La Nuit Hallucinée

La nuit hallucinée

19h23. L’entrée dans la salle ne se fait pas sans surprises. Celle-ci, quasiment comble, ne nous laisse que très peu de choix quand aux places à chérir. Car c’est durant 10 heures que nous resterons assis, ne laissant respirer le tissus rouge que pour se restaurer ou se dégourdir les membres, quel qu’ils soient. Mais il n’y a pas que nos fesses qui garderont le souvenir de cette nuit hallucinée. Nos rétines prendront cher, nos cerveaux gardant la trace indélébile des nanards visionnés tout au long de cette nuit blanche. Armés de cafés et de bouteille d’eau fraîche, c’est avec vaillance et détermination que nous avons regardé les quelques 800.000 images qui composaient le programme de la soirée, ne fermant l’œil que pour tenter de garder intact les derniers neurones qui nous séparent de la folie.

Des cuts Nanarland, des bandes annonces d’époque, une avant-première, un court métrage et 3 films. Autant dire que le cocktail réservé par l’association ZoneBis et le cinéma Comoedia est détonnant. Performances d’acteurs déplorables, traductions foireuses et répliques cultes, scénarios à la ramasse, le meilleur du pire sur grand écran était bel et bien présent à Lyon samedi soir.

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L'Everest de la connerie vient d'être atteint. Observons une minute de silence pour mon cerveau...

L’Everest de la connerie vient d’être atteint. Observons une minute de silence pour mon cerveau…

La soirée a débutée avec l’avant première d’un film qi n’a pas encore trouvé distributeur en Europe (on se demande pourquoi). Sortis tout droit du site Funny or Die (la maison mère de Will Ferrell),  Tim Heidecker et Eric Wareheim sont des avant-gardistes dans le domaine de la débilité. Allant à outrance dans le gag pipi\caca, il en ressort un décalage avec la réalité qui nous fait entrer dans un autre monde. Un monde où les blagues les plus nulles deviennent drôles, où notre échelle de valeur est bafouée par une plongée sans oxygène dans un océan de bêtise crasse.

Ils ont gagné le prix de la plus belle tête de con.

Ils ont gagné le prix de la plus belle tête de con.

Ce qui fait le charme de ce duo de comiques, c’est leur amour pour le mélange des genres. Par le biais de blagues frôlant la bienséance et faisant tilter l’éthique morale de toutes comédies qui se respectent, ils arrivent à créer une atmosphère unique qui rend leurs surjeux nécessaires pour faire baisser la pression. L’étrangeté de ce mélange réside dans certaines scènes où le fantastique allié à des images violentes s’installe et laisse un arrière-goût d’incompréhension et de malaise au spectateur (certains effets gores sont surprenants). Le politiquement incorrect trône aux côtés de la bouffonnerie la plus exacerbée (voir la bande annonce peut vous donner une idée de la chose).

Encore ce brassage des genres qui fait de ce film le Moulinex de la comédie.

Encore ce brassage des genres qui fait de ce film le Moulinex de la comédie.

Se payant un casting trois étoiles, les deux comparses donnent libre cours aux interprétations les plus hilarantes et à l’improvisation la plus grotesque grâce à des talents comiques qui éclaircissent le ton du film (Will Ferrell en fan de Top Gun, Jeff Goldblum en vendeur de sièges brevetés, John.C Reilly en concierge crasseux). On rit beaucoup, on ne sait pas toujours pourquoi mais il est agréable de voir de tels gogos prend leur « travail » autant à coeur. Ils ne leur reste plus qu’à canaliser leur folie pour en faire quelque chose d’ultime.

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Old school ! La meilleure école qui soit !

Old school ! La meilleure école qui soit !

Ca fait plaisir de voir un tel engouement du public pour un court métrage comme Le Réserviste. Bébé d’un Lyonnais pure souche en la personne de Mathieu Berton, on croirait le résultat d’une partouze entre Rambo et The Raid, auxquels viennent s’ajouter des punchlines héritées des péloches d’action 80’s/90’s. Un amour du genre transpire sur chacun des plans, le rythme soutenu aidant à faire passer comme une flèche les 38 minutes du court.

Comme un petit air de Stallone frenchy...

Comme un petit air de Stallone frenchy…

Ça défouraille (aussi bien avec des armes qu’autre chose), c’est généreux, jouissif, violent, régressif et véritablement old school. Qu’on aime ou qu’on déteste, on ne pourra pas nier les qualités de la réalisation (même si certains plans sont foirés, notamment lors de l’assaut en quads) et la recette de la soupe qui, même si elle est connue d’avance, n’est jamais aussi bonne que lorsqu’elle est fait dans les vieux pots. On en redemande encore et encore !

Le réserviste teaser

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On attaque le plat de résistance avec du navet dans la plus pure tradition du genre.

On attaque le plat de résistance avec du navet dans la plus pure tradition du genre.

« Et si on faisait un film tout moche, avec des acteurs pitoyables, un scénario au raz des pâquerettes et des créatures abominablement ratées ? On pourrait le vendre à des distributeurs aveugles ou à des producteurs manchots. Je donnerai mon aval ou signerait à leur place. Et si les critiques viennent me dire que j’ai accouché d’une merde intergalactique, je leur répondrais que c’était voulu car j’avais perdu ma fibre créatrice durant le tournage et que je n’avais pas eu les acteurs que je voulais au départ par manque de budget. Ça me permettra de faire un Troll 3 et de conclure ma trilogie ! ».

"Mange ta soupe ou c'est nous qui te mangeons !"

– « Mange ta soupe ou c’est nous qui te mangeons ! »

Non content d’obtenir la 95ème place du top 100 des pires films jamais réalisés sur IMDb, Claudio Fragasso vendrait du sable dans le désert. Partant d’un pitch déjà alarmant mais vendeur (une famille cherche le repos en partant un mois à la campagne, dans un village habité par des gobelins), il nous pond incohérences sur incohérences sur une toile de fond fantastico-féérique plus grotesque que gore. C’est simple, il n’y a pas une seule goutte de sang dans ce film (ou alors en hors champ peut être). Le gamin est insupportable et on ne désire qu’une chose: le voir se faire éviscérer avant la fin de la première bobine.

Quand elle s'y met, elle arrive à être charmante. Si si, j'vous assure !

Quand elle s’y met, elle arrive à être charmante. Si si, j’vous assure !

C’est marrant au début mais on se lasse vite du rythme mou du film qui ferait passer n’importe quel épisode de Derrick pour une préquelle de la série 24. Heureusement, quelques répliques cultes viennent pimenter le film (« Don’t piss on hospitality ! »). Mais nous avions été prévenus, on ne verra que le pire. Et pour renégocier son échelle de valeurs, rien de mieux qu’une telle bouse en guise de plat de résistance.

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Le meilleur film de la sélection ?

Le meilleur film de la sélection ?

Parce qu’il nous fallait notre cotât d’handicapés durant l’évènement, ZoneBis a décidé de frapper fort en nous diffusant le seul film mettant en scène, dans le rôle du méchant, un cul de jatte. Avec un tel florilège de scènes incroyables (dont un ralenti où ledit bad guy met à lui seul une raclée à quatres gonzes alors que son garde du corps se fait moucher malgré ses jambes), c’est clair que The Amazing Mr No Legs éclate tout les pourcentages pour l’année à venir au Comoedia. C’est sûr que c’est pas notre François Cluzet national qui peut se vanter de tels exploits.

La poursuite en voiture la plus chiante de toute l'histoire de l'humanité.

La poursuite en voiture la plus chiante de toute l’histoire de l’humanité.

Malgré ce personnage surréaliste, le film peut se targuer d’avoir un scénario clair et concis (on peut pas en dire autant de tous les films projetés) malgré la VF éclatante d’inventivité et les acteurs sous-doués. Ca aurait même pu faire un fabuleux double feature avec un film de sabres où le héros serait amputé des deux bras (vous moquez pas, j’suis sûr que ça existe). Ce film reste mon préféré de la soirée.

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Les affichistes ne sont plus ce qu'ils étaient...

Les affichistes ne sont plus ce qu’ils étaient…

Que dire si ce n’est qu’en démarrant ce film à 3h30 du matin, on se demande si on est pas un peu masochiste. Un 2 en 1 où toute la saveur et la réussite de la bobine tient à la seule et unique VF (et au montage, cela va sans dire). Plusieurs films sont mêlés en un seul et on ne sait jamais réellement qui joue dans quoi mais le tout garde un rythme soutenu et compréhensible. Les scènes d’actions sont dignes des plus grands chorégraphes connus et les acteurs semblent tout donner. C’est la course à l’Oscar du plus ringard: entre le ninja à l’accent british prononcé et l’agent d’Interpol se prenant pour Stallone dans Cobra, on a une ribambelle de scènes inoubliables. Une clôture à la hauteur de l’évènement. Merci ZoneBis.

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Une réflexion sur “La Nuit Hallucinée

  1. […] Samedi 1er Décembre 2012, ZoneBis avait lancé sa première édition de La Nuit Hallucinée. Appuyé par le collectif Nanarland, le cinéma Comoedia de Lyon lâchait sur grand écran le pire […]

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