Triangle – Christopher Smith (2009)

Si les mathématiques pouvaient être aussi jouissives !

Si les mathématiques pouvaient être aussi jouissives !

Avec Christopher Smith, l’Angleterre nous a envoyé du très lourd en matière de fantastique (Marshall est pas mauvais non plus). En parallèle du cinéma horrifique ibérique, le pays du pudding – et en particulier Smith – nous gratifie depuis quelques années de véritable pépites en matière de films de genre, qu’il soit doublé d’un humour noir (Severance) ou d’une maîtrise de son budget (Black Death). Triangle ne déroge pas à la règle en s’inscrivant comme le rejeton non reconnu du Shining de Kubrick. Même intrigue basé sur la temporalité, même thème abordé (la schizophrénie en premier plan), même obstacle scénaristique. Ici, le paquebot fantôme errant à l’intérieur des Bermudes remplace l’hôtel inaccessible mais un élément météorologique est la cause de cet enfermement. Et si les dieux ont décidé de ne pas être cléments, c’est pour que l’on assiste à une introspection foutrement diabolique du personnage principal.

Claustrophobe ? Passez votre chemin !

Claustrophobe ? Passez votre chemin !

Smith déjoue toutes les attentes de son spectateur et inscrit son film dans la lignée des plus grandes réussites horrifiques de ces dix dernières années. En multipliant les points de vues narratifs, les ellipses temporelles, les bouleversements de situations, il parvient à donner une ampleur extraordinaire à son récit qui, déjà bien truffé d’idées, se révèle labyrinthique pour celui cherchant à faire le lien entre les différentes remise à zéro. Le concept est simple: amener des naufragés à embarquer sur un paquebot vidé des occupants et jouer avec eux de manière diabolique. Car je tire mon chapeau au cinéaste pour aligner le bodycount quasi complet de ses personnages en moins de cinq minutes, sachant qu’il lui reste près d’une heure de film. Et c’est dans cette agréable surprise que Triangle explose tous les standards du genre.

Les marins de ce navire n'ont pas du toucher terre depuis longtemps...

Les marins de ce navire n’ont pas du toucher terre depuis longtemps…

Ne gardant qu’un seul personnage (le plus charmant et le plus complexe) pour lui faire vivre le remake d’Un jour sans fin à la sauce horrifique, c’est une idée aussi alléchante sur la papier que jubilatoire que la bobine. Les boucles temporelles se répétant sans cesse et voyant des doubles de Jess prendre vie au fur et à mesure que l’histoire se répète est d’une intelligence rare et qu’une maîtrise hors norme. On aurait pu s’y perdre et Smith aurait pu nous sortir la fabuleuse excuse du « Je suis un incompris » mais dans Triangle, sans même nous prendre par la main, il arrive à nous pondre un bijou de mise en scène (une différente dans chaque acte, le triangle représentant les 3 actes qui referment la boucle) et à jouer sur nos peurs et nos angoisses malgré le fait que l’on connaisse déjà l’issue du massacre.

Y'a un peu de CGI par ci, par là mais ça passe.

Y’a un peu de CGI par ci, par là mais ça passe.

Il est difficile de parler de Triangle sans spoiler mais il est clair qu’il s’affiche comme une oeuvre aussi mystérieuse qu’originale. Même si des incohérences traînent en chemin (les clés de Jess, les failles dans la répétition), ce mythe de Sisyphe remis au goût du jour de manière aussi jouissive qu’agréable à l’oeil (Melissa Georges est terriblement sexy) doit être vu pour prendre pleinement conscience que les genres peuvent se mélanger (horreur, fantastique et science-fiction) pour le pire, certes, mais parfois pour le meilleur. On a pas fini de faire le tour du Triangle.

8/10

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