Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal – Steven Spielberg (2008)

Il n'est pas toujours utile de ressusciter certaines légendes...

Il n’est pas toujours utile de ressusciter certaines légendes…

Vingt ans séparent La dernière Croisade du Royaume de Crâne de cristal. Vingt longues années où le duo Spielberg/Lucas a tenté par tous les moyens de réanimer l’aura de leur aventurier. Mais faute de planning, le temps s’est écoulé, ruinant peu à peu les espoirs des deux créateurs en s’apercevant que l’âge empêcherait Harrison Ford de reprendre du service. C’est au bout d’un long marathon de réécritures de scénarios qu’ils sont parvenus à accorder leurs violons (et leurs emploi du temps) afin de réactiver la machine à pognons. Car s’il est bien une suite inutile dans l’histoire de toute l’humanité des suites, c’est celle là. Mais avec Georges Lucas qui s’était fait railler lors de la sortie de sa prélogie, on ne pouvait que se douter que le commercial artistique allait devoir payer les pots cassés de son échec en tentant de détruire la seconde meilleure saga qu’il avait inventée. A savoir Indiana Jones.

Ne vous y trompez pas: ce sont bel et bien les méchants du film.

Ne vous y trompez pas: ce sont bel et bien les méchants du film.

Insipide dans le fond comme dans la forme, Indiana Jones et le royaume du crane de cristal nous emmène en terrain connu. Autant Spielberg arrivait à se renouveler à chaque opus de la trilogie, autant celui-ci n’a que l’étiquette d’alléchante. Déterrant son archéologue fétiche pour le transformer en un vieillard encore bien solide, le cynisme est de mise lorsque l’on se rend compte qu’à plus de 60 balais bien tassés , ce vieux bougre d’aventurier enchaîne les cascades avec autant de facilité qu’à la fleur de l’âge. Une gageure lorsqu’on ne voit que le spectre d’Indy à chaque gros plan d’Harrison Ford. Et même si un fan zélé saurait m’expliquer qu’il possède toujours autant de vigueur et de souplesse que 20 ans plus tôt car il a bu dans le Saint Graal, je lui demanderais dans quel pharmacie il achète ses médicaments. Car trouver une excuse valable à la création de cet épisode relève du challenge.

Je ne reviendrais pas sur la manière d'on Indiana échappe à la mort...

Je ne reviendrais pas sur la manière dont Indiana échappe à la mort…

D’ailleurs, qu’en est-il de tous les acquis des précédents épisodes ? Spielberg ne se contente pas repomper allègrement ce qui faisait la force (et ici la faiblesse) de sa saga, mais il s’auto-cite constamment, brisant ainsi avec un cycle de renouvellement auquel il nous avait habitué. Même si le film ne pratique plus l’hommage aux serial des années 30 mais aux films de science-fiction des années 50, le cinéaste se contente d’intégrer ses thèmes fétiches (la famille, la forme de vie extraterrestre) pour faire d’Indiana Jones le catalyseur de tout son cinéma. A s’y méprendre, on pourrait croire que le film cherche à devenir celui qui trônerait sur le panthéon de Spielberg au milieu de ses autres oeuvres, les réunissant en un tout, aussi divertissant que mature. Sauf qu’on est très loin d’une telle réussite car le progrès technologique, permettant au réalisateur d’atteindre à une aventure plus ample, ruine tout ce que l’artisanat avait pu faire de meilleur précédemment.

Des scènes du making-of sont même intégrées au film. Ah, on me dit que les fonds bleus, c'est normal...

Des scènes du making-of sont même intégrées au film. Ah, on me dit que les fonds bleus, c’est normal…

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Sauf si avant de les utiliser, on a oublié d’en enlever la crasse qui règne à l’intérieur. Car autant de bêtise et d’incohérences ne sont pas dignes d’un épisode d’Indiana Jones. Ce qui faisait le charme inaltérable des anciennes pellicules, ce sont ces petits trucs qui, bien qu’anodins, étaient facilement excusables par le côté débrouillard du tournage. Ici, avec un tel niveau de maîtrise techniques et technologiques, il est impardonnable de voir autant de conneries à la minute, conneries exacerbées par des effets spéciaux en CGI indignes d’un film d’aventure où l’exotisme des paysages et les péripéties périlleuses sont censés nous sortir du quotidien et nous plonger en pleine fiction. Ici, entre Shia Labeouf imitant Tarzan sur fond bleu ou le vaisseau extraterrestre qui peine à rivaliser avec celui de la saga du Gendarme joué par Louis de Funès, on s’incline non pas devant tant de maîtrise mais pour tenter de se rapprocher de la jaquette et essayer de comprendre si on ne s’est pas trompé de film.

Heureusement que certains plans rattrapent  le tout.

Heureusement que certains plans rattrapent le tout.

Pire que de ressortir ses anciens personnages de derrière les fagots (Marion, Marcus), Spielberg déçoit énormément en choisissant de faire incarner le fils du mythe international par l’un des pires acteurs de sa génération: Shia LaBeouf. En plus de jouer un pâle copier/coller de Marlon Brando dans L’équipée sauvage, ses tocs et mimiques bousillent toute la mythologie qui aurait pu naître face à la découverte d’un héritier. L’interaction avec ledit père est pitoyable et amène un lot de situations abracadabrantesques, le tout affublé de répliques censés être comiques mais dont l’effet est tué dans l’oeuf. Le machisme d’Indiana s’est envolé, comme si ses 20 années de « réclusion artistique » l’avait guéri et lui avait fait adopter une nouvelle personnalité, aussi neutre et sans originalité que la globalité du long métrage.

"- Oh papy ! Tu va pas m'apprendre à jouer ! Je suis de la next-gen, compris ?"

« – Oh papy ! Tu va pas m’apprendre à jouer ! Je suis de la next-gen, compris ? »

Les références à Tintin sont toujours bel et bien présentes et représentes le seul et unique point de repère au fanboy, qui tel un marin en pleine tempête, a besoin de la lumière d’un phare pour se réconforter. Dans Le royaume du crane de cristal, ça pioche notamment dans l’album Les cigares du pharaon et Le lotus bleu avec cette idée prédominante d’une force incontrôlable pouvant avoir prise sur le cerveau humain, tel le fakir hypnotisant le célèbre reporter à houppette. Mais ça reste une bien maigre consolation au vu du désastre que sont les maigres scènes d’action qui, lorsqu’elles ne sont pas d’un ridicule absolue (la course poursuite en Amazonie, c’est du grand n’importe quoi) sont inintéressantes (le cimetière péruvien). De plus, il faut tout de même attendre plus de 45 minutes avant qu’Indiana daigne prendre un avion pour se rendre dans une contrée dépaysante. Soit plus d’un tiers du film qui nous bassine avec des enjeux aussi grandiloquents qu’incroyablement mauvais.

Le seul plan intéressant d'Indiana se trouve au début...et c'est son ombre.

Le seul plan intéressant d’Indiana se trouve au début…et c’est son ombre.

Un ratage dans les grandes largeurs que même la fin totalement foutraque et non-sensique ne sauve pas, malgré un fou rire assuré pour ceux qui croyaient se trouver devant un épisode de la saga Indiana Jones. Je faisais partie de ceux là et je peux vous affirmer que même après 3 visionnages, la pilule reste dure à avaler.

4/10

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