Martin – George A. Romero (1976)

Le mythe du vampire revu et corrigé par le père des zombies, ça fait forcément envie !

Le mythe du vampire revu et corrigé par le père des zombies, ça fait forcément envie !

Romero, tout le monde le connaît. Peut être lui, ni son oeuvre au grand complet mais tout du moins sa progéniture pourrissante, à la démarche lente et aux râles gutturaux. Mais il faut savoir qu’avant de livrer une filmographie alléchante qui utilisera sa créature lascive à outrance, il s’est attaqué à d’autres mythes, tenant davantage du folklore gothique et de la littérature fantastique: la sorcière et le vampire. Je n’ai pas encore vu son Season of the witch mais par contre, son Martin est délectable. Aussi balisé soit le thème du vampire, il parvient à le bousculer et à le faire rentrer dans une nouvelle réflexion qui est assez proche de celle du cinéma de Cronenberg. Un cinéma de chair et de mutation.

Avec son air angélique, Martin ressemble à l'innocent idéal.

Avec son air angélique, Martin ressemble à l’innocent idéal.

Et c’est en traitant le vampirisme du jeune Martin comme une maladie, rationalisant l’aspect scientifique de ses actes (l’utilisation de la seringue faisant écho au milieu médical) que Romero démontre tout son talent. Car en le faisant s’affronter au fanatisme religieux de son oncle, plus enclin à croire en quelque chose qu’il ne voit pas, refusant de comprendre ce qui n’entre pas dans sa ligne de conduite, que le drame se noue et que la tension entre les deux personnages accouche d’une violence extrême à l’écran. Les deux parents se tournent autour, comme la science et la religion depuis des siècles, et chaque rencontre est synonyme de répulsion immédiate et violente.

Romero rend toutefois hommage au mythe pour mieux le remodeler.

Romero rend toutefois hommage au mythe pour mieux le remodeler.

Et même si aucun des deux n’apporte une solution efficace au problème, ils ne chercheront jamais à comprendre l’autre et s’offusqueront toujours du pragmatisme d’autrui. L’un évoque la maladie, l’autre la possession. Et la religion est bien mise à mal car enfermée dans son carcan de valeurs traditionnel et de croyances séculaires. Même Martin ne fuiera pas devant la tentative d’exorcisme pratiqué par l’ami de son oncle alors que lui même est incapable de raisonner de manière rationnelle en s’appuyant sur les faits et non sur ses croyances pour le moins romanesques et dépassées. Traité comme un virus, le vampirisme du jeune homme n’a de remède que sa soif insatiable de sang. Et Romero garde intact l’aspect romantique du prédateur aux dents longues, ne lui faisant chasser que la gente féminine, entre 20 et 30 ans. Un hommage respectueux qui invite à penser que sa propre vision du mythe est légèrement boursouflée de clichés trop profondément ancrés dans l’inconscient collectif, permettant un point de repère identifiable pour son public.

Les femmes sont l'unique source de réconfort de Martin, entre chaleur humaine et présence réconfortante.

Les femmes sont l’unique source de réconfort de Martin, entre chaleur humaine et présence réconfortante.

Le cinéaste s’inspire du huis-clos et de ce qu’il a su construire de mieux depuis La nuit des morts-vivants pour rendre plus anxiogène l’atmosphère des assauts de Martin. En cela, chez sa seconde victime provocante et adultère  on notera un sens aigu de la maîtrise de son espace avec une utilisation grandiose de l’ensemble de la maison, provoquant à certains moments une claustrophobie terriblement flippante. Et même si le côté dramatique est beaucoup plus mis en avant que l’aspect horrifique du long métrage, la fin nous laisse sur le carreau, par sa soudaineté et son acharnement exemplaire à vouloir nous montrer que les préjugés ont la vie dure et que les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit.

7/10

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