Le monde fantastique d’Oz – Sam Raimi (2013)

Un conte familial aussi inoffensif que coloré.

Un conte familial aussi inoffensif que coloré.

Après avoir vu et/ou revu les débuts de Sam Raimi, ça fait quelque chose de voir un tel film prendre vie sous sa houlette. Même s’il semble se satisfaire de rentrer dans la case du divertissement grand public (sa trilogie Spider-Man parle d’elle même), il semble également vouloir revenir aux fondamentaux. Oz est le pont parfait pour réaliser une renaissance (Evil Dead 4 va-t-il être l’électrochoc qui sortira Raimi de sa torpeur ?) et regagner ainsi la confiance de son public ? Ou alors ce film estampillé Disney serait-il la signature de son arrêt de mort artistique au sens personnel du terme (car Oz a de grandes qualités visuelles), tout juste bon à rallier à sa cause les parents et les enfants en mal de conte de qualité ? Il serait préjudiciable de ranger le nouveau Raimi dans le même panier qu’Hansel et Gretel ou Blanche neige et le chasseur, revivals next-gen d’histoires éculées, tant il se présente comme la promesse d’un monde nouveau. Ni meilleur, ni pire, juste nouveau.

La profondeur de champ est stupéfiante.

La profondeur de champ est stupéfiante.

Et éclatant. En bon élève de la maison Disney, Raimi ne nous épargne rien des paysages bucoliques et enchanteurs, des créatures mignonnes et des personnages où la caricature fricote avec le manichéisme le plus complet. Seul Oz, dont son charme n’a d’égal que son égoïsme  est véritablement torturé et en proie au doute. Il cherche à changer, à devenir meilleur et à accomplir de grandes choses, mais sa nature perverse le pousse au vice et à l’individualisme. Ne serait-ce pas là une part sa personnalité que Raimi projette dans son magicien ? Le monde fantastique d’Oz ressemblerait donc à une quête identitaire où les deux sorcières rivales représentent ces deux pans de publics qu’il cherchent à satisfaire. D’un côté, les inoffensifs citoyens d’Oz. De l’autre, les vilaines sorcières et leurs babouins volants aux dents acérés. L’un est lumière, l’autre est ténèbres et une conciliation étant impossible pour les spectateurs, Raimi cherche tout de même à imprégner de noirceur son conte d’une beauté plastique aussi lisse qu’époustouflante.

Les rivalités fraternelles sont dépourvues de sentiments.

Les rivalités fraternelles sont dépourvues de sentiments.

Et pourtant, le film nous plonge dans un Kansas lointain avec une image en 1:33 et noir et blanc qui m’a immédiatement rappelé ma projection de The Artist. Oz nous est vulgairement dépeint mais on sait dores et déjà qu’il est loin d’être aussi fantastique que le monde dans lequel il va être projeté. James Franco cabotine tout du long avec des mimiques qui n’ont pas du tout leur place et le ridiculise, transformant ce charlatan galant en un vulgaire phénomène de foire, au même titre que les nains, les singes volants et les poupées de porcelaine qui croiseront sa route. Si sa destinée peut émouvoir les plus jeunes, les parents regretteront une narration trop lisse et linéaire, une prise de risque minimum dans la mise en scène et des acteurs très peu investis.

Où est passé l'artisan, père d'Evil Dead ?

Où est passé l’artisan, père d’Evil Dead ?

La 3D est nullement convaincante, hormis dans sa première demie-heure où Raimi s’impose des plans justifiant le prix excessif de la place de cinéma. Et même si l’on gagne en profondeur de champ, ça n’est que de la poudre aux yeux car le périple d’Oz ne durera pas, le groupe hétéroclite sillonnant trois pauvres endroits sans âme (un château vide, une forêt sombre et un château moins vide). Seul la supercherie orchestrée par Oz à la toute dernière bobine redonne ses lettres de noblesse au cinéaste. Pas de magie puissante et destructrice, juste des trucs et astuces de magicien qui fonctionnent et qui redonnent foi en la capacité qu’à Raimi de faire du bon avec du vent. Tout est dans l’illusion et aucun ordinateur ne saurait surpasser l’imagination humaine. Une leçon de vie dans un Disney ? Normal après tout.

5,5/10

Publicités
Tagué , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :