Kontroll – Nimrod Antal (2003)

Visionnaire et effrayant !

Visionnaire et effrayant !

Promener sa caméra dans les couloirs de métro et découvrir un univers aussi glauque que ses habitants de passage sont hétéroclites est une excellente manière de prendre le pouls d’une société. Besson avait tenté l’expérience avec son Subway qui préfigurait un peu son cinéma de jeunesse. Entre plongée dans un monde marginal et violence d’une partie désagréable du quotidien de tout un chacun, le métro est le meilleur moyen de mettre en lumière les personnages, baigné tout au long de la journée dans des éclairages au néons qui peine à dessiner les contours de leur personnalité.

Le briefing permet de faire un tour de table des employés: un nid de nihilistes !

Le briefing permet de faire un tour de table des employés: un nid de nihilistes !

En véritable jungle de métal et de rouille, où les tags et les insultes sont le seul et unique moyen d’expression, le métro contient sa faune (les prostituées, les drogués, les suicidaires) et sa flore (le conducteur de métro, la jeune femme habillée en nounours) qui vivent et survivent dans un milieu toujours plus hostile. En effet, un prédateur guette des proies faciles et les pousse sous le métro. Ce personnage, au visage toujours masqué par sa capuche, va devenir la Némésis de Bucsu, contrôleur sans attaches qui vagabonde dans les souterrains nocturnes du métro de Budapest.

Solitaire et paumé, Bucsu est un être attachant qui semble avoir choisi son sort.

Solitaire et paumé, Bucsu est un être attachant qui semble avoir choisi son sort.

Opérant un étrange ballet entre deux genres (le thriller et la comédie sociale), Kontroll flirte même avec le fantastique, certains personnages sortant tout droit d’un univers surréaliste rappelant grandement un autre cinéaste: Terry Gilliam. Les rêves étranges et les situations kafkaïennes alliés à cette labyrinthe ville souterraine, on pense très sincèrement à Brazil. Et en observant de plus près les rouages de son fonctionnement, on assiste à la schizophrénie de Bucsu, livrant bataille contre lui même,contre cette part abattue et résignée qui l’empêche de quitter cet univers froid, hostile et sans avenir. Les métros passent inexorablement, au fil des jours et des années, à des heures régulières sans se soucier de ceux qui le pérennise (le conducteur) et le protège (Bucsu).

Les contrôleurs ressemblent ni plus ni moins aux marginaux qu'ils verbalisent: un moyen de se fondre dans la masse.

Les contrôleurs ressemblent ni plus ni moins aux marginaux qu’ils verbalisent: un moyen de se fondre dans la masse.

Nimrod Antal n’a pas de style visuel particulier mais a d’excellentes idées comme cette chute en avant dans les escalators qui introduit son sujet ou ce long plan séquence qui filme le bien et le mal luttant à la course entre deux rames de métro, dans des tunnels grouillant autant de leurs incertitudes de vie que de l’obscurité de leur avenir. On pense aussi aux débuts de Danny Boyle (surtout à Trainspotting) pour la symbiose qui s’opère entre ces êtres faillibles mais libres, prisonniers de la seule drogue qui donne un sens à leur vie. Tous les personnages de l’équipe sont différents mais ils ne se valent pas. Pas en qualité d’écriture ni en introspection.

Cadencé par les allés et venues des rames, le sommeil de Bucsu est fragile.

Cadencé par les allés et venues des rames, le sommeil de Bucsu est fragile.

Farfouillant dans notre imaginaire pour donner un sens poétique et visionnaire à ces images, Antal invoque autant le cinéma fantastique que le roman d’anticipation. On pense notamment à 1984 quand on observe ce pauvre hère coincé dans une société décadente qui aspire à une nouvelle vie. Et pour un premier film, ressembler à Orwell et Gilliam, c’est quand même faire preuve d’un réel talent.

7,5/10

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