Blow-Up – Michelangelo Antonioni (1966)

Il était temps que je dépoussière mon DVD.

Il était temps que je dépoussière mon DVD.

Michelangelo Antonioni, c’est un peu le Godard italien. Porte étendard d’une Nouvelle Vague qui n’atteint pas les mêmes rivages artistiques, Blow-Up est clairement un film qui amène une certaine forme de débat sur le septième art à part entière. Autant il divisera les uns, autant il fascinera les autres. Instantané d’une période très libre, Blow-Up montre à visage découvert la vie londonienne telle qu’elle était dans les années 60. Même si on aurait tendance à presque somnoler devant les 45 premières minutes, le cinéaste ne promène pas au hasard sa caméra. Il cherche à prendre le pouls de la ville et de ses habitants et dénonce clairement cette nouvelle forme de liberté se propageant par l’intermédiaire des drogues et du sexe. Les gens s’enferment tellement dans une sorte de coma conscient (les spectateurs du concert ressemblent à des zombies) qu’ils ne sont plus capables de voir clairement ce qui les entoure. A tel point qu’un meurtre peut passer inaperçu pour celui qui n’ouvre pas les yeux.

Les deux protagonistes de la séance photo sont comme repus, sortant d'un orgasme.

Les deux protagonistes de la séance photo sont comme repus, sortant d’un orgasme.

Ce qui lui vaut cette réputation sulfureuse, c’est avant tout ses scènes explicites où des corps dénudés affirment leur liberté (Jane Birkin qui fait ses débuts au cinéma) et se livrent à des prestations langoureuses. La scène du shooting photo, immortalisée par l’affiche du film, est animale et habitée par des pulsions sexuelles nettement présentes à l’écran, dans les gestes et les paroles, dans cet immobilisme soudain de la caméra qui cherche avant tout à garder intact les sensations qu’éprouvent les deux acteurs. Le personnage de David Hemmings s’affirmera dès lors comme un Don Juan mégalomane et joueur, obnubilé par une quête effrénée de capter l’instant pour en faire sien. On y retrouve beaucoup d’Antonioni dans ce personnage, un homme qui cherche la beauté plastique des choses en tout lieux et en tout être (la scène où il s’amuse à caster la femme du parc).

Une mise en abîme du travail d'artiste très astucieuse

Une mise en abîme du travail d’artiste très astucieuse.

Réalisant son film avec une patience non feinte, les soucis liés au budget et à la production se sont vite accumulés. Et même si Antonioni avait choisi de ne pas filmer les scènes cruciales en premier, celles qui justifient à elle seule le film, le producteur ne lui laissa pas d’autres choix que de continuer le tournage de son film en Italie. En résulte une perte de vitesse du diaporama qu’il cherche à nous faire de Londres, entre des scènes d’une lenteur agaçante (les 40 premières minutes) et d’autres d’une ingéniosité à nulle autre pareille (le concert, la partie de tennis mimé, le jeu du chat et de la souris dans le studio). Le génie du cinéaste est de parvenir à nous émouvoir avec un minimum de descriptions. C’est au spectateur de s’accrocher au train en marche, la possibilité d’un déraillement en cours de route n’étant pas exclu. Mais comme d’autres réalisateurs après lui (Brian De Palma avec Blow Out, Francis Ford Coppola avec Conversation secrète), Antonioni est un réalisateur qui s’intéresse davantage à la technique cinématographique qu’à la manière de raconter une histoire, ce qui a pour effet de mettre son intrigue au second plan, au profit d’une expérience plus sensorielle.

Thomas passe une bonne partie de sa vie coincé dans son imaginaire.

Thomas passe une bonne partie de sa vie coincé dans son imaginaire.

C’est la lutte du vécu et de l’imaginaire, du visible et de l’invisible, de la réalité et de la fiction. Blow-Up concentre toute son énergie à vouloir nous expliquer qu’on ne vit que parce qu’on est regardé par d’autres (le groupe de musique, les mannequins) et qu’une fraction de seconde peut suffire à faire basculer toute une vie, nous rendre unique, beaux et importants. La photographie représentant cette fraction de seconde, quel meilleur moyen qu’exposer sa théorie en utilisant un photographe de mode, meilleur manipulateur de la beauté possible. Si certains étaient venus chercher une intrigue policière dans Blow-Up, ils pourront se satisfaire d’une expérience unique qui allie sensibilité artistique et perception philosophique de la vie et du temps qui passe. Véritable parcours initiatique de Thomas, c’est sa quête à laquelle on est confronté. C’est toujours mieux que rien.

7,5/10

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