Passion – Brian De Palma (2013)

De Palma revient d'entre les morts ?

C’est moins érotique que prévu. Un mal pour un bien ?

Après quelques années d’errance improductives, Brian De Palma était attendu au tournant. Son aura de cinéaste de génie s’étant quelque peu dissipé depuis Snake Eyes, il est normal de le voir tenter de renouer avec ce qui fait le charme de la majeure partie de sa filmographie: le baroque et l’érotisme, teinté d’une pointe Hitchockienne. Il est vrai que Passion déroute un peu par ces partis pris et que le traitement choisi tient plus du fait divers banal que de l’histoire au scénario tissé de fil d’or. Mais ce qui fait toute la saveur du film, c’est ce qui a amené à ce simple fait divers. Toute la confrontation psychologique entre les deux femmes est si bien dépeinte qu’on veut bien que De Palma nous emmène au bout de son histoire et oublier les mauvais choix artistiques qui ont été fait, à commencer par ces marques de fabrique disséminées ci et là comme autant de repère pour le fan consterné.

Le duo Rapace/McAdams fait des étincelles !

Le duo Rapace/McAdams fait des étincelles !

Car elles n’ont pas leur place ici. Le split-screen ne prend son importance qu’à la toute dernière bobine, ce qui annihile toute tension. Les plans séquences ne mettent pas grand chose en valeur et sont accompagnés d’une musique mal à propos. Et les placements de caméra rendent télévisuelles des séquences qui auraient gagné à être plus amples visuellement et à gagner en profondeur de champ afin d’augmenter le mal être et la paranoïa d’Isabelle. Mais on sent ici un besoin de renouvellement de la part du cinéaste. C’est comme s’il cherchait à tisser un lien étroit entre ces deux personnages en réduisant sa technique au profit du scénario. Car on pourra dire tout ce que l’on veut sur la forme de Passion, mais le fond est d’une maîtrise absolue.

Le stress peut engendrer des dérapages plus ou moins conséquents.

Le stress peut engendrer des dérapages plus ou moins conséquents.

Thriller d’entreprise, Passion n’adopte pas cette figure de proue érotique comme le laissait croire la bande annonce. Il s’agit en réalité d’un jeu du chat et de la souris pervers, où l’un ne peut pas être satisfait sans l’existence de l’autre. Manipulation, trahison, pression, tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins dans le monde du travail. Et il est de notoriété publique que les femmes sont beaucoup plus douées à ce petit jeu là que la gente masculine. La rivalité prend donc des proportions dantesque, jusqu’à atteindre un point de non-retour tragique, ou le simple thriller tourne dans le film paranoïaque pur. Et si la part de fantastique n’apparaît qu’à la toute fin du film, tel un point d’orgue qui ferait culminer la perversion de l’âme humaine, elle n’en est que plus savoureuse tant l’intrigue ne fait que poindre vers cet instant crucial, ce climax en forme de labyrinthe scénaristique, où l’issue peut se trouver à n’importe quel tournant.

Aller de plus en plus loin dans le fantasme peut être dangereux pour la santé !

Aller de plus en plus loin dans le fantasme peut être dangereux pour la santé !

Cette fin très ouverte constitue toute la force et la raison d’être du film. J’y ai vu une possibilité (certes un peu tirée par les cheveux), la personne qui m’accompagnait en a vu une autre. Mais nous sommes tombés d’accord pour dire que Passion est bien complexe qu’il n’en a l’air et qu’une révision peut s’imposer pour permettre aux rouages scénaristiques de fonctionner à plein régime. De Palma tient en très haute estime la femme où celle ci, qu’elle soit brune ou blonde, tient le beau rôle et renvoie l’homme à un vulgaire pantin ou objet sexuel. Hitchcokien en diable, Passion dépasse son statut de simple thriller pour aboutir à cette fin si échevelée qu’elle rend le spectateur mutique, inquiet d’avoir raté un épisode tant ses sens sont bafoués par l’arrivée du générique.

Certaines surprises sont plus désagréables que d'autres.

Certaines surprises sont plus désagréables que d’autres.

Si les scènes sexuelles ne font qu’appuyer un hommage bien vain (on aurait facilement pu s’en passer), elles permettent de mettre à nu les forces et les faiblesses de chacune et nous montrer que plus qu’un simple exutoire sexuel, ce jeu dangereux n’a aucune règles et aucune limites et que ses participantes sont conscientes que chaque pion avancé ne peut être retiré. Une partie d’échecs où la pièce maîtresse est bel et bien la reine.

5,5/10

Publicités
Tagué , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :