Archives Mensuelles: décembre 2012

Friend – Kwak Kyung-taek (2001)

Détrompez-vous, ça n'est pas un film de baston...

Détrompez-vous, ça n’est pas un film de baston…

D’ailleurs, c’est quoi ? A vrai dire, je ne sais pas trop si c’est sérieux ou non. Au dos du boîtier, il est expliqué que l’histoire de Friend narre la véritable enfance du réalisateur. Sauf qu’on ne sait jamais quel personnage le représente et s’il n’en fait pas trop. Car le film est une pâle copie du fabuleux Il était une fois en Amérique, la longue durée et le génie visuel de Leone en moins. On y suit quatre mômes inséparables de leur plus tendre jeunesse (on accumule les clichés du passage à l’âge adulte en 20 minutes de film) jusqu’à leur mort (pour certains d’entre eux). Et que se passe-t-il durant tout ce temps ? J’aurais bien du mal à vous l’expliquer…

Les relations fraternelles qui se tissent entre certains personnages sont mal développées.

Les relations fraternelles qui se tissent entre certains personnages sont mal développées.

Kwak Kyung-taek enchaîne les années de son diaporama aussi rapidement qu’on s’ennuie. Les différents protagonistes, se devant d’être iconisés au détour d’une scène ou d’une tirade lorsqu’on touche à la fresque familiale ou filiale, sont présentés par un ralenti sorti de derrière les fagots durant lequel une voix off (on ne sait pas à qui elle appartient, sans doute au personnage qui incarne le cinéaste) nous décrit en deux phrases courtes la personnalité de l’un et de l’autre des joyeux drilles. C’est aussi efficace que de regarder la bande annonce de la vie d’un aveugle.

La théâtralité du jeu coréen allié à la longueur inutile de certaines scènes fond un remède idéal contre les insomnies.

La théâtralité du jeu coréen allié à la longueur inutile de certaines scènes font un remède idéal contre les insomnies.

Mimant fébrilement les codes de son aîné (musique à la Morricone, karaoké de Sinatra, destins divergents mais proches), Friend ne sort jamais de l’ombre de ce dernier, la faute à un manque cruel de travail en amont. On dirait que le cinéaste relate des évènements de sa vie comme ils lui passeraient par l’esprit, de la même manière que l’on essaye de mettre des images sur nos souvenirs. Les scènes s’enchaînent donc de manière aléatoire, sans véritable but ni aucune empathie ou chaleur dans le récit. D’ailleurs, deux des quatres personnages (la moitié donc pour ceux qui aurait du mal en cette veille de fête) ne servent à rien et apparaissent juste de temps à autre, telles des consciences cherchant à remettre dans le droit chemin les deux gangsters.

La seule bagarre du film n'a ni queue ni tête.

La seule bagarre du film, élément pourtant rassembleur du groupe, n’a ni queue ni tête.

Car en fin de compte, il ne s’agit que de ça. Friend relate une rivalité naissante entre deux anciens meilleurs amis qui cherchent leur place dans le monde de la pègre, tout en étant rivaux. Du vu et revu sans aucunes saveurs, n’innovant jamais et n’apportant aucune pierre à l’édifice du genre. Les rapprochements entre les personnages arrivent comme un cheveu sur la soupe, sans aucune explication ni rationalité par rapport aux évènements  Le montage ressemble à une cour de récré grandeur nature ou les rushes ont été disposés ça et là sur des cases de marelle et où le cinéaste s’est amusé à lancer des cailloux sur des cases au hasard.

" - Non ! Il a osé ! Le chacal, il va le payer de sa vie ! Donne-moi mon couteau à sashimi !"

 » – Non ! Il a osé ! Le chacal, il va le payer de sa vie ! Donne-moi mon couteau à sashimi ! »

Rien de neuf sous le soleil, une interminable plongée dans le coma conscient et une accumulation de scènes frelatés et de morceaux de bravoures impensables. Le cinéma coréen dans tout ce qu’il a de plus mauvais.

3,5/10

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Troll Hunter – André Øvredal (2010)

L'affiche est le seul élément à sauver du naufrage.

L’affiche est le seul élément à sauver du naufrage.

On m’a toujours dit de ne pas se moquer des plus petits que soi. Mais on m’a jamais rien dit sur les plus grands. Je vais donc pouvoir m’en donner à coeur joie en annonçant que ces trolls sont ridicules. Mais ça n’est pas de leurs fautes après tout. Ils sont juste animés comme ça, dans des paysages aussi déserts que le script qu’on a fourni aux acteurs. Sérieusement, on est en face d’un nanar de compétition où l’improvisation des répliques nous emporte dans un délire brumeux, dans lequel le procédé du found footage reste le seul point positif du film.

Le type était en train de pêcher pèpère au bord du lac Tyrifjord quand on est venu le chercher pour tourner 2 ou 3 scènes...

Le type était en train de pêcher pépère au bord du lac Tyrifjord quand on est venu le chercher pour tourner 2 ou 3 scènes…

Et encore, lorsque ma vie est en jeu, je ne perd pas mon temps à filmer ce qui me suit ou à tenter d’accoucher d’un truc classieux en mode vision nocturne. Non, je me carapate vite fait en prenant mes jambes à mon cou, surtout quand la bestiole fait la taille d’un sapin millénaire. On ne s’affectionne jamais des étudiants tellement leurs actes sont aussi imprévisibles qu’immatures. Tout ce qu’on espère, c’est que les trolls s’en servent comme cure-dents tellement ils nous font chier à tenter de nous faire gerber par des mouvements de caméra aussi brutaux qu’inutiles. Leur personnalités aventureuses mais insipides me donnait envie de leur cracher dessus à chacune de leurs interventions.

Le found footage montre vite ses limites quand la moitié de ce qui t'es montré ne sert à rien...

Le found footage montre vite ses limites quand la moitié de ce qui t’es montré ne sert à rien…

Mais le pire n’est pas les jeunes corniauds qui, à chaque reprise, retournent à l’abattoir dans l’espoir de pouvoir s’assurer avec certitude la véracité de l’expression « avoir une haleine de troll ». Le pire, c’est cet espèce de plouc des fjords qui essaient de nous faire croire à l’existence des trolls. La seule chose qui nous fera croire à ses inepties sera de voir la bestiole en chair et en os. Rien de tout ce qu’il nous dira ne sèmera le doute chez nous jusqu’à ce moment précis. On a vraiment l’impression d’avoir à faire à un doux dingue, qui déblatère sur l’utilité des lignes à haute tension pour retenir les trolls dans leur territoire. Son pote de l’état en tient une sacrée couche aussi (il faut le voir leurrer les journalistes avec des fausses empreintes d’ours, c’est hilarant).

Mes films de vacances sont beaux aussi. Je les sors pas en salles pour autant.

Mes films de vacances sont beaux aussi. Je les sors pas en salles pour autant…

Aucune sensation de terreur face au gigantisme des monstres, aucune empathie envers la mort de leur cameraman (les personnages aussi s’en foutent, ça nous fait un point en commun), aucune vision personnelle de la mythologie. Rien ne donne envie si ce n’est admirer la qualité des CGI employés pour animer les bébêtes. Là dessus, j’ai pas grand chose à dire si ce n’est que c’est plutôt réussi, même si certaines espèces se tapent une tronche de cake pas possible (ceux de la mine, on dirait Depardieu avec des poils sur le visage). On aperçoit 50 fois le même décor en fond, preuve qu’ils tournent en rond et qu’ils cherchaient après le scénario qu’il avaient perdus dans la forêt ou ailleurs.

C'est sans doute le vent qui a fait ça...

 » – C’est sans doute le vent qui a fait ça… »

On dirait sincèrement qu’on assiste à un long métrage réalisé par l’équipe du Groland. Un « documenteur » à l’arrache, où l’humour qui se dégage de certaines situations tombe à plat lorsque l’on se rend compte que tout ce qui se dit est fait avec le plus grand sérieux du monde. Je déteste mettre des sales notes mais celui là ne mérite même pas de dépasser la moyenne de la moyenne.

2,5/10

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Jack Reacher – Christopher McQuarrie (2012)

Tom Cruise semble faire 25 ans mais le film est bel et bien sorti cette année je vous l'assure...

Vous verrez, il n’y a pas que sur l’affiche que Tom Cruise est au centre du cadre…

Avoir 50 piges et tenir autant la forme, ça force le respect. Après son long caméo dans Protocole Fantôme, la star de l’église de Scientologie rendosse l’uniforme de l’action guy pour notre plus grand plaisir. Sauf qu’ici, on est loin d’être dans la décomplexion version Expendables. Jack Reacher est malin et a prouvé maintes et maintes fois sa valeur. D’ailleurs, il est si malin que personne ne sait où il crèche ni qui il est véritablement. Une chance pour McQuarrie qui va pouvoir étoffer le mythe avec ce qu’il faut de légendes, tout en laissant planer le doute sur la capacité mentale de Reacher.

Ça faisait un bail qu'on attendait un tel courant d'air frais dans le polar brut de décoffrage.

Ça faisait un bail qu’on attendait un tel courant d’air frais dans le polar brut de décoffrage.

D’ailleurs, sans la présence de Cruise au casting, jamais le personnage de Jack n’aurait pu bénéficier d’une telle aura, d’une telle présence. On sait que lorsqu’il se la raconte auprès des bad guys, il a les moyens de ses ambitions (les scènes d’actions sont sèches et nerveuses). Tout en sérénité et en force de persuasion, l’ex-flic utilise sa connaissance du terrain pour avoir une vue d’ensemble de l’enquête et sa marginalité pour éclaircir les zones d’ombres où la lumière de la torche d’un policier ne permet pas d’aller. Il sait ce qu’il veut où à qui le demander. En cela, il me rappelait Lee Marvin dans Le point de non retour: une forte tête et un corps musculeux avançant telle une machine de guerre vers les emmerdes.

" - T'as vu ma nouvelle application ? J'peux enregistrer tes cris et les mixer sur platine."

 » – T’as vu ma nouvelle application ? J’peux enregistrer tes cris et les mixer sur platine. »

D’ailleurs, le film ne se contente pas d’adapter l’ambiance hard boiled du bouquin mais il pioche une bonne partie de son identité dans ce qui a été fait précédemment (aussi bien dans le western que le film noir). Et la pioche est plutôt bonne: course poursuite, baston, punchlines, fusillade finale à la Peckinpah. Tout les ingrédients d’un pur polar old school sont présents et intégrés à la perfection dans le récit. Même si le style de McQuarrie est encore indécelable, on peut facilement s’apercevoir qu’il construit ses films de la même manière. Aussi, Jack Reacher se compose d’éléments qui étaient déjà présents dans Way of the gun et qui fonctionnait parfaitement. Et sans éviter la redite ou le clin d’oeil balourd, il fournit sa patte à cette adaptation qui enterre bon nombre de ses contemporains.

Encore un peu scolaire, on ressent à chaque instant que McQuarrie cherche à dompter sa caméra.

Encore un peu scolaire, on ressent à chaque instant que McQuarrie cherche à dompter sa caméra.

Rien que la séance d’ouverture troue le cul: en vue subjective, le cinéaste nous invite à assister impuissant au massacre de pauvres innocents. Une plongée en eaux troubles qui oblige le spectateur à vouloir découvrir la vérité, à l’instar de Jack. Mêlant plusieurs genres sans jamais que l’autre prenne le dessus, le film se retrouve le cul entre deux chaises. Certains moments stressants indiquent clairement qu’on lorgne du côté du thriller paranoïaque lorsque la minute d’après, on est soufflé par une baston mâtinée de répliques qui font mouche, dérapant tout de suite vers le pur polar urbain. Mais ça n’est jamais dérangeant et ça donne même un charme plaisant à l’ensemble du film.

Robert Duvall arrive à charmer le public malgré sa présence très brève.

Robert Duvall arrive à charmer le public malgré sa présence très brève.

Même si certains clichés surnagent au milieu de cet océan de réussite, ils ne plombent jamais le déroulement de l’intrigue. Et pourtant, des éléments du scénario sont incroyablement grotesques mais par un phénomène étrange, on s’en fout. C’est sans doute du au fait que Cruise bouffe littéralement l’écran et qu’on n’a d’yeux que pour lui, surhomme  au coeur pur et vaillant défenseur de la veuve et de l’orphelin (la scène finale le catalogue clairement comme un bon samaritain malgré sa carapace de mec pas commode). Et puis pour un deuxième film, on peut carrément dire que c’est une véritable réussite.

7,5/10

 

 

 

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Barb Wire – David Hogan (1996)

Lorsque Barbie rencontre G.I. Joe, ça donne ça !

Lorsque Barbie rencontre G.I. Joe, ça donne ça !

Je vais être franc, c’est la jaquette qui m’a poussé à acheter ce film. Mais comprenez-moi, ça parle de barbelés, de Pamela Anderson Lee, de flingues et de guerre civile. Alors certes, je ne m’attendais pas à voir le biopic de Aung San Suu Kyi version bannière étoilée mais quand les civils se rebellent contre l’autorité, j’ai pas le choix, mon côté anarchiste a envie de voir ça. Et ça fait un bien fou ! On est peut être dans la caricature à outrance tout au long du film (les résistants vivent dans des bidonvilles et les membres de l’état ressemblent à des Nazis) mais qu’est-ce que c’est jouissif de voir un spectacle aussi jubilatoire et débile se prendre au sérieux. Le fun est présent du début à la fin et cette version Mad Max de l’occupation allemande assure le spectacle du début à la fin !

On peut être en guerre et prendre soin de son look !

On peut être en guerre et prendre soin de son look !

Que ça soit dans les déguisements hilarants (il faut voir la dégaine des bandits du no man’s land pour le croire), le changement de tenue de Pamela dans chaque scène où elle apparaît (grosse promo sur le cuir) où la mode Troisième Reich Printemps/Automne qui, en 2017, semble revenue au goût du jour, la mode en prend pour son grade tout en restant l’un des piliers de l’ambiance qui se dégage de la pellicule. L’atmosphère mixant plusieurs références se prête plutôt bien au film qui, même s’il ressemble à un gruyère scénaristique (les facilités de fou furieux qu’ils nous trouvent parfois !) est aussi généreux et fourni que la poitrine de Barb Wire.

Après les marchés aux puces chez les motards, les costumiers se sont penchés sur les surplus de l'armée.

Après le marché aux puces chez les motards, les costumiers se sont penchés sur les surplus de l’armée.

Et sa poitrine, c’est clairement l’argument principal du film, toutes les situations se prêtant à l’effeuiller, en commençant par une introduction qui fout autant la trique qu’elle iconise le personnage incarné par Pamela (un strip-tease sur Word Up de Gun, ça vaut tout les génériques du monde). Poupée Barbie en chair et en os à qui on aurait greffé des poumons supplémentaires, Barb Wire est le fantasme de tout personnage masculins devant et derrière la caméra. Badass mais bandante, elle est l’équivalent de l’action guy des années 80/90. Tout en actes et en impulsivité mais pas grand chose dans le crâne. Elle compense sa bêtise par un déhanché hypnotique et son regard vide par un décolleté qui rendrait la vue à un aveugle.

Bon ok, j'avoue que par moments, ils ont eu la main lourde sur l'iconisation...

Bon ok, j’avoue que par moments, ils ont eu la main lourde sur l’iconisation…

En parlant d’aveugle, il en est un qui ne perd pas de vue son objectif. Cet homme, c’est Udo Kier ! En plus d’avoir un personnage qui ressemble au Alfred de Batman (car Barb Wire a aussi sa  base secrète), ses répliques sont tellement pourries ou inexistantes qu’il est obligé de compenser soit par de l’improvisation, soit par des mimiques et des gestes théâtraux new age pour donner du sens à son personnage. On se demande même s’il n’a pas signé exclusivement pour reluquer la greluche blondasse qui lui sert de « patron » (parce que le genre féminin, ça n’existe plus en 2017) se vautrer dans des canapés ou lui susurrer des ordres habillé en cuir. Mais ne le blâmons pas, c’est loin d’être le personnage le plus atypique du film (le gangster obèse et black en tient une sacrée couche).

En manque d'affection: envoyez BLONDE au 01 500 et recevez un 95 D directement chez vous pour vous blottir contre lui.

En manque d’affection ? Envoyez BLONDE au 01 500 et recevez un 95 D directement chez vous pour vous blottir contre lui.

Passez toute cette panoplie de détails qui font de Barb Wire un film pour déviants pervers, l’action n’est pas en reste et les poursuites teintées de gunfights sont plutôt réussies et permettent de rehausser la note du film. Mais ce qui empêche de prendre véritablement son pied, c’est cette foutue fainéantise qu’ont les bad guys à ne pas être véritablement méchants. Leur connerie, contagieuses à en croire les bleusailles qui les entourent, dissipent leur charisme pour les transformer en ersatz de méchant de film d’action, le rire machiavélique en prime. Une erreur dommageable car j’aimais beaucoup le style du congressiste en chef, coincé entre Klaus Barbie et le Gruber de Die Hard.

Je vous rassure, ça n'est pas du tout ce que vous croyez...

Je vous rassure, ça n’est pas du tout ce que vous croyez…

L’humour et l’ambiance zédarde qui pollue la bobine font de Barb Wire une vraie pépite pour le bouffeur de nanars, qui verront en Pamela Anderson comme la réincarnation d’un idéal disparu, où on pouvait mettre des wonderbras et avoir des couilles. De l’or en barres !

7/10

 

 

 

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Mad Detective – Johnnie To (2007)

Johnnie To est vraiment le maître du polar chinois.

Johnnie To est vraiment le maître du polar chinois.

Le traitement fantastique appliqué au polar a ses bons et ses mauvais côtés. Le mauvais, c’est que l’on tombe irrémédiablement dans une ambiance manga à cause du personnage principal qui sort du lot par sa folie et son développement psychologique plus qu’anormal. Le bon, c’est que ce mélange des genres, inhabituel aussi bien pour le polar en général que pour To en particulier, permet des rebondissements ingénieux, une mise en scène originale et un scénario aussi inattendu qu’étrange. Mais n’est-ce pas là un raccourci qui permet au cinéaste d’éviter de développer justement son personnage par les dialogues en mettant l’intégralité de la folie (du génie ?) de l’inspecteur Bun en images ?

On n'échappe pas à la scène cliché soit la mise en abîme de l'esprit dérangé.

On n’échappe pas à la scène cliché soit la mise en abîme de l’esprit dérangé.

Pourtant, le triangle humain fonctionne particulièrement bien. Chaque personnage interagit avec l’autre de manière intense et brutale, comme des aimants qui se repousseraient, la scène la plus marquante étant celle du restaurant où Bun provoque la colère de Chi-wai afin de connaître la hiérarchie de ses différentes personnalités. Car les fondations du film reposent essentiellement sur cette particularité qui entraîne la part de fantastique: l’inspecteur Bun est à même de voir les démons intérieurs des personnes qu’il a en face de lui. Et celui qu’il tente de mettre hors-jeu est particulièrement gratiné à ce niveau là, multipliant les personnalités suivant les situations: au nombre de 7 (renvoyant directement à Seven pour l’aspect ténébreux de la pellicule), seules quelques unes auront un véritable impact sur le déroulement des actes de Chi-wai, rendant le concept frustrant.

Une personne peut en cacher une autre...voire plusieurs.

Une personne peut en cacher une autre…voire plusieurs.

Le trip halluciné de Bun donne lieu à des scènes incroyables, justifiant à lui seul la mise en chantier du film et la mise en scène spectaculaire dont To fait preuve (le final enchaîne les plans qui font saliver). Bien loin de ses précédentes réalisations et pourtant si proche par les thèmes brassés et les personnages charismatiques, Mad Detective emprunte un chemin très peu balisé, se prenant les pieds dans quelques ornières qui traînent ici et là mais atteignant le sommet de la côte sans trop de difficultés grâce à une intrigue policière banale mais très bien ficelé. Toujours efficace, sans jamais tomber dans le sentimentalisme débordant (les visions de sa femme s’adaptent très bien au récit), les quelques longueurs (le rendez-vous entre collègues) sont rattrapés par des passages à la fulgurance rare chez les contemporains de To mais toujours omniprésentes dans son cinéma.

L'impasse mexicaine, un classique qui tient toujours une place prépondérante dans le cinéma asiatique.

L’impasse mexicaine, un classique qui tient toujours une place prépondérante dans le cinéma asiatique.

Même si les facilités scénaristiques liés au « pouvoir » de Bun paraissent tirées par les cheveux, le tout passe sans problème et la courte durée du long métrage permette d’insister sur la rareté du procédé et l’exclusivité de ce mélange chez le cinéaste pour que l’on ne se sente pas lésé par un besoin de prendre des raccourcis. Et puis, s’il faut passer par des films aussi funs pour financer des longs métrages comme Vengeance ou le futur Drug War, je suis preneur.

7/10

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