Killing Them Softly – Andrew Dominik (2012)

Ce sont les Républicains qui doivent être fiers de cette affiche...

Ce sont les Républicains qui doivent être fiers de cette affiche…

Les producteurs devraient davantage se tourner vers la littérature pour y trouver une source de renouvellement (Drive semblait vouloir relancer cette mode). L’attitude badass ne collait véritablement plus trop à la peau de quiconque (hormis peut être au casting de The Expendables) depuis quelques années. Andrew Dominik a réussi l’exploit de s’infiltrer dans la sélection compétitive très cloisonnée du festival de Cannes pour le mitrailler de l’intérieur. Une sorte de terroriste cinématographique. L’aspect badass vient surtout du fait que le casting est exclusivement masculin, la seule femme présente incarnant une prostituée, rabaissant ainsi le taux d’oestrogène à zéro. Ce qui n’est pas plus mal vu le sujet traité…

Chaque cigarette se savoure car elle est potentiellement la dernière...

Chaque cigarette se savoure car elle est potentiellement la dernière.

Car le film ne parle ni plus, ni moins que d’un règlement de comptes. Un contrat sur des têtes. Et le tueur à gages joué par Brad Pitt a plutôt la classe. Bavard, cynique, froid et méthodique, il tue en se souciant que des répercussions sociales dans le milieu. Son jugement peut paraître fou à certains moments mais il avance de si bons arguments qu’on se rallie à son point de vue. Allié à une mise en scène où la violence est stylisée (on n’est pas non plus chez Scorsese ni Tarantino), les exécutions sont plutôt réussies, les travellings faisant penser à du Coen de qualité. Pimentant les scènes où la verve de ses gangsters se met en branle par des effets de style toujours bien sentis (ralentis, effet psychédélique), le temps passe plus vite et on en oublie un scénario quasi inexistant (un tueur traque des braqueurs) pour se concentrer sur la portée psychologique des personnages et leurs états d’âme, bien peu différents des nôtres.

La tension de cette scène est palpable dans le moindre geste et la moindre parole.

La tension de cette scène est palpable dans le moindre geste et la moindre parole.

Pour se concentrer sur eux et eux seuls et nous faire ressentir leurs émotions, Dominik use et abuse de plans où l’on colle de très près ses personnages, faisant souvent étalage de plans séquences peu complexes mais efficaces. Et ça fonctionne à 200% durant la scène du braquage où notre coeur se met à battre plus fort, où l’on retient notre respiration et où nos yeux restent écarquillés durant les vingt bonnes minutes du casse. Cependant, malgré la pluie omniprésente et la noirceur qui se dégage de la pellicule, le décorum est pauvre et on ne sait jamais dire exactement dans quelle ville on se trouve. Mais est-ce gênant pour autant, étant donné que la raison d’être du tueur à gages n’a pas de frontières et semble s’étendre à l’Amérique tout entière. Le sous-texte politique n’est jamais pompeux, se glissant entre chaque prise de décision tel un message subliminal vindicatif. Placer l’action durant la campagne présidentielle d’Obama permet au cinéaste de montrer que les mafieux n’ont que faire du changement à la tête de l’état. L’Amérique est considérée non plus comme un pays mais comme une entreprise où on s’en met plus ou moins dans les poches. Tout est une question d’ambition et qui ne l’a pas compris n’est pas véritablement un Américain. C’est l’American Way of life revu et corrigé.

L'Amérique est un gâteau géant dont tout le monde veut une part.

L’Amérique est un gâteau géant dont tout le monde veut une part.

Même s’il fut boudé à Cannes, Killing Them Softly (qui n’est pas sans rappeler une chanson des Fugees dont le cinéaste a eu la bienséance de se passer pour sa bande originale) marque des points et rehausse l’intérêt du public pour les gueules cassés, les menaces expéditives et les histoires simples mais bien torchées. La loi du plus fort fait partie intégrante de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique et ce, pour l’éternité.

    

8,5/10


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