La chair et le sang – Paul Verhoeven (1985)

L'aventure poussée dans ses retranchements les plus violents.

L’aventure poussée dans ses retranchements les plus violents.

Avant toute chose, j’aimerais éclaircir certains points, comme celui où La chair et le sang serait l’oeuvre ultime sur le Moyen Âge. Etant donné que l’aspect aventure prend le dessus sur l’aspect politique, guerrier ou social de l’oeuvre, je suis en total désaccord avec cette vérité établie. La seule guerre qui nous est montrée sert juste d’introduction aux personnages dans leur intégralité (excepté la princesse) et est bâclée, non pas sur le plan artistique (l’atmosphère est bien là) mais sur le plan scénaristique. Leur assaut, facilité par des adversaires à côté de la plaque qui ne cherchent pas à se défendre, montre bien qu’il ne s’agit que d’un prélude permettant d’attiser la flamme de la rancune et d’installer un baromètre de violence qui ne fera qu’augmenter par la suite.

Les combats sont plutôt mal chorégraphiés mais heureusement, ça n'est pas le plus important.

Les combats sont plutôt mal chorégraphiés mais heureusement, ça n’est pas le plus important.

Car il est clair que le film de Verhoeven explose tout ce qui a été fait de similaire ou d’approchant. On est bien loin de l’ambiance à la Robin des bois, où tout le monde sait se tenir, y compris les félons de la société. Ici, il n’y en a pas un pour relever l’autre. S’ils peuvent se trahir, ils le font sans aucuns scrupules, leur agissements répréhensibles se multipliant au fur et à mesure que l’on avance dans le film. Le génie du cinéaste, c’est de parvenir à nous faire aimer ses personnages de dépravés qui pillent et violent à tour de bras. Et c’est justement en cela que La chair et le sang se distingue de ses semblables: il n’y a aucune limite à la bassesse de l’être humain.

Verhoeven a parfaitement compris que le sexe et le pouvoir sont intimement liés.

Verhoeven a parfaitement compris que le sexe et le pouvoir sont intimement liés.

Se permettant des scènes d’une cruauté inouïe, on a du mal à imaginer que le film puisse être visionné dans une version amputée des moindres morceaux choquants. Car ce sont ceux là même qui fournissent une bonne moitié de la pellicule et qui esquisse l’identité de l’oeuvre. Une aventure sanglante où la pitié a depuis longtemps déserté le champ de bataille. Aucun avenir ne semble propice à l’épanouissement de notre troupe de bestials mercenaires, vivant l’instant présent avec ce qu’il faut de luxure et de manque de raffinement. La présence de la princesse permet d’ajouter un élément perturbateur nécessaire à la dramatisation de l’action, leur quotidien bouleversé par le charme et la politesse de cette dernière.

Certains plans arrivent à mêler amour et mort de manière subtile.

Certains plans arrivent à mêler l’amour et la mort de manière subtile.

Bien loin de ce à quoi on pourrait s’attendre mais pourtant très proche des thèmes abordés de manière récurrente dans le cinéma du réalisateur  le film n’est en fait qu’une histoire d’amour, l’arrivée de Rutger Hauer dans l’équation brisant le cercle intime pour en faire un triangle amoureux des plus délectables. En véritable tragédienne grecque, la jeune princesse (charmante Jennifer Jason Leigh) joue la carte de la manipulation pour obtenir les grâces du plus puissant des hommes, quelque soit son camp et son rang. Un jeu de miroirs si complexe qu’on doute de sa sincérité envers l’un et l’autre des partis à tout moment.

Les jeux de regards sont une part importante du rôle de l'actrice.

Les jeux de regards sont une part importante du rôle de l’actrice, coincée entre vie de promesses et promesse de vie.

Même s’il peut paraître kitsch à certains moments (les costumes envoient du lourd parfois), les décors, les musiques et l’armement utilisée augure d’une réelle envie de bien faire et d’une documentation exemplaire. Certains passages manquent de vitalité mais au regard de l’intégralité du film, le rythme est plutôt soutenu, l’action étant omniprésente, qu’elle soit sentimentale, cruelle ou physique. Les musiques utilisées ne sont pas sans rappeller des airs plus fréquemment utilisés dans le western mais la relation entre les deux genres, même si elle ne paraît pas évidente à première vue, peut facilement s’expliquer par la mise en exergue de certains points fondateurs du récit: prise d’un fort, pillage et siège de l’adversaire pour le récupérer. Un schéma somme toute assez classique dans l’Ouest américain.

Pauvres en décors, le film recentre tout sur le développement de ses personnages.

Pauvre en décors, le film recentre tout sur le développement de ses personnages.

Même s’il m’a déçu en n’étant pas à la hauteur de mes espérances (on me l’a vraiment sur-vendu), je peux facilement comprendre l’engouement qu’il suscite. auprès des fans. Peu de cinéastes seraient près à entacher leur carrière comme l’a fait Verhoeven en signant La chair et le sang, longuement censuré et classé comme oeuvre pornographique par sa violence crue et ses agissements impardonnables. Mais qui a dit que cette époque était rose ? Certainement pas lui en tout cas…

7,5/10

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