, le jeu à une limite. Et une fin.

Aussi loin que le regard puisse porter, le jeu à une limite. Et une fin.

Mondwest est véritablement devenu un objet de convoitise auprès des autres réalisateurs, avides d’utiliser une telle manière d’appréhender la science tout en permettant à un large public de s’intéresser au genre par l’intermédiaire de codes narratifs simples et reconnaissables (le western  dans Mondwest), sans pour autant perdre l’intensité des idées exploitables, qui méritent d’être débattues de longue heure. Une bien belle manière de nous montrer que la création scientifique, même si elle est d’origine humaine, peut échapper à notre contrôle.

9/10

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