Police frontière (1982)

Les vieux clichés sont faits pour déteindre et changer de couleur…

Ce titre peut paraître quelconque au premier abord. Mais il est plus efficace qu’il n’y parait. Le film de Tony Richardson ne se contente pas de nous conter la vie d’un douanier cherchant un moyen simple de terminer sa carrière et permettra à sa femme de s’embourgeoiser. Le sous-texte est beaucoup plus subtil que cela. La frontière correspond à celle, bien sûr, entre les Etats-Unis et le Mexique, entre pays du Sud et pays du Nord. Mais elle est également la frontière qui démarque la pauvreté de la richesse, celle de l’élévation de l’âme (la première scène) face au fourvoiement des autres (les magouilles des douaniers), la limite entre un destin scellé et un avenir incertain. Plus simplement, on peut clairement dire que cette frontière délimite le bien et le mal.

La lutte du bien et du mal n'est pas sans étincelles, chacun cherchant à rallier l'autre à sa cause.

La lutte du bien et du mal n’est pas sans étincelles, chacun cherchant à rallier l’autre à sa cause.

Mais ce serait mentir que de dire que tout le bien est d’un côté et le mal de l’autre car les exceptions à la règle ne dérogent pas ici. Le personnage de Jack Nicholson représente la seule parcelle de bienveillance existante dans le camp ennemi tandis que le receleur Manuel pourrit l’innocence des Mexicains. En les déshumanisant dès leurs premières apparitions (ils sont appelés wetbacks du début à la fin), le cinéaste permet à Nicholson de mystifier son image auprès de cette population recluse dans des bidonvilles, resserrant le cadre psychologique sur les personnages qui ont de l’intérêt vis à vis du scénario. Sauveur de la veuve et de l’orphelin (au propre comme au figuré), il cherche par cette action de sauvetage à être pardonner de ses péchés et donner un sens à sa vie.

La route vers la rédemption est longue et semée d'embûches.

La route vers la rédemption est longue et semée d’embûches.

Mais les préjugés ont la vie dure (la scène où la jeune femme le remercie pour l’adresse vaut plus que tout ce que je pourrais dire) et les différentes manifestations d’humanité du douanier vont paraître superflues aux yeux de ses collègues et étranges aux yeux des Mexicains. Nicholson joue toujours juste malgré un rôle sur le fil du rasoir, à la fois colérique et tendre, ces humeurs changeant suivant le personnage qui lui fait face. Hors du moindre carcan émotionnel, il peut donc libérer son jeu et sa prestation n’est est que plus époustouflante. Ne vous fiez jamais mais alors jamais aux titres des films (ni à leurs jaquettes).

8,5/10

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