Archives Mensuelles: janvier 2013

Chasse à l’homme – John Woo (1993)

Un film que je n'ai pas revu depuis mes 8 ans !

Un film que je n’ai pas revu depuis mes 8 ans !

Premier film de John Woo sur les terres de l’Oncle Sam, Chasse à l’homme peut et se doit d’être considérer comme une excellente transition entre ces deux pays de tournage favoris. Honk Kong n’est plus là et son univers très particulier, souvent ancré dans des histoires de triade et si propice aux polars hard-boiled, se voit échangé par une intrigue plus cloisonnée, où le nombre de personnages et leurs interactions sont limitées. Tirant plus du côté du survival guerrier, son petit bébé américain respecte la charte habituelle des productions de Woo: gunfights, acrobaties et ralentis.

Ça ne lésine pas sur les explosions !

Ça ne lésine pas sur les explosions !

C’est d’ailleurs ce film qui révélera Jean Claude Van Damme aux yeux des cinéastes d’action chinois tel Tsui Hark et Ringo Lam avec qui il collaborera quelques années plus tard à son grand plaisir. Mais mis à part ses compétences martiales alliées à une vitalité physique impressionnante permettant à l’acteur de se dépasser dans les scènes d’action, je ne vois pas vraiment ce qu’ils ont pu lui trouver, Woo n’arrivant jamais à lui faire cesser ses clins d’oeils complices à tout bout de champ, décrédibilisant le côté animal de son personnage. Tel un serpent vivant dans le bayou depuis sa plus tendre enfance, Chance Boudreaux ne fait qu’un avec la nature, préférant fuir la ville pour avoir une chance d’échapper à ses poursuivants.

Quelque soit la saison, la chasse est ouverte...

Quelque soit la saison, la chasse est ouverte…

C’est d’ailleurs dommage que cet aspect sauvage n’ait pas bénéficié d’une attention toute particulière qui aurait pu emmener Woo dans un nouvel univers. Mais il préfère garder ses hangars désaffectés et ses usines délabrées qui sont davantage propices à des explosions et des cascades en tous genres. La présence de volatiles est encore plus forte que dans n’importe lequel de ses autres films, gimmick qui n’est jamais gênant mais qui renforce mon opinion qui est que John Woo voulait faire ornithologue quand il était petit. Sa caméra se promène partout, rendant l’action ultra lisible et permettant à Van Damme de démontrer son talent d’action man sous toutes les coutures. Par contre, jamais une balle ou une explosion ne le blessera: un problème majeur pour une chasse à l’homme qui n’a plus rien de réaliste lorsque des types surarmés et entraînés loupent leur cible à tous les coups.

Un plan très classe, déjà présent dans Tango et Cash.

Un plan très classe qui permet de confronter le bien et le mal dans la même scène.

L’idée est très intéressante et aurait gagné à être plus étoffée car le message qu’il semble vouloir délivrer a tout de politique, le pauvre dégommant du riche à tout va. Les bad guys sont charismatiques et leurs affrontement sont aussi spectaculaires qu’ils sont fréquents. Avec cette Chasse à l’homme, on en a pour son argent et c’est tout ce qui compte. John Woo prouve qu’il peut faire tout aussi bien ailleurs, même si le mal du pays se fera vite ressentir par la suite.

7/10

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Mother’s Day – Darren Lynn Bousman (2010)

Pour le coup, Bousman m'a bien bluffé !

Pour le coup, Bousman porte mal son nom…

Je sais pas ce qui me passe par la tête à chaque fois mais je ne peux pas m’empêcher de laisser une troisième (voire quatrième) chance aux réalisateurs qui m’ont déçus. Darren Lynn Bousman s’inscrit dans cette liste noire depuis qu’il s’est occupé de la saga Saw, soit depuis le début de sa carrière. Mais ce Mother’s Day qui est passé complètement inaperçu, mérite qu’on s’y attarde tant il semble avoir tout de l’excellent home invasion. Et ce genre étant très souvent usé jusqu’à la moelle par de mauvais faiseurs, ça fait toujours plaisir de voir qu’on peut toujours dénicher ici et là quelques bobines admirables, à défaut d’être incontournables.

La moyenne d'âge des otages apporte un souffle de vitalité à l'action.

La moyenne d’âge des otages apporte un souffle de vitalité à l’action.

Bien loin de dépoussiérer le genre, le film de Bousman lui apporte un vent de fraîcheur, notamment dans son casting principalement composé de jeunes trentenaires. Construire sa vie de couple, de famille et la réussir demandant beaucoup d’efforts, les voir réduit à néant par l’arrivée impromptue d’une famille de barges dans notre quotidien peut être une expérience réellement traumatisante. La première demie-heure prend le temps de mettre en place les nombreux personnages et la situation qui va se faire réunir les deux groupes. Puis tout s’accélère et Bousman montre qu’il a un réel sens du rythme, ne gâchant pas toutes ses cartouches au début du métrage.

La violence psychologique est bien plus efficace que la violence physique.

La violence psychologique est bien plus efficace que la violence physique.

Ce qui m’a étonné de prime abord, c’est cette volonté de faire un huis-clos féministe. En premier lieu, on rencontre la figure maternelle des intrus, femme douce et chaleureuse mais qui s’avère être sévère et très porté sur des valeurs familiales solides, valeurs qui lui sont personnelles bien qu’héréditaires (tel mère, telle fille). Puis on s’étonne de voir l’intégralité du casting féminin lui tenir tête alors que les hommes semblent castrés à l’idée de porter atteinte aux dires et aux actes de la femme manipulatrice. D’ailleurs, l’intégralité du bodycount se trouve chez les hommes (plus la maîtresse), démontrant ainsi que Bousman cherchait à faire son The Descent en mettant en avant le sexe faible (l’intrusion étant une sorte de viol, le sujet parle principalement aux femmes).

Ce genre de plans laisse remonter beaucoup de fantasmes à la surface...

Ce genre de plans laisse remonter beaucoup de fantasmes à la surface…

Par contre, son expérience acquise dans les films d’horreur ne joue pas en sa faveur. Multipliant le grand guignol dans les dernières bobines, les meurtres sont plus sanglants que nécessaire et les plans cadrés sur les corps meurtris font perdre l’angoisse qu’aurait pu amener un peu plus de finesse et de suggestion, diminuant l’ambiance claustro du film. Quelques scènes cyniques permettent de relâcher la tension, même si certaines d’entre elles sont à côté de la plaque (la musique country pendant la bagarre qui oppose deux des victimes). Rebecca de Mornay offre une performance saisissante, entre délicatesse et brutalité, la fin la cataloguant dans les pires bitches jamais vu au cinéma.

Les liens du sang, c'est sacré !

Les liens du sang, c’est sacré !

Une excellente surprise dans l’ensemble. On regrettera juste les défauts inhérents à ce genre de film, comme les victimes qui ne pensent jamais à récupérer les armes qui traînent ou les méchants qui expliquent toujours leurs plans diaboliques ou font de la morale à deux balles au lieu de trancher dans la vif.

7/10

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Patriotes – Nicholas Meyer (1991)

N'est pas John Le Carré qui veut...

N’est pas John Le Carré qui veut…

Ambiance post Guerre froide, Gene Hackman, espionnage. Tout ça laissait augurer d’un bon petit film sinon réjouissant, au moins divertissant. Il n’en est rien, la faute à un scénario creux et sans ampleur, où on ne comprend ni les enjeux politiques, ni les décisions gouvernementales. Un film de petit malin qui se mord la queue à force d’essayer d’être mystérieux et complexe. En temps normal, j’aime beaucoup Hackman mais là, il donne carrément le minimum syndical requis pour épaissir son personnage. On ne croit pas une seule seconde que cet homme soit une légende vivante du renseignement américain tellement c’est une brêle à tous les niveaux: discrétion, réflexion, réactivité. A peine un gros balourd apte à faire la secrétaire dans les bureaux de la CIA.

"- Tu trouves pas que ce film sent un peu la merde ?"

« – Tu trouves pas que ce film sent un peu la merde ? »

Et portant, l’idée de faire un film d’espionnage qui se situe juste après la chute du mur de Berlin est astucieuse. Elle permet de prendre le pouls de l’apaisement des tensions entre Russie et Etats-Unis tout en filmant dans des décors encore empreints d’une atmosphère lourde en histoire et en évocation politiques. La majeure partie du film se déroule dans la capitale allemande mais on ne semble jamais enfermé dans un carcan d’oppression, que les personnages se trouvent dans Berlin Est ou Berlin Ouest. Peu de réactivité de la part des forces de l’ordre et une chasse à l’homme digne d’un feuilleton…allemand (je ne citerai pas de nom).

Ca rassure de voir que la police est aussi douée dans les autres pays que le nôtre...

Et cette fin, qui d’après la réputation du film, justifierait à elle seule le visionnage, est d’une platitude exemplaire. Certes, la tour Eiffel est bien filmée et son aspect de toile d’araignée métallique permet à la tension de rebondir pour offrir un climax un peu étouffant. Mais la manière dont ça se termine, c’est juste du foutage de gueule de compétition ! On est dans les hautes sphères de la fainéantise et je pèse mes mots. Passez votre chemin, vous ne vous en porterez que mieux…

2/10

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Open Range – Kevin Costner (2003)

Le western n'aura jamais été aussi beau.

Le western n’aura jamais été aussi beau.

Il est clair que lorsque Costner se met derrière la caméra, on a souvent droit à une leçon de cinéma. Sa sensibilité à fleur de peau, son patriotisme farouche et son amour pour un genre trop souvent limité au sang et à la poussière lui permettent de piétiner les plates-bandes des dizaines de cinéastes l’ayant investi avant lui afin de leur montrer que l’Ouest américain est bien plus que ça. Initiant son récit en filmant des étendues verdoyantes à perte de vue, Costner livre en premier lieu un message écologique puissant, démontrant par l’intermédiaire de son groupe de cowboys que l’âme est en paix lorsqu’elle est en communion avec la nature. Mais que lorsqu’elle rejoint la folie de la ville et de ses habitants, elle ne peut qu’exploser de fureur face à autant d’injustices.

Les décors sont à couper le souffle, sublimés par un Scope qui est tout à fait à sa place.

Les décors sont à couper le souffle, sublimés par un Scope qui est tout à fait à sa place.

Dans Open Range, le plaisir est dédoublé, Costner s’attribuant également l’un des premiers rôles. Mais en compagnon souvent mutique face aux étrangers, il laisse Robert Duvall exploiter toute l’étendue de son talent. Que ça soit dans les discours de persuasion ou dans les discussions nostalgiques, l’acteur laisse une empreinte au fer rouge de son personnage, habitant quelqu’un qui a roulé sa bosse et qui aspire à un havre de paix. Son alter ego, incarné par le cinéaste, ne laisse aucun doute quand au respect qu’il voue à Boss (son surnom équivalent à autant de descriptions inutiles), même si son calme apparent laisse deviner une impulsivité endormie et une violence latente (la scène du réveil, le saloon, le coup de pied au gamin…). Son regard aiguisé et sa capacité d’écoute, rendant diaphane les âmes de ceux qu’il regarde, inscrive le personnage de Charley dans le rang de ceux qui trop fréquemment vu le mal pour ne pas le reconnaître lorsqu’il croise sa route.

Le groupe, aussi soudé soit-il, laisse s'exprimer la personnalité de chacun.

Le groupe, aussi soudé soit-il, laisse s’exprimer la personnalité de chacun.

Posant un regard bienveillant sur cette époque difficile, Open Range évite les écueils du genre en refusant d’accumuler les clichés, son histoire de vengeance ne se nourrissant que de cette lutte intestine entre bien et mal qui dévore chaque être humain. Charley passe par cette étape difficile (le mourant qu’il refuse de pardonner) et l’intégralité du film décrira sa quête personnelle. Ayant soif d’apaisement, il trouve à la ville ce qu’il n’aurait jamais espéré trouver dans les prairies où paissent ses vaches: l’amour et une raison de survivre. Chaque scène amenant un élément décisif à l’issue du récit contient son thème musical. Loin des standards du western, on nous gratifie d’une bande originale, tantôt mélancolique, tantôt entraînante, suivant l’état d’esprit du duo Costner/Duvall. Ce qu’ils ne nous disent pas, la musique le traduit pour eux.

Douce et serviable, Sue représente la femme idéal pour un homme tourmenté comme Charley.

Douce et serviable, Sue représente la femme idéale pour un homme tourmenté comme Charley.

La mise en scène est plutôt traditionnelle dans les scènes « banales » mais elle explose de virtuosité lorsque la tension est à son comble, explosant de maîtrise dans l’affrontement final qui aligne les plans géniaux à la précision chirurgicale jusqu’à la gestion de l’espace inventive, rendant immense le terrain de chasse des hommes de main de Baxter. Même si on connaît l’issue, Costner ayant une idée très arrêtée sur la façon de raconter une histoire, on tremble à chaque altercation, à chaque regard de travers, à chaque parole malveillante prononcée. Simples éleveurs de bétail, il faudra attendre jusqu’à la fin du film pour savoir si les deux hommes sont de taille face aux bandits auxquels ils font face, leur habileté au fusil n’ayant jamais été démontré jusqu’alors.

Le film est beau du début à la fin !

Le film est beau du début à la fin !

D’ailleurs, c’est cette particularité qui fait d’Open Range un film exceptionnel, car il arrive à concilier violence des gunfights (les coups de feux sont détonnants), dramatisation des enjeux (on veut que l’idylle de Sue et Charley fonctionne) et simplicité des scènes quotidiennes (les discussion du bivouac sont très riches à tous les niveaux). J’avais un peu peur de m’atteler au visionnage de Danse avec les loups avant Open Range. A présent, je vais y aller les yeux fermés.

10/10

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Allan Quatermain et les mines du roi Salomon – Jack Lee Thompson (1985)

La Cannon a aussi son Indiana Jones !

La Cannon a aussi son Indiana Jones !

Fleurant le bon plan à des kilomètres en voyant la réussite de la saga de la Paramount au box-office, les moguls du groupe Cannon décidèrent de surfer sur la vague d’exotisme et d’aventure que promet le serial, en s’inspirant d’un héros né cent ans auparavant, à la toute fin du 19ème siècle. Mais la qualité n’est pas vraiment au rendez-vous, Allan Quatermain se contentant de rester dans l’ombre d’Indiana Jones, le parodiant même dans ses mimiques et sa confiance en soi. Un coup de poker qui aurait pu marcher au bluff si le génie créatif de Spielberg et Lucas ne s’était pas déjà emparé du genre et n’avait pas raflé toute l’attention du public.

Les aventuriers doivent fréquenter les mêmes magasins pour se ressembler autant...

Les aventuriers doivent fréquenter les mêmes magasins pour se ressembler autant…

Reprenant tous les ingrédients et les codes du film d’aventure en y ajoutant une touche comique (beaucoup trop omniprésente) dédramatisant les situations les plus périlleuses, le constat ne peut qu’être amer. Quatermain ne leurre personne et la pouliche qui l’accompagne non plus, simple faire-valoir à des blagues machistes ou des roucoulements de tourtereaux transis. C’est d’ailleurs amusant de voir Sharon Stone dans l’un de ses premiers grand rôles, même si elle a du s’en vouloir tant il lui aura fallu du temps avant de remonter la pente, sa collaboration tardive avec Verhoeven l’amenant sur les feux de la rampe (Total Recall puis Basic Instinct).

J'ai arrêté de compter le nombre de fois où Chamberlain lui pelote le cul après 10...

J’ai arrêté de compter le nombre de fois où Chamberlain lui pelote le cul après 10…

Plaisant pour le jeune âge, on est très loin de l’intensité de son collègue, que ça soit dans le jeu d’acteur et dans la profondeur du personnage. Même si Quatermain aura droit à une trilogie, Les mines du roi Salomon ayant attiré un public assez conséquent pour envisager une suite, elle est bien loin de faire de l’ombre à sa Némésis. Il aura plus de chance de trouver une gloire éphémère aux côtés de compagnons de fortunes et d’aventuriers déchus qu’est La ligue des gentlemen extraordinaires dont il fera partie. Une bien piètre consolation pour ce chasseur africain en quête d’aventures palpitantes.

Ah ! L'artisanat des décors et des effets spéciaux !

Ah ! L’artisanat des décors et des effets spéciaux !

Si l’humour potache n’avait pas suffit à dé-crédibiliser la force de l’action, les effets spéciaux s’en chargent à merveille. Relevant des fonds de tiroirs, les créatures et autre explosions sont indignes d’une production cherchant à rivaliser avec ce qui se fait de mieux dans le genre. Encore aujourd’hui inégalé, la saga des Indiana Jones n’a pas fini de briller et d’éblouir tous ces nababs avides d’un tel succès planétaire. C’est beau de rêver.

5,5/10

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