Black Death – Christopher Smith (2010)

Une retranscription fidèle de l'ambiance qui semblait régner au Moyen Âge

Une retranscription fidèle de l’ambiance qui semblait régner au Moyen Âge.

Heureusement qu’on peut taper sur le christianisme avec un peu plus de ferveur que sur d’autres religions (je ne les citerai pas pour ne pas alimenter le débat) car ce qui en découle tient souvent du chef d’oeuvre. Lorsque la morale et la conscience laisse place à la foi, c’est avec une brutalité sans précédent qu’elle laisse une trace de son passage, la peste faisant rage dans les villages n’étant que le présage d’un châtiment imminent, sentinelle éclaireur des envoyés de Dieu. Qu’ils soient athées, impies ou vertueux, aucuns personnages n’est développé de manière à ce qu’une identification soit possible. On ne fait que les détester, puis les aimer, basculant ainsi notre jugement de valeur aux oubliettes pour nous montrer que nous sommes aussi manipulables que les villageois.

Les fervents agneaux de Dieu paraissent tout aussi cinglés que les non-croyants, voire plus.

Les fervents agneaux de Dieu paraissent tout aussi cinglés que les non-croyants, voire plus.

Partant d’un postulat simple (la peste ravage le pays), Smith parvient à faire s’entrecroiser des destins divers et variés par le biais d’un scénario habile. Personne n’est plus méritant que l’autre à obtenir sa place à la gauche du Seigneur et leur fourvoiement dans la foi leur fera commettre des actes impardonnables. Ce bouclier religieux n’aura de cesse de s’imposer entre la cruauté et la barbarie dont ils font preuve et la quête salvatrice qu’ils sont venus accomplir. Le Bien comme le Mal perd alors toute nuances pour ne devenir que violence et aliénation. Le réalisme cru dont fait preuve le cinéaste durant la scène de bataille fait froid dans le dos (c’est ultra violent), contrebalançant avec des dialogues intelligemment mis en scène comme la confession du pestiféré avant sa mort ou celle d’Ulric dans l’église (Sean Bean parfait en tout points).

Aussi repoussants et brutaux qu'ils puissent paraître, leur coeur est rempli de bonnes intentions.

Aussi repoussants et brutaux qu’ils puissent paraître, leur coeur est rempli de bonnes intentions.

Sale, sans parti pris, réaliste, terrifiant, Black Death parvient à mélanger différents genres sans jamais se perdre en chemin. La scène finale, iconisant définitivement Sean Bean et l’homme de foi, tient plus du survival que du film médiéval. Les mouvements de caméra sont fluides, parfois inventifs (la crucifixion en caméra à l’épaule) et permettent au cinéaste, malgré le manque cruel de moyens, de livrer un film dense, aux multiples rebondissements (certains trop faciles) et à l’envergure importante, emportant tout le monde grâce à un message universel. En mettant en porte à faux les valeurs de l’église et l’étroitesse d’esprit des êtres humains, malgré leurs croyances et leurs vénérations, Black Death nous plonge dans l’horreur quotidienne du Moyen Âge, où toute chose doit avoir une explication rationnelle ou spirituelle, la peste étant décrite comme l’oeuvre du démon.

Il est plus facile de vénérer un être fait de chair et de sang qu'une idéologie insondable.

Il est plus facile pour certains de vénérer un être fait de chair et de sang qu’une idéologie insondable.

N’allant jamais dans l’extrême et ne montrant que le principal, ce film dégraissé de toutes imperfections par une économie de moyens et une gestation en haut-lieu permet d’asséner son message à coup de massue, sans jamais chercher à nous adresser une morale écoeurante. Nous sommes juste spectateurs de la folie des hommes et sommes libres de choisir notre camp, à l’instar de la troupe mené par Ulric. Mais tout comme dans le film, à la fin, quelque soit le choix que l’on fait, une seule issue est possible et la mort vient tous nous chercher, que l’on soit athée ou non.

8,5/10

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