Django Unchained – Quentin Tarantino (2013)

Le meilleur film de Quentin Tarantino ?

Le meilleur film de Quentin Tarantino ?

On l’avait remarqué depuis quelques temps: Quentin Tarantino a mûri. Aussi bien dans son écriture que dans sa manière de « piller » sa culture cinématographique. Plaçant ses personnages sur le devant sa mise en scène, l’aspect nombriliste de certaines de ses oeuvres est remplacée par une simili sagesse où amour du cinéma et talent de conteur n’auront jamais été aussi bien mixés (Jackie Brown mis à part, étant donné qu’il ne s’agit pas d’un scénario original). D’une patience rare (le plaisir de raconter la quête vengeresse de Django est loin devant la violence esthétique), Django Unchained rappelle les bons moment passés devant Kill Bill, deuxième du nom, y compris dans la scène au coin du feu, où les deux protagonistes échangent leur vision du monde autour d’anecdotes personnelles et de légendes urbaines.

Jamie Foxx est charismatique et supporte bien le poids de son personnage.

Jamie Foxx est charismatique et supporte bien le poids de son personnage.

Mais il serait réducteur de comparer ces deux oeuvres, uniquement reliés par le genre avec lequel il flirte plus ou moins: le western. Vouant un amour sans bornes au cinéma spaghetti et plus particulièrement à son instigateur le plus renommé Sergio Leone, Tarantino nous gratifie d’un western sur fond d’esclavagisme. Et quoi de plus percutant comme idée de choisir un personnage à la peau noire pour incarner son modèle de héros, faisant un clin d’oeil discret à Franco Nero qui dessoudait du Sudiste à la Gatling dans Django, premier du nom. Hommage discret ou volonté d’en finir avec ce melting-pot cinéphilique qui est devenu sa marque de fabrique ? On pourrait croire que le cinéaste a réellement évolué et trouvé sa voie tant sa première partie (la vengeance) est un summum d’écriture, de mise en scène et de maturité.

Le duo d'acteurs est fusionnel et ça se ressent à l'écran.

Le duo d’acteurs est fusionnel et ça se ressent à l’écran.

Moins ronflant et voyant que ses films précédents, Django Unchained cherche avant tout à emmener le spectateur au confins du Texas, lui faire ressentir le froid, le sang et la poussière qui se dépose sur les lèvres de Jamie Foxx et Christoph Waltz, ce dernier ayant du mal à sortir du personnage incarné dans Inglourious Basterds, le cruel colonel Hans Landa, dont la verve singulière propre à l’acteur n’échappe pas à la redite.  S’affranchissant du côté spectaculaire afin de développer petit à petit ses personnages (sur 2h45 de temps, il a le temps), Tarantino n’oublie jamais ce que le spectateur est venu recherché: une oeuvre bavarde, aux punchlines acérées et aux dialogues finement ciselés, le tout agrémenté d’une touche de fun et de révérence.

Certaines scènes prêtent à sourire, au détriment de l'intensité du scénario.

Certaines scènes prêtent à sourire, au détriment de l’intensité du scénario.

Comme s’il s’était contenu depuis le début, il laisse éclater ses caprices d’enfant gâté en deuxième partie du film (le sauvetage). L’apparition fortuite du réalisateur dans le film est inutile car son jeu d’acteur le ridiculise d’autant plus que son personnage est mineur et ne lui permet uniquement qu’à flatter son ego (c’était déjà le cas dans ses précédents films). D’autre part, la violence stylisée, justifié la plupart du temps par l’époque dépeinte, les moeurs locales et le comportement particulièrement cruels des personnages, se vautre dans la gratuité méchante lors de certains passages n’amenant que très peu d’eau au moulin du scénario (la mort sanglante de d’Artagnan ne permet-elle que de faire un jeu sur Alexandre Dumas ?). Et même si elle est aussi jubilatoire que la mise en scène est intense, la fusillade de Candyland n’est-elle pas présente pour survolter le spectateur, par peur de l’ennuyer ?

C'est insuffisant de se reposer sur ses acquis, aussi solides soient-ils...

C’est insuffisant de se reposer sur ses acquis, aussi solides soient-ils…

Une grande part de la seconde moitié est due au repas d’affaires entre les différents personnages. Tel un peintre sous acide, créant des personnages caricaturaux pour les perdre dans des circonvolutions, Tarantino parvient tout de même à les faire vivre sous la forme de miroirs grossissants: Leonardo DiCaprio ne désirerait-il pas ressembler ardemment au dandy européen qu’incarne Christoph Waltz, lui qui n’a que la richesse et le respect de ses pairs alors que l’autre a la prestance et la classe ? Samuel L. Jackson ne jalouse-t-il pas le statut de Jamie Foxx qui est parvenu à se ranger du côté des Blancs, sans servilité, jusqu’à en être devenu son égal ? En bien comme en mal, les deux duos se répondent constamment sous un feu nourri de répliques intelligentes et piquantes. Mais comme si la force de ses dialogues ne suffisait pas, le cinéaste mutile la clé de voûte de son film pour livrer la dose manquante de spectaculaire, le sang (en abondance), les zooms et les insultes anéantissant d’un trait la tension: une explosion de violence contenue qui range Django Unchained dans la catégorie de ses autres films.

Le cotât d'ultra violence tarantinesque est respecté.

Le cotât d’ultra violence Tarantinesque est respecté.

Tarantino fera-t-il donc encore et toujours du Tarantino ? Du moment qu’il le fait avec toute la bonne volonté du monde, avec un talent de mise en scène aussi exceptionnel, avec un amour des genres qu’il côtoie aussi fusionnel, avec un éclectisme musical aussi surprenant que revigorant (on a rarement l’occasion d’entendre du rap dans un western), on ne pourra jamais lui en vouloir. Loin de chercher à nous inculquer des valeurs morales ou une quelconque notion de l’esclavage, le côté décérébré de Django Unchained est clairement la clef de voûte de la réussite. Usant d’un cynisme hors pair (faire d’un Noir la pire ordure pro-Blanc force le respect), Tarantino s’inscrit une fois de plus dans les annales du cinéma agréable et décomplexé, qui dynamite les conventions à coups de Winchesters et de TNT.

8,5/10

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