Le crime farpait – Álex de la Iglesia (2004)

Y'a pas qu'Almodovar dans la vie !

Y’a pas qu’Almodovar dans la vie !

Ça n’est que le troisième film d’Álex de la Iglesia que je vois et je dois avouer qu’en plus d’avoir un style particulier, il a toute mon attention. Un crime farpait joue la carte du pastiche du film d’Hitchcock, jusque dans le titre, sensiblement voisins. Loin d’être une vulgaire parodie, c’est une véritable comédie grinçante sur ce besoin irrépressible qu’a l’être humain de vouloir plaire et séduire. Ceux qui passent trop de temps à prendre soin de leur apparence n’ont pas l’occasion d’observer les gens qui les entourent. Et en resserrant son intrigue sous la forme d’un huis-clos aéré, le réalisateur parvient à distiller son point de vue dans son film (de la Iglesia n’est pas un summum de beauté), ayant l’audace d’utiliser un magasin de luxe type Printemps ou Galeries Lafayette comme décor scénique.

On se croirait presque chez les frères Coen.

On se croirait presque chez les frères Coen.

Avoir un réalisateur de cette trempe derrière la caméra pour une comédie permet de dépasser le stade du divertissement simpliste afin de livrer le niveau supérieur de la décontraction musculaire. C’est vraiment très drôle et très bien écrit, les deux acteurs principaux donnant de la profondeur à leurs personnages. À peine sont-ils esquissés qu’on devine que le cinéaste va vouloir nous les faire apprécier tous deux afin que leurs affrontements nous heurtent beaucoup plus. Une manière intelligente de nous faire choisir qui on victimise et qui on déteste, notre camp découlant naturellement de notre choix.

Le fantastique aide à rendre la mise en scène plus savoureuse.

Le fantastique aide à rendre la mise en scène plus savoureuse.

Certains thèmes chers au cinéaste sont présents, notamment ces clowns qu’on retrouvera dans son Balada Triste ou le choix d’intégrer du fantastique dans la vie quotidienne (lorsque la tête d’Antonito apparaît, j’ai sincèrement pensé à Re-Animator). Basculant entre macabre et humour désopilant (toute l’introduction est géniale), le réalisateur n’oublie jamais de garder le focus sur ces deux personnages, si différents et pourtant si proches (le regard final scelle toute leur relation). Les faisant déambuler dans des plans réfléchis au millimètre (le plan séquence traversant deux voitures est incroyable !), il ne privilégie jamais la mise en scène de peur de rendre sa comédie un peu trop clinique et moins humaine.

La famille - et plus particulièrement l'institution du mariage - s'en prend plein les gencives.

La famille – et plus particulièrement l’institution du mariage – s’en prend plein les gencives.

Jamais lourdingue, toujours inattendu, Le crime farpait parvient à mélanger film noir et comédie sociale dans un dosage équilibré, à la technique savamment étudiée pour nous faire passer un agréable moment. Álex de la Iglesia est une valeur sûre du cinéma ibérique et on ne le répétera jamais assez.

7,5/10

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