La cité sans voiles – Jules Dassin (1948)

Un pilier fondateur du genre qui aurait pu être meilleur.

Un pilier fondateur du genre qui aurait pu être meilleur.

La cité sans voiles a grandement contribué à l’image que l’on se fait du polar de nos jours. Auparavant, tous les films noirs étaient intégralement tournés en studios, hormis certaines scènes de films de gangsters qui nécessitaient de filmer des extérieurs, notamment lors des poursuites véhiculées. Jules Dassin pousse le réalisme à son paroxysme avec une volonté d’illuminer d’une aura quasi documentaire ce genre confiné aux limites de quatre murs. Longtemps théâtralisé (peu de personnages et lieu de l’action souvent unique), le cinéaste explose le carcan et libère le genre, trouvant dans La cité sans voiles une manière de dépeindre certains maux de la société, en plus de permettre une inspiration décuplée.

Barry Fitzgerald bouffe l'écran à chaque apparition.

Barry Fitzgerald bouffe l’écran à chaque apparition.

Mais cet aspect documentaire domine sur l’impact du procédé, la faute à une voix off aux limite de l’insupportable (on se croirait chez Woody Allen). Elle nous décrit absolument tout ce que l’on voit à l’écran, alors que les images, passées sous silence ou agrémentées d’une musique dans l’air du temps, aurait pu faire cent fois mieux le travail. Un élément regrettable qui plombe l’ambiance noire du projet et nous rappelle sans cesse que l’on a à faire à un nouveau genre de film. Une sorte de fausse modestie mal assumée qui fait la part belle au producteur au détriment de l’inventivité artistique de Dassin.

La violence prend le grand air et s'empare de la vie new-yorkaise.

La violence prend le grand air et s’empare de la vie New-Yorkaise.

L’ambition du cinéaste de vouloir faire partager au  public la vie et le quotidien des New-Yorkais, allié à une intrigue policière correcte, est bafouée par un Hollywood castrateur qui préfère rester sur ces acquis, le film étant principalement composé d’intérieurs. Par chance, la poursuite finale, qui vaut à elle seul le visionnage du film, permet à La cité sans voiles d’être revu à la hausse et d’entrer dans le panthéon du film noir par sa sécheresse, sa brutalité et son rythme percutant. Une conclusion qui ne laisse présager rien de bon pour ceux qui se mettent la justice à dos.

On n'échappe pas au cliché de la victime: jeune, jolie et blonde.

On n’échappe pas au cliché de la victime: jeune, jolie et blonde.

En se promenant par mi des milliers d’inconnus filmés malgré  eux, l’effervescence qui habite les rues et ruelles de New-York est propice au traitement choc des images. Les badauds, tour à tour surpris et curieux, participent à leur insu à la réussite du film en administrant une dose non négligeable de réalisme pur. Les effets de foule font passer le tournage pour sauvage et le cadrage millimétré de certaines scènes (la majeure partie des idées géniales du script étant en dernière bobine). Un effet contradictoire qui apporte un certain cachet non négligeable au film, plongé entre le souci du détail et l’urgence des scènes filmées à l’extérieur.

Le noir et blanc renforce l'aspect tentaculaire de la ville.

Le noir et blanc renforce l’aspect tentaculaire de la ville.

Il est regrettable que La cité sans voiles ne puisse pas aller jusqu’au bout de son idée afin d’explorer une nouvelle méthode de travail et un nouveau traitement du genre. Cependant, on ne pourra pas nier que ce film a ouvert la porte à de nombreux autres cinéastes, peut être plus talentueux, mais qui n’aurait  jamais pu tenter de mettre la ville à nue jusqu’au point que le spectateur en devienne voyeuriste (la caméra qui passe par la fenêtre pour filmer le meurtre) et se permette une lecture personnelle de l’action et de l’intrigue, chose impossible lorsque le décor unique ne permet aucune improvisation.

7,5/10

 

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