Mad Detective – Johnnie To (2007)

Johnnie To est vraiment le maître du polar chinois.

Johnnie To est vraiment le maître du polar chinois.

Le traitement fantastique appliqué au polar a ses bons et ses mauvais côtés. Le mauvais, c’est que l’on tombe irrémédiablement dans une ambiance manga à cause du personnage principal qui sort du lot par sa folie et son développement psychologique plus qu’anormal. Le bon, c’est que ce mélange des genres, inhabituel aussi bien pour le polar en général que pour To en particulier, permet des rebondissements ingénieux, une mise en scène originale et un scénario aussi inattendu qu’étrange. Mais n’est-ce pas là un raccourci qui permet au cinéaste d’éviter de développer justement son personnage par les dialogues en mettant l’intégralité de la folie (du génie ?) de l’inspecteur Bun en images ?

On n'échappe pas à la scène cliché soit la mise en abîme de l'esprit dérangé.

On n’échappe pas à la scène cliché soit la mise en abîme de l’esprit dérangé.

Pourtant, le triangle humain fonctionne particulièrement bien. Chaque personnage interagit avec l’autre de manière intense et brutale, comme des aimants qui se repousseraient, la scène la plus marquante étant celle du restaurant où Bun provoque la colère de Chi-wai afin de connaître la hiérarchie de ses différentes personnalités. Car les fondations du film reposent essentiellement sur cette particularité qui entraîne la part de fantastique: l’inspecteur Bun est à même de voir les démons intérieurs des personnes qu’il a en face de lui. Et celui qu’il tente de mettre hors-jeu est particulièrement gratiné à ce niveau là, multipliant les personnalités suivant les situations: au nombre de 7 (renvoyant directement à Seven pour l’aspect ténébreux de la pellicule), seules quelques unes auront un véritable impact sur le déroulement des actes de Chi-wai, rendant le concept frustrant.

Une personne peut en cacher une autre...voire plusieurs.

Une personne peut en cacher une autre…voire plusieurs.

Le trip halluciné de Bun donne lieu à des scènes incroyables, justifiant à lui seul la mise en chantier du film et la mise en scène spectaculaire dont To fait preuve (le final enchaîne les plans qui font saliver). Bien loin de ses précédentes réalisations et pourtant si proche par les thèmes brassés et les personnages charismatiques, Mad Detective emprunte un chemin très peu balisé, se prenant les pieds dans quelques ornières qui traînent ici et là mais atteignant le sommet de la côte sans trop de difficultés grâce à une intrigue policière banale mais très bien ficelé. Toujours efficace, sans jamais tomber dans le sentimentalisme débordant (les visions de sa femme s’adaptent très bien au récit), les quelques longueurs (le rendez-vous entre collègues) sont rattrapés par des passages à la fulgurance rare chez les contemporains de To mais toujours omniprésentes dans son cinéma.

L'impasse mexicaine, un classique qui tient toujours une place prépondérante dans le cinéma asiatique.

L’impasse mexicaine, un classique qui tient toujours une place prépondérante dans le cinéma asiatique.

Même si les facilités scénaristiques liés au « pouvoir » de Bun paraissent tirées par les cheveux, le tout passe sans problème et la courte durée du long métrage permette d’insister sur la rareté du procédé et l’exclusivité de ce mélange chez le cinéaste pour que l’on ne se sente pas lésé par un besoin de prendre des raccourcis. Et puis, s’il faut passer par des films aussi funs pour financer des longs métrages comme Vengeance ou le futur Drug War, je suis preneur.

7/10

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