The Ward – John Carpenter (2011)

Carpenter est loin d'être mort et enterré.

Carpenter est loin d’être mort et enterré.

Nombreux sont les détracteurs de Carpenter qui s’en sont donnés à coeur joie au visionnage de The Ward, racontant à qui voulait bien l’entendre que le cinéaste montrait enfin son vrai visage de tâcheron fainéant. D’autres, fans de la première heure de Big John, se sont laissés aller à quelques critiques teintées de cynisme en prétendant que le roi de l’horreur est mort. Idolâtres de pacotille ! Comment osez-vous reniez votre Dieu et le remplacer par un autre sous prétexte que ses miracles sont moins impressionnants qu’auparavant ? Carpenter n’a plus rien à nous prouver et The Ward, même s’il revêt un caractère mineur dans la filmographie du maître, n’a rien d’un travail de complaisance.

Big John nous ressort ses fameux travellings de The Thing. Efficace !

Big John nous ressort ses fameux travellings de The Thing. Efficace !

Sauf que se faisant rare dans le monde du cinéma ces dernières années, le cinéaste a beaucoup à apprendre de ses contemporains. Et au lieu de se contenter de nous ressortir la recette qui a tant fait son succès à l’époque, il préfère adopter une vision plus jeune et s’éprend d’Amber Heard qui résonne fortement dans les sphères horrifiques nouvelle génération (All the boys love Mandy Lane est considéré par beaucoup comme un fleuron du genre alors que j’y voie qu’une belle daube gratuite). Une manière simple d’attirer et les aficionados du monsieur par son nom, et ceux qui ne le connaissent ni d’Eve ni d’Adam par le biais de celui d’Amber. On ne peut pas lui en vouloir surtout qu’ayant disparu des radars beaucoup trop longtemps, tout le monde semblait l’avoir oublié. Et sortir un film porté par son unique nom ne permet pas de rameuter les foules et de faire d’énormes recettes.

Les mort sont sympas mais trop faciles.

Les mort sont sympas mais trop faciles.

Le problème de The Ward provient clairement de son scénario qui lorgne du côté de The Grudge (pour le boogeyman)  et Sucker Punch (pour le groupe de filles enfermé dans un asile). Soit deux films qui sont à mille lieux de la filmographie de Carpenter. Même si l’amour du genre est toujours visible, il n’est pas aussi pur qu’avant et on ne peut que regretter les facilités prises par les scénaristes, notamment dans les exécutions aussi sommaires que peu originales. D’ailleurs, le problème vient certainement de là car Big John ayant l’habitude d’écrire ses propres scénarios, sa mise en scène était toujours au service de ses idées. Le plus gros regret que l’on puisse avoir est qu’il ne soit pas autant impliqué que dans le passé. Il ne touche ni à la musique , ni à la production, ni au scénario. Autant dire qu’il a pieds et poings liés mais c’est le seul moyen de faire entendre de nouveau sa voix dans le paysage cinématographique horrifique.

J'en connais une qui va prendre cher...

J’en connais une qui va prendre cher…

Après des incursions à la télévision par l’intermédiaire de ces deux segments dans la série Masters of Horror (une Fin absolue du monde tutoyant L’antre de la folie et un Piégée débordant de gore et d’effets artisanaux), John Carpenter n’a cependant pas perdu la main et parvient à bluffer son monde avec une mise en scène soignée (les évasions forcent le respect en terme de gestion d’espace) et une atmosphère angoissante posée en quelques minutes. Amber Heard confirme qu’elle a tout de l’icone du genre en livrant une prestation musclée et en portant le film sur ses épaules, le reste du casting se contentant d’être de pauvres clichés du huis-clos psychiatrique. Même si on connaît déjà le cadeau, l’emballage est joli et laisse planer le doute quand à l’arrivée du climax. Malheureusement, ce dernier est loin d’être exceptionnel et ne permet pas à l’artiste de livrer une dernière peinture aussi talentueuse que les autres, mais une simple esquisse hésitante.

La mode étant au zombie, le règne des animatroniques semble démodé.

La mode étant au zombie, le règne des animatroniques semble démodé.

C’est émouvant de voir cette flamme vacillante tenter de consumer ses adversaires et d’éclairer à nouveau un cinéma simple mais efficace, où tout passe dans la suggestion et dans l’ambiance plutôt que dans les effets gores et les apparitions monstrueuses. Même si on est très loin du génie auquel on a déjà eu à faire, John Carpenter n’a pas dit son dernier mot et prouve avec The Ward qu’à plus de 60 ans, on peut encore se remettre en question et s’adapter aux désirs du public. Et pour moi, ça sonne plus comme une renaissance que comme une perte de son caractère anarchique.

7/10


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