Les 3 jours du Condor – Sydney Pollack (1975)

Un film tiré du roman "Les 6 jours du Condor". Cherchez l'erreur...

Un film tiré du roman « Les 6 jours du Condor« . Cherchez l’erreur…

Les années 70 ont été très prolifiques en matière d’espionnage. Que ça soit dans la littérature ou le cinéma, la Guerre froide, la guerre du Vietnam et les scandales qui ont touchés l’Amérique (l’affaire Watergate en ligne de mire) ont été une manne créatrice évidente et ont su apporter de l’eau au moulin des théories conspirationnistes, donnant lieu des oeuvres intéressantes sur le sujet. Les 3 jours du Condor s’impose comme un classique qui n’a pas pris une ride, tant dans la force de son message que dans la paranoïa distillée tout au long de cette moitié de semaine où Joseph Turner, dit le Condor, va tenter de percer les secrets que cherchent à dissimuler la CIA. Cherchant à être le plus atmosphérique possible, le film de Pollack va engendrer des petits aussi forts et vigoureux que lui comme Marathon Man ou Les hommes du président qui sortent tout deux l’année qui suit sa sortie en salles.

Une plongée en eaux troubles dans les rouages gouvernementaux.

Une plongée en eaux troubles dans les rouages gouvernementaux.

Le rôle du Condor, c’est un peu celui qui collera à la peau de Redford, qui rejouera des rôles d’espion sensiblement identiques à celui-ci (son rôle dans Spy Game étant clairement un copier/coller). Et ça n’a rien de dérangeant tant son personnage a un large potentiel, au passif si brumeux qu’il en devient intriguant et aux facettes multiples. En véritable muse du cinéaste (avec qui il tourne et tournera beaucoup), il parvient à donner de la vie à son univers silencieux, où les plans séquences mutiques rejoignent des scènes au champ/contrechamp nerveux et maîtrisés. Chaque passage où Turner joue sa vie, l’atmosphère longuement initié dans une introduction magistrale revient à la charge et on retient notre respiration comme si l’on assistait impuissant à cette partie d’échec gouvernementale qui se joue sous nos yeux.

Le danger est partout lorsque votre adversaire est invisible.

Le danger est partout lorsque votre adversaire est invisible.

L’écriture du scénario atteint un tel niveau d’excellence que Pollack peut se permettre de s’attarder sur sa love story sans jamais casser le rythme du film. Plus qu’une simple amourette à la James Bond, le personnage incarné par la sublime Faye Dunaway multiplie les atouts de Turner, ajoutant la pointe de charme nécessaire qui montre que la séduction et l’art du paraître sont primordiaux pour tout agent de terrain. Leur relation jouant sur différents terrains (entre le dégoût et l’amour, la reconnaissance et le respect), Pollack parvient à brasser toute la chimie d’une relation complexe entre l’homme et la femme en quelques scènes et quelques regards échangés. Un tel niveau de direction artistique n’est pas donné à tout le monde et ça n’en est plus étonnant que Les 3 jours du Condor soit cité comme l’un des fleurons du genre au cinéma.

Le syndrome de Stockholm se met en place assez rapidement.

Le syndrome de Stockholm se met en place assez rapidement.

Politique dans son propos (comme devraient d’ailleurs l’être tout bon film d’espionnage), Pollack s’attarde sur ce qui fait tourner le pays et sur la faculté des agences gouvernementales à retourner leur veste et à adopter une position plus ou moins loyale suivant les problèmes rencontrés au quotidien. En faisant d’un rat de bibliothèque un puissant élément perturbateur du bon fonctionnement du système, le cinéaste parvient à concilier littérature et cinéma et à nous faire comprendre que lire et retenir ce que l’on a lu n’est pas nécessairement vain si on sait utiliser nos connaissances à bon escient. Un choix qui force le respect quand on voit à présent en quoi s’est transformé la figure de l’agent secret de nos jours (seul La Taupe parvient à jouer de la fibre nostalgique avec efficacité).

Les rebondissements dramatiques et stratégiques sont nombreux.

Les rebondissements dramatiques et stratégiques sont nombreux.

Les 3 jours du Condor, c’est un peu la crème anglaise d’une île flottante.  Ça englobe tout un genre qui a déjà été vu et revu mais parfois, des vagues viennent lécher les flancs de l’imagination d’un scénariste et apporter une saveur toute particulière à une idée qui, sans même qu’il le sache, lui fera rendra hommage au film de Pollack, sans même qu’il l’ait vu ou qu’il s’en souvienne. Une oeuvre maîtresse qui ne prend jamais son spectateur pour un abruti et l’entraîne dans les méandres d’une conspiration qui le dépasse, sans jamais l’ennuyer une seule seconde.

9/10

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